Pour une bonne œuvre !
C’est à une œuvre de charité, le Secours catholique, que la veuve du célèbre cinéaste, décédée en mars 2011, a choisi de léguer la collection d’œuvres d’art formée principalement par son époux. C’est donc aux plus déshérités que cette catholique fervente a pensé et c’est Christie’s qui se chargera de la dispersion de ce qui n’est pas une vente de charité au sens strict du terme, soit une vente où des lots plus ou moins valables sont rassemblés pour être vendus à l’encan pour une bonne cause. Tout au contraire, il s’agit d’une vente traditionnelle d’une collection privée dont le produit ira dans les caisses d’une bonne œuvre.
Clouzot
Réalisateur du Salaire de la peur en 1952, le cinéaste est décrit dans le catalogue de la vente comme un « formidable créateur d’atmosphères ». Disparu en 1977, il laisse quelques autres films passés à la postérité, comme Les diaboliques, L’assassin habite au 21 ou encore Quai des Orfèvres. Né en 1907, Clouzot s’intéressa jeune aux arts plastiques, notamment grâce à son oncle et parrain, conservateur au Palais Galliera, qui lui servira de guide dans le domaine des arts premiers et de l’avant-garde. C’est ainsi qu’il rencontra Picasso dans les années 1920, une amitié qui dura cinquante ans avec, bien entendu, étant donné le caractère du maître espagnol, des hauts et des bas.
Plusieurs œuvres sur papier de Picasso font partie de la vente, mais il ne s’agit pas là des pièces les plus importantes du catalogue. La pièce de résistance est en effet un important tableau de Dubuffet peint en 1950 et intitulé Femina dulce malum (Corps de dame taché de rouille et de lilas). Il est estimé entre 1.000.000 et 1.500.000 euros. On peut d’ailleurs le voir dans un des opus du cinéaste, La prisonnière, un film de 1968 avec dans le rôle principal Laurent Terzieff. Dans le même long-métrage, l’on peut apercevoir deux statuettes africaines qui seront quant à elles incluses dans la vente d’art africain et océanien du 11 décembre prochain à Paris.
Colombe d’Or
Inconditionnel du célèbre restaurant de Saint-Paul-de-Vence, la Colombe d’Or, Henri-Georges Clouzot s’y voit gratifié d’une petite maison dans le jardin. Il en sera le pensionnaire pendant quinze ans.
C’est là qu’il préparera ses films et qu’il s’adonnera à sa seconde passion, la peinture. Si son talent dans cette discipline est finalement assez relatif, cet intérêt pour les beaux-arts a eu, selon les spécialistes, un retentissement sur son art de filmer, particulièrement lorsqu’il passa à la pellicule en couleur, où il réalisa quelques expérimentations, notamment avec Romy Schneider. De l’époque de la Colombe d’Or date de nombreuses acquisitions, parmi lesquelles une huile de Soulages (estimation de 200.000 à 300.000 euros) ainsi que des œuvres d’artistes abstraits de l’après-guerre comme Roger Bissière, Alfred Manessier ou encore Maria Helena Vieira da Silva…
Le mystère Picasso
Autre preuve de sa passion pour les arts plastiques, le documentaire que Clouzot a tourné sur Picasso.
Intitulé Le mystère Picasso, ce film réalisé en 1955 et qui dure 78 minutes est célèbre pour avoir montré l’artiste au travail, notamment en capturant son processus créatif au départ du revers d’une toile sur laquelle il dessine au moyen de feutres nouvellement importés des Etats-Unis et qui ont la particularité de la transpercer, voire en le filmant par transparence peignant sur un panneau de verre. Clouzot invente ici une nouvelle manière de documenter le travail d’un artiste, loin de la biographie classique des documentaires de l’époque. Il s’agit ici d’une autre dimension du cinéaste que cette vente permet de rappeler.







