Combien de Ford Genk faudra-t-il encore ?

Bernard Demonty
Mis en ligne | mis à jour

C’est la faute à l’index. C’est la faute à Ford. C’est la faute aux coûts salariaux. C’est la faute aux patrons. C’est la faute au fédéral. C’est la faute au capitalisme. »

Après l’annonce de la fermeture de Ford Genk, les boucs émissaires sont presque aussi nombreux que les travailleurs qui subissent la catastrophe. Avec une indécence certaine, plusieurs associations patronales ont profité de l’occasion pour pointer du doigt les coûts salariaux, avant même que la direction de Ford ait daigné motiver sa décision.

Avec un dogmatisme certain, des syndicalistes en ont appelé à Marx pour que change le destin des ouvriers de l’automobile, et des autres.

Avec un culot monstre, Kris Peeters a incriminé le fédéral.

Tout ça ne nous rendra pas nos usines de montage automobile, pas plus que nos hauts fourneaux.

Plutôt que de rester à cheval sur des slogans, il est temps, collectivement, de l’admettre : la Belgique commence à faire fuir les investisseurs les plus indéboulonnables.

Face à cela, à l’aube de négociations budgétaires, puis sociales, il est grand temps que le pays et ses régions se dotent d’une vraie stratégie.

Car actuellement on ne parvient à y légiférer que dans l’urgence. L’exemple le plus cynique est la prépension :

au début de l’année, le gouvernement les décourage en repoussant l’âge minimum de cinq ans, pour augmenter l’emploi. Et à quoi fait-on appel dès qu’une grosse fermeture est annoncée ? Aux prépensions.

Ce qui démontre clairement que sans stratégie de développement économique à long terme, toutes les mesures ponctuelles seront vouées à l’échec.

Mais quand donc la Belgique aura-t-elle le courage de mettre toutes ses faiblesses sur la table : ses coûts salariaux, c’est vrai, mais aussi la perte de ses centres de décision, son indexation des salaires impossible à réformer, son modèle de concertation défaillant, le morcellement de ses compétences, ses mesquineries communautaires, bref son incapacité à se réformer.

Le plus absurde c’est qu’une fois la catastrophe arrivée, tout le monde se mobilise : syndicats, Régions, fédéral travaillent main dans la main pour prendre en charge les victimes. Mais quand il s’agit, en amont, de doper l’économie pour éviter ce genre de drame, on ne se parle pas. Sans un sursaut, cette « stratégie » du camion de pompiers va transformer le pays en une vulgaire ligne de bilan, une variable d’ajustement des multinationales. Arcelor et Ford l’ont déjà compris.

Vos réactions

Voir toutes les réactions

20. frankiel dit le 29/10/2012, 16:39

Manuela, les coûts salariaux n'ont rien à voir avec le salaire net du travailleur, mais bien au côut total pour l'employeur. Pour ma firme, j'ai calculé les différences de coûts en Belgique et en Angleterre. Pour 100

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 0 non 0
19. CathyS dit le 26/10/2012, 18:34

Ca va finir par par péter.

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 3 non 3
18. AlfredNeumannjr dit le 26/10/2012, 11:16

Magnifique ! Quand j'ai lu Di Rupo hier phantasmer sur le paysage industriel belge, j'ai dabord cru qu'il trompait de pays, puis je me suis rendu à évidence qu'il a dû prendre plus de spiritueux que Daerden pendant toute sa vie. Sans transformer notre système social parasitaire en pronfendeur rapidement, on coulera avec. Et les derniers évènements ont fait grand bruit, je crains que les financiers de notre déficit vont finir par s'inquéter et puissent vendre la dette publique belge. Ce sera le début de notre descente en enfer à la grecque !

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 6 non 5
17. Manuela a dit le 25/10/2012, 23:32

Les coûts salariaux, l'indexation, des faiblesses ? Ça dépend pour qui. Avec des salaires rabotés, qui va acheter des voitures ?

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 5 non 5
16. QRT9999 dit le 25/10/2012, 21:10

@ Brillemonde (14) Permettez-moi de ne pas partager votre avis... ayant travaillé dans une multi nationale germanique pendant 20 ans, ( qui fabrique ou a fabriqué du lave-vaisselle à la centrale électrique en passant par la locomotive et les appareils d'imagerie médicale), J'ai eu maintes fois l'occasion de me rendre compte que ces "grands groupes" sont en fait à géométrie variable... Ils vendent les divisions qui sont "finies" et sont à l'affut de toute opportunité de rachat d'une entreprise plus petite ayant un potentiel. ( ce qu'ils font de ces acquisitions est parfois "questionable" mais ils ne détruisent pas toujours...)

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 6 non 6
Voir toutes les réactions »

Osez la rencontre !