La Louvière était rouge de colère

Frédéric Delepierre
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Ce jeudi matin, ils etaient 1.800 pour s'opposer à toute politique d'austérité. Les travailleurs de Duferco ont reçu le soutien de manifestants venus d'ailleurs.

  • Le centre de La Louvière s’est transformé en une nuée rouge ce jeudi matin. Pour soutenir les travailleurs de Duferco et montrer l’opposition aux politiques d’austérité, des manifestants étaient venus d’un peu partout. © avpress.
    Le centre de La Louvière s’est transformé en une nuée rouge ce jeudi matin. Pour soutenir les travailleurs de Duferco et montrer l’opposition aux politiques d’austérité, des manifestants étaient venus d’un peu partout. © avpress.

Rue de la Loi à La Louvière ce mercredi matin. Il est à peine 9 h 45. Sur le trottoir, deux commerçants d’un snack et d’une sandwicherie s’affairent. Les effluves d’oignons grillés et de hamburgers se répandent partout dans la rue. Un peu plus loin, sous l’imposante toile blanche de la place Jules Mansart, un podium est installé. La sono fait sa balance. La voix rauque du rocker italien Zucchero jaillit. Pas de doute, la journée ne sera pas banale.

Pour preuve, un quart d’heure plus tôt, une nuée rouge s’est mise en marche depuis le siège de l’usine Duferco, rue des Rivaux. Banderoles, calicots, trompettes et sifflets en avant, plusieurs centaines de travailleurs s’étaient donné rendez-vous pour rejoindre le point de ralliement à la place Mansart. Dans le même temps, sur la place communale, un second bataillon se structure. Pourquoi là ? Le siège du syndicat socialiste Setca s’y trouve.

Parmi les manifestants, Raphaël Doli est venu du Brabant wallon. Par solidarité. Sur son torse, une photo d’un bébé. « Je suis accompagnateur social à Nivelles. La misère et la détresse, je les vois tous les jours. Des gens sont même parfois prêts au suicide ; il n’y a pas qu’en Espagne… On donne tout aux patrons et rien aux travailleurs. L’argent est distribué du mauvais côté. Le bébé ? C’est ma petite-fille Alena. Elle a un an et demi. Si avec ma fille Cindy on ne se bat pas pour elle, quel sera son avenir ? »

Il est 10 heures. Le cortège s’ébroue. A l’avant, une pancarte tenue par deux jeunes cachant leur visage derrière des masques Anonymous. Il y est écrit : « Qui sème la misère récolte la colère. » Aux premiers rangs du cortège, les travailleurs de Duferco dont l’avenir est toujours incertain. Certains, canette de bière à la main, gardent le sourire. D’autres, comme Vincent âgé de 27 ans, sont plus amers.

« L’avenir est pire qu’incertain. J’ai trois enfants et j’ai vraiment peur pour leur avenir. Ça devient de plus en plus compliqué. Surtout ici dans le Centre. Ce week-end, j’ai entendu Thierry Bodson, le patron de la FGTB wallonne, parler de solidarité. Mais pourquoi on ne taxe pas les gros salaires pour récupérer les milliards qui manquent ? »

Au milieu du défilé, un drapeau de la CGSP Admi. Perdu ? « Pas du tout, sourit Thierry Derval, président de la section de Binche. L’administration aussi est concernée. Nous soutenons bien sûr les travailleurs de Duferco mais nous sommes aussi inquiets pour notre avenir. Un éventuel saut d’index et une hausse de la TVA font peur. »

Didier Galot, lui, arbore les couleurs de la CGSP Cheminots de Charleroi. « J’ai trois amis qui bossent à Duferco et j’ai décidé de les soutenir plutôt que d’aller à Charleroi. Il faut montrer à l’Europe libérale et à ses lobbies qui ne pensent qu’à faire de l’argent qu’on n’est pas d’accord. Même si notre gouvernement s’incline devant l’euro. Mais pourquoi on n’ose pas taxer plus les banques et les multinationales qui ne paient pas d’impôt ? C’est toujours le travailleur qui casque ! »

Onze heures. Les 1.800 manifestants sont réunis place Mansart. Les discours sont virulents. Les poings se lèvent. Place à l’Internationale. Puis au réconfort. Le soleil est de la partie et les terrasses de sortie. L’heure du hamburger aux oignons a sonné.

Osez la rencontre !