Des terres bio menacées par une prison

L’exploitation agricole de Michel Pâque et de sa famille se situe juste à côte de la prison.
L’exploitation agricole de Michel Pâque et de sa famille se situe juste à côte de la prison. - Michel Tonneau

Adieu veau, vache, cochon, couvée ? En 40 ans, le rêve d’Henri Pâque, agriculteur à Lantin, est devenu réalité mais il est menacé. L’écosystème de la Ferme à l’Arbre comprend une exploitation agricole certifiée bio, qui allie élevage et culture et fonctionne en circuit court avec une boucherie, un restaurant, une coopérative brassicole et un supermarché bio dédié notamment à la vente directe des produits de la ferme. Une quarantaine d’emplois directs et 47 indirects «  non délocalisables  », précise Michel Pâque, le fils du fondateur, qui pourraient fondre comme neige au soleil.

En cause : le projet d’extension de la prison de Lantin lancé par la Régie des bâtiments sous la houlette du ministre de tutelle Jan Jambon (N-VA) qui menace directement la pérennité de la Ferme à l’Arbre. L’ensemble des surfaces agricoles exploitées par la ferme bio entourent la prison et c’est sur ces terres de qualité que le ministre de l’Intérieur du gouvernement Michel veut construire l’extension de la prison. Soit une maison d’arrêt (hébergement des détenus avant qu’ils ne soient jugés) de 312 places sur une superficie de 5 à 8,5 hectares.

«  Cela revient à nous retirer 20 % de nos terres agricoles, ce qui menace directement l’ensemble de nos activités », explique Michel Pâque. Aucun acte d’expropriation pour utilité publique n’a été lancé mais le projet semble bel et bien enclenché puisque la commune de Juprelle, informée des velléités du gouvernement fédéral, a opposé un refus catégorique, à l’unanimité de son conseil communal.

«  Nous ne nions pas que les conditions de détention doivent être améliorées compte tenu notamment de la vétusté des bâtiments à Lantin et de la surpopulation carcérale, explique Michel Pâque. La prison doit être modernisée et étendue mais le projet actuel est inacceptable. Au lieu de continuer à utiliser de bonnes terres agricoles – que ce soient les nôtres ou celle d’autres agriculteurs –, le gouvernement ferait mieux de rechercher d’autres solutions en utilisant, par exemple, des friches industrielles ou des chancres urbains ». Une autre solution serait de reconstruire la prison de Lantin sur une partie des 12 hectares du site actuel. D’un côté, le monde politique encourage les circuits courts et la relocalisation de l’agriculture et de l’autre, il ébranle un modèle qui fonctionne en mettant le grappin sur des terres de qualité… Michel Pâque y voit une incohérence manifeste.

Enrayer le grignotage des terres

«  Je rappelle que, entre 1985 et 2004, la Wallonie a perdu 41.000 hectares de terres agricoles, soit 4,5 % de la superficie totale. Il faut que cela s’arrête, poursuit l’agriculteur qui cite les promesses du Schéma de développement territorial adopté par les bourgmestres de l’arrondissement de Liège et qui vise à enrayer le grignotage des terres agricoles en reconvertissant 30 hectares de friches industrielles par an durant 20 ans.

Après une première rencontre avec les cabinets des ministres de la Justice (Koen Geens, CD&V) et de l’Intérieur (Jan Jambon, N-VA), la commune de Juprelle espère une réunion de terrain pour que les ministres se rendent compte de l’impact de leur décision à l’échelon local. «  Nous endurons déjà toute une série de coûts liés notamment aux frais de police, de CPAS ou de voirie », explique Joseph Pâque, le président du CPAS de Juprelle.

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Un plan qui reste flou

Sur le modèle de la prison de Marche construite dans le cadre d’un partenariat public-privé, la Régie des bâtiments envisage de rénover les établissements pénitentiaires (Paifve et Lantin) qui se trouvent sur la commune de Juprelle. A Lantin, il est question de démolir complètement la tour de huit étages qui abrite la maison d’arrêt de 340 places pour les détenus non encore jugés. Une fois démolie, une nouvelle maison d’arrêt de 312 places serait construite sur un terrain agricole de 5 à 8,5 hectares, situé juste à côté de l’enceinte actuelle. A Paifve, un nouveau centre de psychiatrie légale de 250 places serait construit sur le site actuel. L’établissement actuel n’hébergerait plus d’internés mais serait transformé en prison classique pour accueillir le trop-plein de prisonniers de Lantin. «  Nous comptons déjà plus de 1.000 prisonniers pour 9.000 habitants  », a déclaré la bourgmestre Christine Servaes (CDH) à nos collègues de SudPresse. «  Nous ne sommes plus d’accord. »