Des entrées de réacteurs de Boeing transformées en jacuzzi, en bar...
Relicta Design est le fruit d’une rencontre improbable : celle de l’aéronautique et du design intérieur. Aux commandes : deux jeunes entrepreneurs, Tiziano Rutilo et Rosario Gallina. Une folle entreprise alliant extravagance et brin de génie.
Des sorties de turbines transformées en tables basses, des entrées de réacteurs de Boeing 747 métamorphosées en jacuzzi, en bar, en desk de réception, ou encore des morceaux de fuselage purement décoratifs… L’activité de la jeune SPRL fondée en 2011 a de quoi surprendre. Mais qu’est-ce qui a bien pu motiver deux jeunes gens équilibrés, à la vie professionnelle stable, à se lancer dans un tel délire ?
Tout a commencé en 2010. Tiziano Rutilo et Rosario Gallina, deux amis, prennent régulièrement l’avion pour raisons professionnelles. Un été, ils s’envolent pour la Californie. « Je me suis toujours demandé, à force de voler, ce qu’il advenait des avions une fois qu’ils arrivaient en fin de vie, avance Rosario. Or, nous avons découvert que l’unique cimetière d’avions du monde – qui rassemble 80 % de la flotte mondiale aéronautique – était situé dans le désert californien. Nous avons décidé de nous y rendre. » Sur place, c’est le coup de foudre. « Nous avons immédiatement eu envie d’acheter des morceaux d’avion afin de les transformer en mobilier, à titre tout à fait personnel. » Un conteneur de pièces – qui arrivera en Belgique 15 mois plus tard – est alors envoyé. « C’était très cher : environ 6.000 euros pour le transport, sans parler de nos acquisitions… »
Arrivée à bon port, la marchandise est stockée dans un atelier, à Soignies.
Un designer et un artisan en renfort
« A ce moment, nous avons entamé un brainstorming pour savoir ce que nous allions vraiment faire de ces pièces, dont certaines atteignaient 15 m de long. Allions-nous finalement les exposer dans des galeries d’art, ou nous investir dans un vrai business en activité complémentaire ? La seconde proposition l’a finalement emporté. Nous nous sommes alors lancés à corps perdu dans le projet. » « Très vite, nous avons ressenti le besoin d’être entouré de professionnels. » Le tandem fait alors appel à un designer, afin de retravailler les plans et d’étudier la faisabilité des projets. « En parallèle, un artisan spécialisé dans la tôlerie nous a apporté son expertise pour le volet technique. » Peu à peu, de nouvelles valeurs viennent s’ajouter à la dimension purement design de la démarche. « Nous avons récolté des informations sur le passé des avions dont nous possédions les pièces. Aujourd’hui, nous vendons plus qu’un meuble, mais une histoire, avec un certificat d’authenticité. »
Entre mai 2011 et novembre 2012, la SPRL se limite à la production. Douze pièces au total. « Ensuite, un vernissage a été organisé dans un loft à Bruxelles. Suite à cela, nous avons pu exposer au Sablon, mais aussi à Paris, et à Monaco ». Une amie journaliste vivant à Dubaï leur met également le pied à l’étrier dans son pays. « Par la suite, nous avons participé au salon du luxe à Monaco. 80.000 personnes y ont transité, dont le prince Albert, qui s’est laissé interviewer juste devant notre stand, ce qui a eu l’avantage de faire parler de nous ! »
En septembre dernier, les entrepreneurs remettent cela à Dubaï, à la foire du Design Index. « Ces salons nous ont permis de vendre quelques pièces, mais pas encore de générer de bénéfices. »
Entre 5.000 et 40.000 euros
Les gérants de Relecta Design tiennent à la dimension internationale de leur activité. « Il s’agit d’objets pointus, qui prennent place dans des lofts, des intérieurs épurés et contemporains. Des lieux que l’on trouve partout dans le monde, et pas forcément en Belgique. »
La déco aéronautique s’adresse à une niche bien précise. « Des gens qui ont les moyens, passionnés par l’aviation… Car les pièces ne sont pas accessibles à toutes les bourses. » En cause : le prix du transport, des morceaux d’avion, et le travail (chaque article nécessite environ 70 h de travail). « En effet, il faut couper le métal, le poncer, le polir, parfois ajouter des pièces extérieures comme des pieds pour une table, par exemple… » Malgré tout, les gérants de Relicta Design ne parviennent pas encore à vivre de cet « art ». « Pour pouvoir nous payer et lâcher nos emplois respectifs, nous devrions produire à beaucoup plus grande échelle. Nous avons pour le moment une piste avec une chaîne de magasins haut de gamme à Dubaï. Si nous décrochons le contrat, cela pourrait faire exploser notre business. »







