« L’érotisme, c’est comme un bon restaurant étoilé »

Thierry Tinlot
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Un bouquin érotique cartonne aux États-Unis, "Fifty Shades of Grey".  Il est destiné aux ménagères. Arthur De Pins, éditeur de BD érotique, a lu le livre. Son analyse.

  • <p>E L James, auteur de Fifty Shades of Grey. Reuters</p>

    E L James, auteur de Fifty Shades of Grey. Reuters

  • <p>Arthur De Pins</p>

    Arthur De Pins

Arthur De Pins sait de quoi il parle : illustrateur des guides érotiques « Osez » (La Musardine) et créateur de la série « Péchés Mignons » (Fluide Glamour), il a longtemps baigné dans les univers éditoriaux coquins. Il a lu pour nous le livre dont toutes ses copines parlent (et avant elles, encore bien !).

 

Arthur De Pins : « En tant que lecteur, j’ai eu l’impression que ma mère lisait par dessus mon épaule : Le mummy porn porte donc bien son nom. Parce qu’en gros, l’auteur s’efforce de rappeler aux lectrices (dont le bouquin est la cible, je rappelle) que son livre est sale, que ces pratiques sont anormales. C’est pudibond, limite catho. L’auteur a du mal à employer certains mots (“là” pour dire sexe, vagin...) Idem pour le mot “baisée” qui sonne comme une insulte aux yeux de l’héroïne. Finalement, la seule transgression de l’héroïne est la culpabilité, qu’elle nous ressert sans arrêt, au travers de “ma conscience” et “ma déesse intérieure”. Enfin, avis aux amateurs de sexe uniquement : le premier effleurement a lieu vers la page 130. »

C’est quoi la définition d’un bon ouvrage érotique ?
« Pardonnez ma franchise, mais c’est un bouquin qui vous fout la gaule. Des phrases qui font mouche, qui appuient sur le bon bouton. Moi, quand je lis «Au contact de sa main, un frisson lui parcourut l'échine », j’ai l’impression d’être dans un Harlequin, et encore. Un bon ouvrage érotique, c’est d’abord une bonne histoire. Ici, c’est tellement inconsistant qu’on ne sait pas ce qu’elle veut, ni pourquoi elle accepte de suivre le héros dans son univers S-M. Elle n’a pas de profondeur en tant que personnage. Ceci par opposition , par exemple, à l’excellent film « La secrétaire » qui raconte une vraie histoire de S-M (et une vraie histoire d’amour !). »

C’est quoi la différence entre l’érotisme et le porno ?

« L’érotisme, c’est comme un bon restaurant étoilé. Ça se mérite, on prend son temps. Le porno, c’est efficace et direct. Un peu un fast food. Ou une brasserie, en fait. »

Quand on pratique l’illustration érotique, on se met des limites ?

« Les miennes sont de rester dans un dessin qui fait sourire, ce qui élimine d’office le graveleux et le glauque. Par contre, je me suis rendu compte que je m’étais longtemps interdit de dessiner un sexe d’homme en érection. Ne me demandez pas pourquoi, je serais bien incapable de vous répondre. Mais j’ai corrigé le tir depuis… »


"Cinquante nuances de Grey" (titre original : Fifty Shades of Grey) est  écrit par l'auteur britannique E. L. James, traduit de l'anglais par Denyse Beaulieu, JC Lattès, 551 p., 17 euros

 



Vos réactions

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1. Dekmin3 dit le 17/10/2012, 11:00

C'est normal Mais enfin Mr De Pins, c'est normal que vous n'ayez pas apprécié. Vous avez lu la version pour femmes. Voici la version pour hommes : http://www.stuff.co.nz/the-press/opinion/blogs/rock-and-roll-mother/7292719/50-Shades-of-Grey-for-men Blague à part, peut-être que la traduction y est pour quelque chose. Je confirmerai quand ma femme aura fini de lire la version anglaise ;-)

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