50 nuances de gris d’Yves Zurstrassen

Dominique Legrand
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En pleine maturité, Yves Zurstrassen se dit enfin « libre ! ». Il revient à Stavelot avec de nouvelles toiles nourries de l’expérience et du renoncement.

  • La musique visuelle de nouveaux travaux délestés de l’ornemental. Huile sur toile (2012), 180 × 180 cm. Photo : Galerie Triangle Bleu.
    La musique visuelle de nouveaux travaux délestés de l’ornemental. Huile sur toile (2012), 180 × 180 cm. Photo : Galerie Triangle Bleu.

Puissamment solaire, Yves Zurstrassen livre a contrario une très belle part d’ombre à Stavelot, œuvre au noir qui ne désavoue pas ses influences, Soulages, Tàpies, Saura. De retour d’une reconnaissance obtenue en Espagne où il a exposé à la Fundacion Antonio Pérez (Cuenca), Zurstrassen opère un revirement sur image. Certaines œuvres pourraient sembler réinterpréter sa peinture des années 70 dans un expressionnisme abstrait déjà repris en huiles sur papier en 2006. Il n’en est rien.

Les vagues convulsives d’aujourd’hui sont celles de la maturité, une ouverture des possibles du champ pictural. Bien plus que ce que l’artiste né à Verviers en 1956 lance avec nonchalance : « Je me regarde en prenant ce qu’il y a de meilleur. Je ne me refuse rien… »

En suite directe d’une période très colorée faite de trames décoratives (à l’Ikob en 2009), il combine autant qu’il improvise, entre Bruxelles et la Provence, Charly Mingus et Archie Shepp : « J’écoute beaucoup de free jazz. Et je lâche toutes les amarres. Je m’en fous. Mentalement, c’est un perpétuel combat pour être de plus en plus libre. La peinture est pour moi un outil absolument extraordinaire pour prendre du recul, s’enivrer. C’est l’esprit qui doit être libre. Cela fait maintenant 38 ans que je vis uniquement de ma peinture. Après avoir fait beaucoup de foires internationales, je suis absolument hors commerce. Je veux avancer dans un travail extrêmement rigoureux, comme pouvait le faire un peintre dans les années 50. Des gens me suivent, des “amateurs” plus que des spéculateurs. »

Spirales en mouvement, constellations, trames floutées en un nuancier de gris et de noirs marqués au fer par ces instants vivifiants de la couleur appliquée à la brosse : Yves Zurstrassen ne peut s’empêcher de montrer ses gammes, des exercices de petits formats à côté de toiles (250/200) construites suivant une alchimie profonde, sensuelle, musicale.

Des segments lumineux s’étirent, se recroquevillent pour exploser dans un jeu fascinant de contraintes spatiales d’un châssis farouchement barré au grand large du cosmos. Reculer, renoncer, choisir In a Silent Way (superbe titre de Miles Davis et d’une monographie écrite par Harald Kunde, Francis Feidler et François Barré), ces mouvements de la pensée font qu’Yves Zurstrassen soit ce peintre de l’abstraction matiériste comme celui d’une perception sensuelle tout en stratifications vitales ponctuées de chromatisme.

 

Yves Zurstrassen. Free. Triangle Bleu, 5 cour de l’Abbaye, 4970-Stavelot, jusqu’au 23 décembre. www.trianglebleu.be
« Approches aux constellations », exposition collective, Atelier 349 Muzeum, 1090-Bruxelles, jusqu’au 3 février 2013. www.yveszurstrassen.be

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