Les bonnes intentions de Cathy Min Jung
Sacrée meilleure auteure aux prix de la Critique, Cathy Min Jung reprend ses « Bonnes Intentions », récit sans tabou sur l’adoption.
Quand nous avions rencontré Cathy Min Jung la saison dernière, peu avant la création de sa pièce, Les Bonnes Intentions, l’auteure et comédienne nous avouait une légère appréhension : « Je sais que je devrai faire face à des réactions fortes, agressives peut-être, de la part de parents adoptifs, ou candidats à l’adoption. Je m’y prépare. J’ai envie de leur répondre que je les comprends, que je ne vise personne, que c’est avant tout une fable, un conte cruel pour mettre en lumière des tabous. »
En portant sur scène sa propre histoire, celle d’une enfant d’origine coréenne adoptée par un couple de Belges, la jeune femme brise les tabous avec des mots durs, des aveux insoutenables, s’éloignant des discours souvent angéliques sur le geste des parents adoptants, forcément perçu comme courageux et généreux, pour lever un coin du voile sur le traumatisme que cette aventure représente pour un enfant.
Aujourd’hui, après avoir joué la pièce à l’Ancre à Charleroi et au Poche à Bruxelles, l’artiste est comblée par le chemin parcouru. Comme elle s’y attendait, l’expérience a été intense et les réactions ont fusé. « Il y a eu des réactions fortes de la part des adoptés, se souvient-elle. Quelque chose les a touchés en plein cœur. J’ai reçu beaucoup de remerciements, de messages pour me dire : “Enfin ! On attendait une parole comme celle-là, qui aborde ces détails-là !” « Au niveau des adoptants, j’ai eu des réactions positives, et d’autres, plus mitigées. Certains se sentaient visés, d’autres auraient préféré qu’on n’aborde pas cet angle-là. Dans tous les cas, ça a touché un point sensible et j’en suis heureuse. Le débat qu’on a organisé au Poche a été très animé et a duré longtemps. A minuit, on a dû s’arrêter alors qu’il y avait encore des intervenants qui voulaient réagir. Donc, pour la reprise au Poche, on organise un nouveau débat, le 22 novembre. La demande est très forte autour du spectacle, notamment du corps professoral, parce que, au-delà de l’adoption, ça touche à l’adolescence, aux rapports familiaux compliqués. »
En effet, si la pièce conte l’histoire d’une enfant adoptée par un couple d’agriculteurs wallons à l’âge de trois ans et demi, incapable de s’ouvrir à l’amour de ses parents adoptifs, elle touche tous les publics. Mis en scène par Rosario Marmol Perez, le seul en scène propulse la comédienne dans une bétaillère, comme si elle revenait sur les lieux de son enfance. Là, épaulée d’un formidable emballage vidéo et musical, elle déverse ses souvenirs : l’arrivée déboussolée à l’aéroport, la recherche désespérée d’odeurs et de goûts familiers, la rencontre manquée avec des parents incapables de comprendre les blessures de cet enfant, les petites mesquineries ordinaires entre ces trois êtres abîmés, et puis les gestes plus graves, irréparables. Le texte est dur, sans détour : « Vous exigez mon affection, mon amour. Vous avez payé pour ça, de la monnaie sonnante et trébuchante, alors vous voulez au moins de la reconnaissance. »
Le texte est noir, très noir, abordant les infinies contradictions de l’adoption, soulevant une foule de questions. Dans cette famille, tous rêvent de bonheur mais leur histoire sera sombre et douloureuse. Au commencement pourtant, il y avait juste un immense besoin d’amour.
Du 10 au 24 novembre au Théâtre de Poche, Bruxelles.







