Producteurs de lait en péril

Philippe Bodeux
Mis en ligne

Produire un litre de lait coûte 41 cents, les laiteries l'achètent 26 cents. Les dettes s'accumulent, certains ferment boutique et tout le secteur tire la langue. Un groupe liégeois veut interdire toute spéculation sur le lait et exige une régulation des prix.

  • Christian Verdin est président de l’association des éleveurs d’Ourthe-Amblève et Theux Verviers. « Je n’arrête pas de recevoir des coups de fil d’agriculteurs désemparés », explique-t-il. © Michel Tonneau
    Christian Verdin est président de l’association des éleveurs d’Ourthe-Amblève et Theux Verviers. « Je n’arrête pas de recevoir des coups de fil d’agriculteurs désemparés », explique-t-il. © Michel Tonneau

Pour évoquer la détresse des producteurs de lait, faut-il convoquer le suicide récent d’un agriculteur croulant sous les dettes ou la culpabilisation de ces hommes et femmes qui tirent la langue en silence dans leur exploitation agricole ? « Cela fait 20 ans que je rencontre des éleveurs, raconte Etienne Desmons, négociant en aliments pour bétail. Leur situation se dégrade depuis le printemps 2012. Ils me disent qu’il ne leur reste rien pour vivre. Mais comme ils n’entendent pas grand-chose autour d’eux, ils se disent que c’est de leur faute, qu’ils travaillent mal. Non, tout le secteur va mal. » Vétérinaire, meunier, entrepreneur agricole et producteur de lait : ce mardi, réunis au sein de l’exploitation de Christian Verdin (Werbomont), ces acteurs du secteur laitier ont fait état d’une « situation catastrophique » similaire à la crise de 2009. « Aujourd’hui, nos intrants et nos charges (aliments pour le bétail, engrais, mazout…) ont presque doublé et notre lait est vendu 26 cents le litre alors que le coût moyen de production est de 41 cents le litre. Les dettes s’accumulent en ferme, moralement c’est très dur », explique Christian Verdin, 33 ans.

« J’arrive à manger grâce au salaire de ma femme. Un comble pour quelqu’un qui est censé nourrir ses semblables, explique Alain Collienne, agriculteur à Sprimont. Auparavant, le prix d’un litre de lait équivalait à 1 kg de pain ou à un sachet de frites. Aujourd’hui, il équivaut à peine au prix de la mayonnaise ! »

Dans un document succinct baptisé Autopsie de la mort de l’agriculture en région herbagère liégeoise, le groupe d’agriculteurs dénonce les « marges excessives des oligopoles alimentaires, la spéculation du monde de la finance sur le dos de l’alimentation ou encore les ventes forcées en deçà des coûts de production ». « La catastrophe est financière mais aussi sociale : chaque année la Wallonie compte 1.000 agriculteurs de moins, les jeunes se détournent du métier, que vont devenir les campagnes ? », témoigne Christophe Hugo, du service d’aide aux agriculteurs « Agricall ».

Quelle est la solution ? « Des prix garantis sur une longue période avec une proportionnalité des marges, de la fourche à la fourchette », résume Alain Collienne. Mettre fin, par exemple, au système actuel qui prévoit que l’agriculteur est payé, pour la livraison du lait, à un prix établi a posteriori par la laiterie. Là où les choses se corsent, c’est lorsqu’il s’agit de s’attaquer à la logique de spéculation sur le marché mondial et à la volatilité des prix (lire ci-contre).

« La problématique est complexe », déclare le cinéaste Jean-Jacques Andrien qui réalisé un film sur le sujet (1). « Les citoyens doivent être conscients que la fin des exploitations familiales et de la culture paysanne concerne tout le monde ». Et de craindre qu’à l’avenir les campagnes appartiennent à des sociétés foncières où l’agriculteur sera remplacé par un manager, loin du rôle social et environnemental actuel…

(1) « Il a plu sur le grand paysage » à voir au cinéma Versailles à Stavelot

Vos réactions

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2. Rider dit le 28/10/2012, 18:59

Erreur là, si vous achetiez votre lait directement au producteur il vous coûterait moins cher !!!!

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1. Perplex dit le 24/10/2012, 13:23

Moi je veux bien acheter le lait plus cher, directement au producteur à un prix correct mais comment faire ? (j'habite en ville)

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