«Belgium, failed state»: c’est la volonté politique qui est défaillante
En deux semaines, l’équation s’est imposée à la terre entière. Le trait est forcé : il est tracé de l’extérieur par des dirigeants et médias étrangers, grossi par les réseaux sociaux, qui décrivent Bruxelles comme la base arrière du djihadisme. Nier nos maux en convoquant les problèmes des autres – « leurs » banlieues, zones de non-droit, « leur » criminalité – n’est pas une solution. Mais cela atténue légitimement, sans les effacer, nos propres responsabilités.
Ce lundi, alors que nos gouvernements réfléchissent déjà aux stratégies pour restaurer notre image, la voilà à nouveau écornée.
En direct, devant la planète entière réunie à Paris pour sauver sa peau. La Belgique a eu le triste honneur de se voir décerner le premier Prix Fossile de la COP21, le jour même où, présence de 150 chefs d’Etat oblige, l’attention médiatique battait des records. Et revoilà le « Belgium, failed state », cette fois dénoncé par des Belges, parfaitement conscients que l’absence d’un accord noir-jaune-rouge sur le climat est imputable à nos seuls responsables politiques.
Ces dysfonctionnements sont désastreux pour notre pays.
Sur la scène internationale, bien sûr, mais d’abord et avant tout en interne. Cette défaillance qui s’étale au grand jour ne risque pas de rétablir la confiance du citoyen en la politique. Surtout, elle sert déjà d’argument pour réclamer une septième réforme de l’Etat. La N-VA n’en demandait pas tant, qui dénonce l’éparpillement des compétences.
Les nationalistes flamands ont raison sur un point : une série de matières tiennent encore à un fil fédéral mais relèvent déjà des trois Régions ou des trois Communautés, parfois les deux à la fois. C’est l’un des points faibles du sixième accord institutionnel, qui aggrave une situation causée par les cinq précédents, en écartelant la Justice, les soins de santé, la fiscalité entre les niveaux de pouvoir. Et ce, alors qu’ils sont sur pied d’égalité et que rien ne les oblige à se concerter…
Pour le parti de Bart De Wever, une seule option subsiste : concentrer toutes les politiques dans les entités fédérées. Cela revient à liquider l’Etat fédéral, ce qu’une majorité de partis refuse formellement. L’alternative ? Refédéraliser, ce que l’ensemble des partis rejette officieusement. Le risque ? Si la défaillance est démontrée, dossier après dossier, la N-VA ne sera plus seule très longtemps à réclamer une refonte drastique du paysage institutionnel. Une fois de plus, la Belgique se lancerait alors dans des réformes de structures en oubliant qu’elles ne sont que des outils au service d’un projet et d’une volonté politiques. Lesquels manquent cruellement, pour l’instant, dans ce Royaume.






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