Un prince et un peintre ont rêvé le Palais du Te
Le Palais du Te est le chef-d’oeuvre débridé de Giulio Romano : un art de cour grandiose.
Raphaël l’aimait comme un fils. La famille régnante des ducs de Gonzague l’invite à leur cour de Mantoue au XVIe siècle. Giulio Romano (1499-1546), ce nom ne vous est pas inconnu si vous avez visité l’exposition que Le Louvre consacre au maître mais aussi à cet élève le plus accompli et le plus fidèle.
Lors d’une balade à cheval, Frédéric II de Gonzague manifeste un simple désir : transformer les écuries, sans aucune démolition, qui se trouvent sur l’île de Te en une agréable résidence secondaire…
Giulio Romano relève le défi. Entre 1526 et 1536, il va édifier un palais merveilleux, le Palais du Te auquel l’historien d’art Ugo Bazzotti consacre un ouvrage remarquable. Ce spécialiste milanais de l’art médiéval a d’ailleurs été le directeur du Palais du Te de 1995 à 2007, tout en assurant la responsabilité des musées et monuments de la ville de Mantoue. Ce fastueux palais se trouve sur l’île de Te. Au milieu du lac qui s’étend au sud des murs de la ville de Mantoue, Te est une petite île verdoyante qui appelle au repos.
Par magie, mais surtout avec l’aide d’une bonne centaine de travailleurs, artistes et artisans, Giulio Romano va construire une demeure jamais vue ni même jamais imaginée auparavant. Ce chef-d’œuvre de villa suburbana, lieu de villégiature à la mode antique, est l’un des modèles du maniérisme international dont le toponyme Te semble venir de la troncation du terme médiéval teieto qui désigne un terrain peuplé de tilleuls. La villa s’inscrit dans la sensibilité toscano-romaine qui va inspirer l’architecte Palladio : la structure planimétrique du bâtiment avec une succession d’atriums, de cours carrées, de jardins, lui confère une amplitude rappelant le style architectural dorique classique.
En feuilletant l’imposant ouvrage d’Ugo Bazzotti, ce qui frappe évidemment est cette déferlante d’ornementations, de fresques et de stucs spectaculaires, jusque cette dernière Chambre des Géants, un torrent de chairs au modelage sensible sous l’effondrement des colonnes.
Cette très belle « mémoire de l’Antiquité » va devenir l’unique référence pour les projets artistiques et les constructions urbaines car Romano y réalise la conjugaison de l’enseignement pictural de Raphaël, le message de Michel-Ange et les suggestions chromatiques de Sebastiano del Piombo, dans une parfaite orchestration des grotesques et bizarres, les procédés théâtraux des perspectives accentuées, les coupes transversales, le clair-obscur, les pigments raffinés et les laques rosées. Plus que tout, dans ses compositions « terribles » son auteur veut impliquer le spectateur dans son récit mythologique.


