Défendre les bornes frontières
Jos Goergen, un habitant de Colpach, réédite son ouvrage consacré aux bornes frontières, qui marquent la limite Belgique-Luxembourg depuis 1843.
J’ai vécu à Merl, mais j’étais souvent en vacances chez ma grand-mère à Rédange. Parfois, avec mon père, on passait la frontière à Oberpallen pour aller manger des frites à Arlon. Il y avait à l’époque des douaniers qui contrôlaient ou demandaient si on avait quelque chose à déclarer. Un jour, mon père s’est arrêté à la douane et m’a montré la borne 118. Serre-moi la main, me dit-il. Moi, je suis en Belgique, toi, au Luxembourg. J’ai trouvé cela comique. Quand je suis venu à Colpach, j’ai revu ces bornes. J’ai été attiré par ce patrimoine. Mais c’est regrettable, personne ne s’en occupe, ni les Luxembourgeois, ni les Belges, qui en sont pourtant copropriétaires. »
Jos Goergen, un habitant de Colpach, se bat depuis quelques années pour ce patrimoine principalement situé dans les champs et les bois. En 2008, pour faire connaître un thème qui lui est cher et peu connu, il écrit un livre qui se vend rapidement alors que sur le terrain, la majorité des élus s’en moque. Cela le choque, d’autant plus que ce patrimoine est commun au Luxembourg et à la Belgique. Responsable de l’engineering chez Paul Wurth, Jos Goergen n’est pas un historien. Simplement un passionné.
Tellement passionné qu’il agit sur le terrain au-delà de son livre, qu’il vient de rééditer. Après des centaines d’heures de marche-découverte, il les a répertoriées de la numéro 1 située au « Point triple » à Rodange-Aubange jusqu’à la 286ème, à Schmëtt, sur l’ancien point triple belgo-prusso-luxembourgeois. Un certain nombre d’entre elles est en piteux état. Surtout celles qui sont en fonte – il en existe aussi des intermédiaires, en pierre, en béton. Celles qui sont en fonte ont été réalisées à Seraing, chez Cockerill. Du costaud. Pourtant, au fil des ans, certains sont parvenus à en voler. Il en manque environ une douzaine. D’autres ont été décapitées, sont fendues, ont été perforées par de nombreux tirs de balles ! Jos Goergen en a sorti de l’oubli : enterrées, noyées, presque broyées. Dans son ouvrage, il les baptise : la kitsch, la fusillée, la décapitée, la déchiffrée, la sculptée, l’aveugle, la vidée, la reine, la ligotée, la rouquine. Autant dire qu’elles en ont vu de toutes les couleurs, comme lui dans sa quête bornée inarrêtée.
Voilà, l’ouvrage se veut informatif, sensibilisateur, tout en étant humoristique. Car ce patrimoine né d’un marchandage politique international vaut mieux qu’un oubli et pourrait être source d’itinéraires touristiques inédits.
« Bornes frontières/ Grenzmaarken » par Jos Goergen, 176 pages, 32 euros. www.bornesfrontières.lu On le trouve à la librairie des Faubourgs à Arlon, Croisy à Bastogne, au Pall d’Oberpallen ou chez l’auteur (info@bornesfrontieres.lu)



Complétement....borné? Que du contraire:informatif,sensibilisateur et....humoristique!,merci,mons.Goergen!