La vie dessinée d’Edgar P. Jacobs
Le livre sur la vie d’Edgar P. Jacobs, le créateur de Blake et Mortimer, a reçu le feu vert de la justice française. L’exposition continue au Centre belge de la BD.
La publication de La Marque Jacobs a fait autant que bruit que celle de L’Onde Mega de l’étrange Docteur Wade dans La Marque jaune. Le livre devait sortir le 21 octobre. Il a été retardé en raison d’une action judiciaire intentée par Média Participations. Le groupe français propriétaire des Editions Blake et Mortimer estimait que la couverture de cette biographie dessinée de Jacobs empruntait trop à l’œuvre originale du créateur de Blake et Mortimer. Siégeant en urgence, le tribunal de Paris a débouté Média Participations mercredi dernier. L’album sera bien distribué dans toutes les librairies dès aujourd’hui, tandis que se poursuit l’exposition des crayonnés originaux au Centre belge de la bande dessinée, où nous avons rencontré les auteurs, Rodolphe et Louis Alloing.
Entre-temps, Guy Delcourt, l’éditeur de La Marque Jacobs, s’est réjoui de la décision de justice : « D’accord, ce livre comporte des références graphiques à l’œuvre de Jacobs. Mais il ne peut en aucun cas être confondu avec un album de Blake et Mortimer. Il s’agit de la vie de l’auteur en bande dessinée comme spécifié sur la couverture. Nous n’avions pas à demander une quelconque autorisation à qui que ce soit. Ce livre ne trouble pas l’ordre public et ne contient rien d’injurieux ni de diffamatoire. Les auteurs ont eu les huissiers à la maison. C’est un geste d’agressivité inadmissible ! Le tribunal a confirmé notre bonne foi dans cette affaire. »
« Ce qui s’est passé est absurde, ajoute le scénariste Rodolphe. La vie de Jacobs n’appartient à aucun éditeur ni à aucune Fondation ! J’ai été très choqué. Ce livre est un acte d’amour envers un auteur qui a fait rêver des générations de lecteurs. C’est un hommage très digne sur le fond comme sur la forme, dont le but est de mieux faire connaître l’œuvre. »
« On nous a accusés devant le tribunal de sortir cet album quelques semaines avant le nouveau Blake et Mortimer alors que la sortie était liée à l’exposition au Centre belge de la BD », précise Thierry Joor, directeur éditorial chez Delcourt.
Sur les emprunts graphiques, le dessinateur Louis Alloing se défend de tout « pompage » et invite le public à juger sur pièces dans l’exposition : « J’ai travaillé en ligne claire. Il y a des ressemblances avec le style de Jacobs mais j’ai apporté des jeux de demi-teintes et une esthétique des personnages qui se situe quelque part entre le réalisme et Hergé, avec plus de femmes… J’ai aussi pris énormément de plaisir à dessiner Bruxelles, la ville de Jacobs, d’après les cartes postales anciennes des années 40, 50 et 60. »
« On ne peut pas considérer qu’il y a d’un côté la vie et de l’autre l’œuvre, complète Rodolphe. Au contraire, chez Jacobs, l’un parasite l’autre, en tout cas c’est notre optique ! Sa carrière de baryton, qui a précédé son travail de bande dessinée, a clairement influencé la théâtralité du geste dans Blake et Mortimer. Il n’y a pas de révélation dans La Marque Jacobs mais des anecdotes qui éclairent l’œuvre, qui expliquent les personnages, dévoilent sa vraie nature. En même temps, nous respectons la dignité de l’auteur. Nous ne fouillons pas inutilement dans sa vie privée. »







