Michel Dupont ou la liberté par l’imagination
Entre conte à la Barbe bleue et faits divers, Anne-Cécile Vandalem plonge dans le noir pour une fable sonore sur la force de l’imaginaire.
Dans la petite salle où pénètre le public, on s’assied à même le sol couvert de tapis et de coussins noirs. Puis la lumière s’éteint nous plongeant dans une obscurité totale. Et une voix s’élève racontant une sorte de conte commençant par l’incontournable « il était une fois ». Mais ici, fiction et réalité vont se croiser, se télescoper et finir par échanger leurs rôles… Spectacle entièrement basé sur le son, Michel Dupont, Réinventer le contraire du monde, est un ovni de nos scènes concocté par Anne-Cécile Vandalem.
Sur quoi vous êtes vous basée pour écrire ce spectacle ?
J’ai travaillé sur cinq faits divers. Tous concernaient des jeunes filles enfermées et dans tous, elles se raccrochaient très fort à la manière de dompter son esprit par l’écoute.
Vous avez rencontré les jeunes filles victimes de séquestration ?
Non. Je me suis basée sur les histoires de Natasha Kampusch, Sabine Dardenne, Elizabeth Fritzl… Elles ont toutes écrit ou eu des gens qui ont écrit pour elle. Ce qui me frappait très fort, c’est que passé le choc de l’enfermement physique, c’est la peur de sombrer dans la folie qui les envahit. D’où le besoin de se raconter des histoires. Au-delà de cela, c’est aussi un spectacle qui s’adresse aux adolescents pour leur dire que parfois, quand on a l’impression que tout est bouché, on peut se créer des possibles. Ces filles enfermées parfois des années, l’ont fait par la seule force de leur imagination.
Pourquoi plonger le public dans le noir ?
AprèsHabituation,spectacle très visuel, j’avais envie, pour une fois, de me passer d’image. Et de voir comment, avec cette absence d’images, on pourrait aller encore plus loin.Au niveau du fond, j’avais envie de continuer de parler de la question de l’isolement et de l’imagination comme moyen de survie, comme échappatoire. Ici, il s’agit de l’histoire d’une petite fille qui est séquestrée dans une cave par son père. Je voulais que le public soit dans les mêmes conditions qu’elle et puisse faire le même chemin. A partir de là, tout un imaginaire assez riche peut se développer. Toutes les scènes sont construites sur un minimum de 5 plans sonores différents (elle, ce qui se passe dans la cave, ce qui est derrière les murs, ce qui est en haut et l’extérieur). Dans chaque situation les cinq sont traités constamment. C’est comme du montage cinéma.
Pourquoi ce titre avec un nom masculin ?
Michel Dupont, c’est le nom et le prénom les plus répandus en Belgique francophone. Donc c’est un peu l’anonymat, tout le monde et personne. Et cette petite fille enfermée est littéralement privée d’identité, de genre, par son père. Dans tous les récits d’enfermement, il y a une sorte de lavage de cerveau qui permet ensuite au bourreau de faire de la victime son instrument.
Dans votre spectacle, on ne sait quasi rien du père…
Pour moi, la question n’était pas le rapport bourreau-victime. C’est un fait de départ. Après, c’est comment un individu enfermé, coupé de tout repère peut trouver en lui la force vitale pour se reconstruire… Pour « réinventer le contraire du monde ».







