Crise d’auteurs chez Casterman
Dans une lettre ouverte adressée à Antoine Gallimard, le nouveau propriétaire des éditions Casterman, les plus grands noms de la bande dessinée franco-belge menacent de quitter la maison et d’aller publier leurs albums ailleurs. Leur départ serait une catastrophe économique pour l’éditeur.
Dans une lettre ouverte adressée, hier soir, à Antoine Gallimard, le nouveau propriétaire des éditions Casterman, les plus grands noms de la bande dessinée franco-belge, rejoints par les ayant-droits des œuvres d’Hergé, Fanny Rodwell, et d’Hugo Pratt, Patricia Zanotti, menacent de quitter la maison et d’aller publier leurs albums ailleurs. Parmi ces créateurs célèbres figurent notamment Enki Bilal, Philippe Geluck, François Schuiten, Jacques Tardi ou Didier Comès, autant d’auteurs dont l’intégralité de l’œuvre appartient actuellement au catalogue de Casterman. Leur départ serait une vraie catastrophe économique pour l’éditeur.
« Monsieur,
Nous, auteurs des Éditions Casterman avions accueilli avec intérêt, voici quelques mois, l’idée d’un rachat de Flammarion/Casterman par Gallimard. Cette solution, venant d’un éditeur respectable, ne pouvait que nous séduire.
Le 6 juin, c’est avec beaucoup d’inquiétude que nous avons découvert dans « Les échos » votre déclaration annonçant que, même si Casterman était « un joli joyau » Gallimard pourrait être contraint, « dans un contexte de crise », de le vendre pour faire face à ses échéances.
Pendant les semaines et les mois qui ont suivi, rien n’a été fait pour nous rassurer. Aucun contact n’a été pris avec nous, ni individuellement ni collectivement. Aucun projet éditorial ne nous a été présenté.
Le 8 novembre, nous avons appris brutalement, et avec consternation, par une dépêche AFP, la démission de Louis Delas et la situation qui l’y avait contraint. Depuis plus de douze ans, il était l’artisan du redressement et du développement de la maison Casterman. Chacun de nous avait appris à lui faire confiance, ainsi qu’aux équipes qu’il avait su réunir autour de lui.
Aujourd’hui, devant le mépris dont les auteurs Casterman font l’objet de votre part, nous avons le triste sentiment d’avoir été instrumentalisés en vue d’un transfert purement capitalistique. Nous n’avons, ni l’envie de nous compromettre dans un projet qui ne nous ressemble pas, ni l’intention de servir de « vaches à lait » à une quelconque trésorerie.
Si par hasard vous avez oublié que sans auteurs, il n’y a pas d’éditeur, nous vous le rappelons aujourd’hui. Et c’est sous d’autres cieux éditoriaux plus amicaux que certains d’entre nous publieront sans doute leurs prochains albums.
À moins que…
Enki BILAL, Jean-François et Maryse CHARLES, Didier COMES, Philippe GELUCK, Dominique GRANGE, Benjamin LEGRAND, Régis LOISEL, Jacques de LOUSTAL, Franck MARGERIN, Benoît PEETERS, François SCHUITEN, Fanny RODWELL (Ayant droits d’HERGE), Benoît SOKAL, Jacques TARDI, Patrizia ZANOTTI (Cong/Ayant droits d’Hugo PRATT)… »
Vos réactions
Voir toutes les réactions ceci dit, ces grands auteurs se foutent comme de l'an 40 des conditions de payement et de travail des jeunes auteurs qui se lancent dans la BD à l'heure actuelle. On ne parle qu'entre gens de bonne compagnie... Et Madame rodwell ne rève que d'une chose: récupérer les droits de tintin...
tiens, question perfide... Benoît Peeters, signataire de cette lettre, mais néanmoins conseiller artistique chez casterman, a t il également remis sa démission ?
Attention, si le coup semble beau à jouer (partir tous ensemble de chez Casterman - Gallimard), ce ne serait pas sans conséquences juridiques.
marrant cette histoire, est ce les gros auteurs casterman qui volent au secours de louis delas ? pourquoi les "petits" auteurs casterman n'ont ils pas été contactés pour signer cette lettre ? Aux signataires de cette lettre, ayons le courage de fonder un véritable syndicat d'auteurs !








@agogo et lyve: non c'est tout sauf marrant. Parce c'est qu'ainsi que va le monde actuellement et ce n'est pas marrant du tout, ni même équitable. Si les "grands noms" ne se mouillent pas de nos jours, rien n'est fait et rien n'est dit et croyez-bien que ce billet n'est publié dans la presse QUE parce qu'il est signé de "grands noms" de la BD... oui c'est injuste, mais cette société l'est et au moins les "grands noms" de ce secteur particulier de la BD ont osé se mouiller, pour eux, mais aussi le plus grand bien des autres auteurs dont les noms ne sont pas connus du grand public.