Un survivant des Andes à Tournai

Caroline Dunski
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Avec son équipe de rugby, Gustavo Zerbino a survécu 72 jours au crash de son avion survenu dans la cordillière des Andes en 1972. Dimanche, il était à Tournai pour parrainer le tout nouveau club de rugby.

  • Le survivant des Andes, Gustavo Zerbino sait combien le rugby l’a aidé durant son « enfer ». Il a accepté d’être président d’honneur du nouveau club tournaisien, le XV Picard. © coralie cardon
    Le survivant des Andes, Gustavo Zerbino sait combien le rugby l’a aidé durant son « enfer ». Il a accepté d’être président d’honneur du nouveau club tournaisien, le XV Picard. © coralie cardon

Vivre comme si chaque seconde était la dernière, avec passion, intensité et plaisir ! » S’il est un enseignement tiré de sa terrible mésaventure que Gustavo Zerbino entend transmettre aux jeunes générations, c’est bien celui-là. L’étudiant en médecine n’a que 19 ans, le 13 octobre 1972, quand l’avion de la compagnie uruguayenne qui l’emmène au Chili avec ses coéquipiers de l’équipe de rugby s’écrase au milieu de la cordillère des Andes. Pendant 72 jours, 16 des 45 passagers et membres d’équipage survivront dans des conditions extrêmes, avec des températures nocturnes descendant jusqu’à - 40 degrés, en dépassant un tabou ultime : se nourrir des corps de leurs compagnons décédés.

Aujourd’hui, 40 ans après le drame, l’homme parcourt le monde pour donner des conférences sur le management, le leadership et la motivation. A partir de son expérience, il a modélisé l’excellence. « Pour obtenir un résultat extraordinaire, il faut faire des choses extraordinaires. Au cours d’une vie, on apprend à s’inventer une quantité d’excuses pour n’avoir pas fait ce qu’il y avait à faire. Le sport national des gens est de se plaindre, de se poser en victimes et de ne rien changer. Les gagnants ont un planning, les perdants, des excuses », assène-t-il.

Au-delà des apparences, il est humble. Il professe d’ailleurs l’humilité, l’esprit d’équipe et la solidarité, les principes du rugby qui ont permis aux accidentés de survivre. « Nous sommes des êtres humains comme les autres, pas des héros. Les êtres extraordinaires n’existent pas, mais les humains peuvent faire des choses supérieures s’ils utilisent leur cœur. »

Dans les Andes, les survivants ont formé « La société de la neige », une société solidaire où les règles apparaissaient au fur et à mesure. « La première était l’interdiction de se plaindre, pour éviter d’ajouter de la douleur à la douleur, mettre en place le principe de l’acceptation et éviter la perte d’énergie que constitue la plainte. Cela nous gardait totalement disponibles pour utiliser toutes les informations apportées par les sens. » Pourtant, les 72 jours passés dans la cordillère des Andes s’apparentent à un séjour en enfer. « La journée, il faisait parfois 40 degrés au soleil. Entre le jour et la nuit, on connaissait des écarts de températures de 80 degrés ! A 4.800 mètres d’altitude, avec le manque d’oxygène, le nez et les oreilles saignent, le cerveau travaille plus lentement. »

Grâce à la combinaison des compétences et des connaissances individuelles, formant une véritable équipe, avec des éléments récupérés dans les débris de l’avion, ceux qui ne sont pas morts dans le crash ou lors de l’avalanche qui se produit quinze jours plus tard ont conçu des lunettes de soleil, des gants, des bottes, des sacs de couchage et un système pour transformer la neige en eau.

Lorsqu’à l’aide d’une radio de fortune ils entendent que les recherches visant à les retrouver sont abandonnées parce qu’on les croit désormais morts, c’est vécu comme une chance. « Jusque-là, nous attendions que le sauvetage vienne de l’extérieur. Nous avons eu le choix : rester sur place et mourir ou lutter. Nous sommes restés une équipe avec un seul objectif commun : survivre ! Notre histoire n’est ni une tragédie ni un miracle, mais une histoire d’amour et de solidarité. »

Parrain du XV Picard

Dimanche, à l’occasion d’une tournée de rencontres organisée par son ami et ancien entraîneur Jean-Pierre Juanchich, dans le cadre de la Semaine française de la Solidarité internationale, l’Uruguayen rencontrait de jeunes membres du club tournaisien de rugby, le XV picard, dont il a accepté de devenir président d’honneur. « Le message et les valeurs du rugby passent plus facilement auprès de nos jeunes avec un discours pareil », explique leur entraîneur Eddy Denis, visiblement ravi d’avoir rencontré une légende vivante.

Osez la rencontre !