Dandin et Jean, ambassadeurs du Brabant wallon au Burkina Faso

Geoffroy Herens
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  • L’heure que la marionnette Jean a passée sur le marché de Ganguin, un quartier de Ouagadougou (Burkina Faso), aura marqué les esprits des passants. Nul doute qu’Alain Moreau aura lui aussi apprécié. © g. H.
    L’heure que la marionnette Jean a passée sur le marché de Ganguin, un quartier de Ouagadougou (Burkina Faso), aura marqué les esprits des passants. Nul doute qu’Alain Moreau aura lui aussi apprécié. © g. H.

Le marché de Ganguin, un quartier de Ouagadougou (Burkina Faso). Il est 11 h 24. Un attroupement bloque une rue très fréquentée. A l’origine de ce bouchon inattendu : Alain Moreau. Le Genappois, connu pour son Tof Théâtre, vient de sortir Jean de sa malle de métal. La marionnette à taille humaine surprend les passants, en effraie certains, en amuse beaucoup d’autres… Jean n’a pourtant rien d’extraordinaire : il marche à son rythme, s’arrête le temps de s’éponger le front, parle par signes à la population locale, fait mine d’acheter une banane, essaye des lunettes de soleil, a le coup de foudre (partagé) pour une vieille vendeuse d’oignons…

12 h 19. Le tour de Jean, et donc d’Alain Moreau, se termine. Mais pas de vacances pour autant : le duo est là pour travailler dans le cadre des Récréâtrales, le festival international de théâtre qui s’est déroulé du 2 au 8 novembre dans la capitale du pays des Hommes Intègres.

Le Tof Théâtre y était principalement pour construire un nouveau spectacle avec la collaboration artistique de Seydou Boro. « Je l’ai rencontré en juin dernier, lors d’un atelier de confection de marionnettes donné ici-même, se souvient Alain Moreau. Nous avons bu de la Brakina (la bière nationale, NDLR) ensemble, nous avons sympathisé et je lui ai dit que j’aimerais travailler la chorégraphie de Jean avec lui. »

Une première ébauche du futur spectacle a été présentée jeudi. La suite ? « Ce sera pour l’année prochaine… ou la suivante, avoue le manipulateur de Jean. Dans cette création, je veux privilégier au maximum les échanges, l’apport d’artistes extérieurs… ce qui correspond à la philosophie des Récréâtrales. »

C’est, par contre, avec un projet abouti que la Maison Éphémère de Noduwez s’est rendue dans l’ancienne Haute-Volta : les trois dates de Georges Dandin in Afrika y ont connu un joli succès de la part du public et des professionnels. « Cela augure d’un bel avenir en France, en Suisse… voire encore en Afrique, estime Guy Theunissen, co-directeur avec Brigitte Baillieux de cette compagnie d’Orp-Jauche, au milieu d’un maquis, du nom de ces estaminets couleur locale. Diverses dates en Wallonie sont également prévues. »

« A refaire, évidemment ! »

Cette création montée au Théâtre Le Public de Saint-Josse a pu compter sur le facteur chance. Ce n’est qu’après que les représentations se soient déroulées que les problèmes de santé (dont un cas de paludisme vite pris en charge) se sont manifestés. Sans grande conséquence si ce n’est quelques visites à l’hôpital pour trois membres de l’équipe.

Mais pas de quoi teindre de gris ce séjour hors du commun. « L’expérience aura été chouette et intéressante, témoigne Sophie Jonniaux, l’une des comédiennes. Ce fut même un peu trop court pour permettre de s’acclimater pleinement au pays. Mais jouer Dandin ici, ça a vraiment pris tout son sens. Avec des spectateurs qui réagissaient davantage qu’en Belgique, un accueil très chaleureux… A refaire, évidemment ! »

D’autant plus que l’aspect scénique n’a pas été l’unique raison de la Maison Éphémère de rallier Ouagadougou. « L’intérêt se fonde notamment sur la qualité des rencontres sur le terrain, les échanges avec les pros…, précise Guy Theunissen. Ici, sur ce site magnifiquement scénographié avec des bouts de ficelles, les motifs de satisfaction auront été nombreux. »