Raphaël enchanteur, un peu, beaucoup, à la folie
Sous la folie des grandeurs pontificales, Raphaël personnifie la beauté idéale et une certaine élégance complexe.
La puissance et la grâce. Même s’il reste toujours attaché à l’œuvre de Raphaël un coefficient de vitesse et de sonorité inférieur à Michel-Ange, son rival, le geste initial, celui du dessin, se retrouve magnifié à sa juste valeur dans l’exposition parisienne. C’est dans les magnifiques esquisses comme dans les portraits de proches ou d’amis que l’on sent la main, le coup de fusain, la touche vibrante d’un itinéraire pictural fulgurant.
Quand Raphaël décède à Rome le 6 avril 1520 d’une violente fièvre, il a à peine 37 ans. Conséquence d’un excès de « plaisirs amoureux » comme le signale Vasari en 1550 ? Peut-être était-ce le prix à payer pour une puissante effervescence créatrice ? En douze ans de travail – depuis ses débuts à Florence symbolisés par la Belle Jardinière puis son arrivée à Rome et la commande exclusive qui lui est lancée en 1508 par le pape Jules II della Rovere pour la décoration de ses appartements au Vatican –, le peintre d’Urbino a suivi Pérugin, admiré la douceur de Léonard de Vinci, observé la force expressive de Michel-Ange dans un duel à couteaux tirés, pour atteindre la maîtrise d’un art fondé sur un sens inné de l’équilibre et de la beauté que révèle Lo Spasimo (1515) inspiré par les gravures de Dürer.
L’exposition parisienne (un partenariat avec le musée du Prado) s’attaque aux sept dernières années de la vie de Raphaël, ainsi qu’à la personnalité de ses élèves les plus brillants, Giulio Romano et Luca Penni.
Le règne de la forme et une religiosité confuse enveloppent encore la délicate Sainte Cécile (1516-1517) dans la tradition de « la sainte conversation », une composition tripartite des états néoplatoniciens de la musique, terrestre, humaine et céleste. Suit autour des Saint Jean-Baptiste, une violente confrontation entre les interprétations de Raphaël et son atelier, et celles de Léonard de Vinci. Dans cette première partie, on découvre Raphaël bien sûr, mais surtout le travail d’atelier, une entreprise de pointe qui se voit confier partie ou l’ensemble de la mise au propre des différentes idées du maître (le modello), ainsi que les cartons servant à reporter la composition. Raphaël n’employait pas moins de 50 personnes dans la Rome de la Haute Renaissance. Il se réservait les tracés préparatoires, les visages et le contrôle de l’homogénéité de cette symbiose créative.
L’humanisme triomphant
Les doucereuses Madones de la maturité, sujet archiconnu, s’inspirent encore de la Sainte Anne de Vinci qu’il enrichit d’une lumière crépusculaire caractéristique de son style tardif : la Perla en est l’intrigant exemple.
Parallèlement à ses travaux de peintre, d’architecte, de poète, Raphaël est le portraitiste le plus recherché. Ses portraits les plus frappants – intégralement de sa main – sont ceux de ses proches. Un régal somptueux imprégné d’humanisme : rendre présent l’absent. Bindo Altoviti dégage une force mystérieuse. Superbe de vie insufflée sous une carnation délicate, la Velata est peut-être le plus beau portrait de Raphaël. Serait-ce son amante ? Une muse idéale à rapprocher de la Fornarina, cruellement absente à Paris ? D’un seul trait porté à la sanguine directement sur la toile, Baldassare Castiglione en ses gris, taupe et blancs, demeure le sommet du portrait masculin, incarnation du courtisan empreint d’une modernité vivifiante.
Musée du Louvre, Paris, jusqu’au 14 janvier. www.louvre.fr. www.thalys.be.


