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«Une femme sur quatre victime d’agressions sexistes dans l’espace public»

Pauline Legros (à gauche) et Christiane Houthoofdt commentent les résultats de l'étude. © D.A.
Pauline Legros (à gauche) et Christiane Houthoofdt commentent les résultats de l'étude. © D.A.

Si depuis 2014, une loi permet de sanctionner les gestes et les comportements à caractère sexiste commis dans l’espace public, les chiffres en démontrent l’inefficacité.

Dans une enquête menée en Wallonie et à Bruxelles qui a touché les quatre grandes villes du Hainaut, 98 % des répondantes déclarent avoir déjà été victimes de sexisme dans l’espace public. Mais très peu ont déposé plainte. A Charleroi par exemple, un seul dossier a été ouvert en 2016, selon le porte-parole de la zone de police David Quinaux. « Et encore : la plainte émanait d’une policière qui s’était fait insulter lors d’une intervention : il y avait donc un auteur clairement identifié, des faits et des témoins, ce qui n’est que rarement le cas en pratique. » Et pour cause : la charge de la preuve incombe à la victime, elle n’en a quasiment jamais les moyens.

Violence insidieuse au quotidien

A Charleroi-Thuin, la régionale de Vie Féminine invite les acteurs associatifs à venir prendre connaissance des résultats de l’étude, lors d’une matinée de présentation qui sera suivie d’un débat (le mardi 26/09 au centre culturel l’Eden). Ce type de violences s’exerce au quotidien de manière insidieuse : dans la rue, dans les transports en commun, au travail, dans les cafés, lors de soirées, sur les réseaux sociaux. « Pour en objectiver la nature et l’ampleur, notre mouvement a collecté des témoignages dans tous les milieux. Nous avons davantage visé le qualitatif que le quantitatif », explique Christiane Hoouthoofdt, secrétaire régionale à Charleroi Thuin. L’analyse a été opérée à partir de 405 témoignages valides, entre janvier et mars. A l’origine de la démarche : « Les réalités de vie de jeunes femmes fréquentant nos collectifs », selon Pauline Legros, animatrice « jeunes femmes » de Vie Féminine à Charleroi-Thuin. « A partir de remontées d’infos, notre réseau de vigilance contre le sexisme a initié et coordonné un large appel aux témoignages. Une répondante sur trois était âgée de 18 à 35 ans, ce qui correspond au public cible de nos collectifs. Notre enquête a été menée en ligne mais aussi via des formulaires papier, pour toucher un public diversifié », poursuit l’animatrice. Le phénomène du sexisme est courant : 48 % des participantes disent le subir régulièrement. Accostées à l’arrêt de bus, sifflées dans la rue, insultées en sortant du boulot ou de l’école, suivies en rentrant de soirées, harcelées sur Facebook, victimes d’attouchements dans le métro, filmées à leur insu à la piscine, les femmes expriment leurs ressentis en termes d’humiliation, de stress et de colère, avec de la culpabilité (lire ci contre). « Le sexisme se présente comme l’huile dans les rouages de l’engrenage infernal des violences faites aux femmes », affirme Christiane Houthoofdt. « Il s’agit bien d’un rapport de pouvoir où les auteurs imposent leur domination et leur contrôle. »

Au total, une femme sur quatre dénonce des agressions physiques (attouchements, exhibitions, mains aux fesses, etc.). Pour la secrétaire, « la culture du viol se présente comme une pyramide : à la base, il y a les petites choses insignifiantes du quotidien. Des petites choses qui renforcent et banalisent les stéréotypes sur les femmes, alimentent l’escalade et favorisent le passage à l’acte. »

Morceaux choisis

– « Je me rendais à un colloque, j’étais en robe, il était 6h du matin. Sur les 15 minutes de mon trajet à pied, je me suis fait siffler par un ouvrier communal, klaxonner par un homme en camionnette et fortement reluquer par un automobiliste devant qui je traversais. Rien de bien grave en soi, mais c’est lourd et malheureusement habituel. »

Annabelle, 23 ans, La Louvière.

– « La capuche de mon sweat noir bien serrée et le pas assuré, je croise deux petits mecs de maximum 17 ans (j’en ai 22) en sortant de la salle de sport. Au moment où je passe entre eux, celui de droite me colle une main au cul. C’est la première fois que je subis un attouchement en rue, je n’aurais jamais pu imaginer que ça m’atteindrait autant. »

Ludivina, 22 ans, Charleroi

– « A la caisse d’un magasin pendant que je range ma monnaie, le caissier me glisse doucement à l’oreille : vous n’avez pas de soutien-gorge. Je le regarde méchamment, mais je ne suis pas certaine d’avoir bien entendu, je lui demande de répéter. Alors il me répond très gêné : ce n’est pas grave. Je lui ai dit en effet que ce n’était pas grave, et que je faisais ce que je voulais, qu’il n’avait rien à me dire. »

Sabrina, 38 ans, Tournai

– « La police ne m’a pas prise au sérieux et a qualifié ça de mauvaise drague, ils m’ont dit qu’il y avait très peu de chances que la plainte aboutisse car c’était un acte léger. »

Laly, 20 ans, Mons

 
 
 
 
 
 

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