Charles Berling : du théâtre à la chanson, du rire aux larmes

Jean-marie Wynants
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Le comédien français sera pour la première fois au Théâtre 140 avec son spectacle de chansons… et de textes. Entretien.

Comédien tout terrain, Charles Berling s’est d’abord fait connaître au théâtre. On l’y a vu dans des dizaines de spectacles dont Roberto Zucco, Œdipe le Tyran de Sophocle, Cravate Club, Hamlet, Caligula, etc. Au cinéma, il a fait merveille dans Nelly et Monsieur Arnaud de Claude Sautet, Ridicule de Patrice Leconte, L’ennui de Cédric Kahn et tout récemment dans Comme un homme aux côtés de son fils Emile. À la télévision, il a incarné Jean Moulin et Robert Badinter. Avec son frère Philippe Berling, metteur en scène, il est également directeur du Théâtre Liberté à Toulon depuis 2011. Et comme si cela ne suffisait pas, le voici qui débarque avec un spectacle de chansons et de textes au Théâtre 140. Retrouvailles avec Bruxelles où il a fait ses études à l’Insas et créé son premier spectacle, Ça, en 1981, avec Sabra Ben Arfa et Marie-Pierre Meinzel.

On a peu vu vos spectacles théâtraux en Belgique et vous voici en chanteur…

Jo Dekmine a essayé de nombreuses fois de me faire venir dans son théâtre. C’est un fidèle. Et un type impressionnant de professionnalisme, de connaissance. Mais les spectacles dans lesquels je jouais ou que je mettais en scène étaient trop grands pour sa salle. Ici, ça va mais Jo n’a pas choisi le plus facile en me programmant avec mon tour de chant. Il m’a donc demandé d’ajouter des extraits de textes entre les chansons.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur vos études à l’Insas ?

L’Insas était à l’époque une école parfaitement imparfaite. On y trouvait de tout au niveau des profs, de l’ambiance. C’était très cosmopolite aussi. On faisait du cinéma, du théâtre… L’Insas m’a armé pour affronter le vrai milieu professionnel. Au même moment, je voyais des gens de ma génération qui sortaient du TNS à Strasbourg et qui ne trouvaient pas de travail car au TNS, ils étaient dans un cocon.

La chanson c’est un vieux rêve ?

Quand j’ai commencé à faire des trucs, vers 14 ans, au lycée, je chantais, je jouais, je mettais en scène… Donc pour moi toutes les disciplines sont cousines et m’amènent à raconter des histoires. Après, la vie fait qu’on se spécialise dans un domaine mais je n’ai jamais perdu la chanson de vue. Il y a cinq ans, j’ai repris des cours de chant intensif. Après trois ans, j’ai commencé à me présenter en public. Pour moi, c’est le début d’un chemin.

Mais une tournée vous prive d’autres possibilités…

Quand je pars en tournée, ça me bloque pour quelques mois. Mon agent le sait. De toute manière, aujourd’hui je préfère faire mon film ou monter une pièce que j’ai écrite, que je mets en scène et que je joue. Bien sûr, il faut bien que je gagne un peu d’argent pour ne pas être emmerdé. Mais il y a un tas de rôles que j’ai l’impression d’avoir déjà fait. Alors je refuse.

Est-il difficile pour quelqu’un comme vous, qui fait aussi de la mise en scène, de redevenir acteur pour un autre ?

Non ! J’adore être dirigé. C’est une idée fausse de penser que ceux qui ont eux-mêmes mis en scène ou réalisé des films seraient plus récalcitrants. Au contraire car on sait comment ça marche. Après, si on tourne dans une merde épouvantable, c’est évidemment très dur.

Vous écrivez beaucoup. C’est aussi une vieille passion ?

En fait, j’écris beaucoup, je jette beaucoup et je recommence beaucoup. J’ai quelques textes écrits d’une traite mais ils sont rares. Les autres peuvent traîner puis se débloquer au bout d’un temps.

Quand avez-vous commencé à vraiment écrire ?

En 98 avec Carla (NDLR : Bruni, dont il fut le compagnon). Elle avait 30 ans, sortait du mannequinat, écrivait des chansons et on s’amusait beaucoup dans les chambres d’hôtel à faire l’amour et à parler des textes de chansons. De mon côté, j’écrivais déjà mais c’était plus un exutoire. J’ai accumulé les textes puis j’ai commencé à les montrer. On m’a encouragé et je m’y suis remis sérieusement.

Que découvrira-t-on sur scène ?

J’aime bien trouver un style pour les concerts. C’est différent de l’album. Ici, il y aura la façon d’imbriquer la musique, les mots et puis les autres textes. Et je travaille deux ou trois reprises : Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Il n’y a pas d’amour heureux… Mais rassurez-vous, j’ai aussi des chansons rigolotes. Je passe d’un état à l’autre. La tristesse ne m’effraie pas. C’est le fond de toute chose artistique. Quand c’est bien fait, ça réjouit finalement. Et c’est plus facile en chanson parce que la musique est un accélérateur d’émotion. La Belgique est un pays comme ça : on peut y passer du rire aux larmes.

Les 30 novembre et 1er décembre au Théâtre 140, www.theatre140.be.

Osez la rencontre !