Manu Larcenet en plein chef-d’œuvre
Best-seller du roman graphique, « Blast » s’expose et se vend chez Champaka, tandis que Manu Larcenet en publie le troisième volet.
entretien
Manu Larcenet a publié ses premiers dessins punks chez les sales Rêveurs, avant de faire peur au rédacteur en chef de Fluide Glacial avec Bill Baroud, un expert-comptable de papier qui cachait un vrai « sucker » du FBI. La jungle moderne de la bande dessinée lui doit aussi les gags de Congo Bob ou de Chez Francisque, une série qui tache comme le gros rouge français sur le zinc du café du commerce. Entre-temps, il gribouillait les fables pour enfants de Pedro le Coati dans le beau journal Spirou ou nous parlait de la vraie vie dans Le retour à la Terre. Il savait déjà faire rire et faire rêver. Voilà qu’il fait pleurer les émotions dans Le combat ordinaire, récompensé du Prix du meilleur album à Angoulême.
On le croit au sommet de son art, quand il prend tout le monde par surprise avec Blast, en 2009: le roman-fleuve de Polza, un homme monstre attachant, découpé en quatre tomes noirs. Le premier reçoit le prix des Libraires, le second celui de RTL et le troisième vient de sortir. Un choix d’originaux de Blast et de Presque, Ex-Abrupto ou Dallas Cowboy (des livres punk du temps des Rêveurs) sont mis en vente chez Champaka. Manu Larcenet a aussi réalisé 18 dessins à l’encre de Chine, au lavis, à l’aquarelle noire et au correcteur spécialement pour la galerie bruxelloise.
« Blast » est à la fois une œuvre majeure et un boulot de dingue. Comment trouvez-vous votre équilibre personnel et artistique en dessinant 200 pages par an ?
Je pensais faire ces 800 pages tranquille et puis putain, c’est super dur parfois ! Mais en même temps, plus c’est dur et plus c’est intéressant. J’ai vécu certaines scènes comme des déclics. J’ai appris à rester pudique dans les effets, à cesser de vouloir tout montrer. J’écris à l’avance les scènes essentielles et entre ces moments clés, j’improvise en fonction des hasards magnifiques de la vie. C’est si prenant que je n’écoute plus de musique et que je ne réponds plus au téléphone.Blastest une expérience éprouvante avec des instants de poésie noire.
Vous pesiez 103 kilos au début de l’aventure de « Blast ». Il y a toujours une part de soi dans les personnages que l’on crée. Il y a du Polza en vous ?
Mon diététicien m’a dit, à l’époque, que dans les deux ans je ne pourrais plus jouer avec les mômes si je continuais comme ça. Je me suis regardé. J’ai vu que j’avais un dos de gros et ça m’a permis de dessiner celui de Polza. Je me suis cassé la figure dans le jardin et j’ai senti que c’était à cause du poids et que les gros ne tombaient pas de la même façon. J’en ai joué dans le dessin. Mais parfois, je me suis laissé aller au péché d’orgueil. Dans ce troisième tome, Polza plonge comme Johnny Weissmuller… Que voulez-vous, je me sens à un moment de ma vie où je ne fais plus que des chefs-d’œuvre, au sens des chefs-d’œuvre des artisans compagnons du tour de France, rassurez-vous ! Je suis libéré. Je suis à fond dans mon univers, un peu comme le pianiste Glenn Gould, qui disait que s’il ne jouait pas sept jours sur sept, il lui faudrait sept mois pour revenir au même niveau.
Une des curiosités graphiques de « Blast » ce sont justement les blasts. Jusqu’ici ces éblouissements mettaient de la couleur dans le noir et blanc. Avec le tome 3, tu ajoutes des collages…
J’avais vu les travaux de mes enfants à l’école avec des bouts de papier et des bâtons de colle. J’ai découpé des images dans leTélérama de ma femme. Ensuite, j’ai piqué les bâtons de colle des enfants et je me suis éclaté.
Blast 3, Manu Larcenet, Dargaud, 220 p., 22,90 euros
Blast et Les Rêveurs, galerie Champaka, jusqu’au 10 novembre, 27 rue, Ernest Allard, 1000 Bruxelles, mercredi au samedi (11 à 18h30), dimanche (10h30 à 13h30), Infos : www.galeriechampaka.com



