Pitcho Womba Konga: «Etudier Napoléon à l’école, c’est bien mais il faudrait aussi parler de Lumumba»

«
J’ai voulu comprendre en quoi le discours de Lumumba est retentissant aujourd’hui.
» Photo Stef Depover.
« J’ai voulu comprendre en quoi le discours de Lumumba est retentissant aujourd’hui. » Photo Stef Depover. - StefDepover

Le 30 juin 1960, Patrice Lumumba prononçait l’indépendance du Congo dans un discours acclamé par les uns et controversé pour les autres. Aujourd’hui, Pitcho Womba Konga s’empare de cette allocution historique et lui donne un relief nouveau par le biais du hip hop, entre rap, beatbox et breakdance.

Lui qui a joué pour les plus grands, de Peter Brook à Joël Pommerat, crée maintenant son propre spectacle, Kuzikiliza, comme un pont entre ses deux cultures : la Belgique et la République démocratique du Congo. Parce qu’« assumer ouvertement les tragédies que la colonisation a causées serait une manière de faire un grand pas vers le vivre-ensemble. »

Comment est née l’idée de travailler sur le discours de Patrice Lumumba ?

En voyant le documentaire Lumumba, la mort d’un prophète de Raoul Peck, j’ai été étonné de voir, dans les coupures de presse belge, comment les gens percevaient le discours de Lumumba, considérant que c’était le discours de trop, qui avait certainement conduit aux manigances pour avoir sa peau. J’ai voulu analyser ce discours, me le réapproprier, comprendre comment il résonne aujourd’hui, le rendre universel. Comprendre pourquoi il a été mal compris. En quoi il est retentissant aujourd’hui. Quelle est sa force. Comment partager ce discours qui n’appartient pas au peuple congolais mais qui est universel. Comment partager ce que j’ai ressenti en entendant ce discours.

Qu’avez-vous ressenti justement ?

Je ressens le discours d’un opprimé face à l’oppresseur, face à une classe qui s’estime au-dessus d’une autre classe. Ce jeu entre dominé et dominant rappelle d’autres mécanismes du monde dans lequel on vit. C’est le même jeu à l’œuvre entre patron et ouvrier par exemple. Tout cela pose la question de l’indépendance. Où se trouve le juste endroit de la liberté ? Est-ce qu’on est indépendant de l’autre, de la société ? Est-ce que la liberté, ce n’est pas la possibilité de choisir sa propre prison ?

Pourquoi avoir utilisé la culture du hip-hop pour traduire votre propos ?

Pour rendre ce discours actuel, il fallait utiliser une forme actuelle. Or ce sont des outils qui symbolisent l’universalité. La culture hip-hop est une approche multiculturelle. A la base de ce mouvement, il y a des gens venus de tous horizons. Ces outils-là sont des outils de communication et pas juste des outils formels ou esthétiques. Il y a toujours eu dans le mouvement hip-hop une envie de raconter des histoires. Je voulais mettre ça dans un espace théâtral, jouer avec les codes qui sont les miens. J’avais envie de confronter le public à une forme qui devient populaire, qui passe maintenant à la télé, à la radio. Une forme qu’on a toujours essayé de casser. Avant, on disait que c’était une musique de voyou. Maintenant, on considère que c’est une culture pas très intelligente, machiste, qui parle de femmes et de fumette, alors que ça va bien au-delà.

« Kuzikiliza » arrive après « Malcom X », dans lequel vous jouiez. On a l’impression d’un mouvement qui se met en place ?

C’est vrai qu’il y a un mouvement, un réveil, autour de gens issus des minorités. Malcom X, c’était ça, c’était dire : « on est là, on existe. On ne nous montre pas à la télé mais on est là. On va raconter nos histoires. » C’est pour ça que, sur l’affiche de Kuzikiliza, il y a le hashtag « Blackhistorymatters. » Etudier Napoléon à l’école, c’est bien mais ça vaudrait aussi la peine de parler de Lumumba et de Malcom X. Depuis les philosophes grecs, on sait que le savoir est toujours en mouvement. La connaissance se construit au gré des rencontres, des échanges. Il n’y a pas un peuple qui soit plus civilisé que l’autre.

Les 8 et 9 novembre au KVS (Bruxelles), le 23 novembre au Monty (Anvers).

 
 
 
 
 
 

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