Au temps des derniers sultans
Créé en 1988 par Didier Luttenbacher, rapidement rejoint par Eric Gasquet, l’Atelier DL niché dans le Vaucluse invite à la redécouverte de l’extraordinaire créativité des arts décoratifs de 1848 à 1914. Dans leur galerie, des bronzes, des émaux, des céramiques, du verre et des bois réalisés par Théodore Deck, Samson Wertheimer, Ferdinand Barbedienne, les Maisons Christofle ou Elkington… autant de représentants des grands mouvements esthétiques et culturels que furent l’éclectisme, l’historicisme, le japonisme et l’orientalisme.
De leur première participation à la Biennale des Antiquaires de Paris avec un stand implanté sous la verrière d’un Salon d’Honneur fraîchement rénové, Eric Gasquet tire un bilan personnel positif, « tant au niveau de la très grande visibilité (auprès de nos clients, des autres marchands et des visiteurs… la clientèle est internationale !) qu’au niveau des ventes. Et ce malgré la crise qui, pourtant perceptible, incitait les acheteurs à la prudence ». De conclure que « la Biennale est un salon hors norme, de par son niveau de qualité, le côté luxe et les enjeux financiers. Paris est, et reste, avec Londres, une des deux grandes capitales de l’art et du luxe en Europe ».
Un meuble précieux
C’est un homme à ce point passionné par l’ébénisterie, et lui-même considéré comme un excellent praticien dans sa jeunesse, qu’il fit installer dans son nouveau Palais de Yildiz un atelier d’ébénisterie où travaillaient soixante artisans et où était fabriquée une partie de l’ameublement des palais impériaux. « Si passionné que lui-même, tout sultan Abdul Hamid II (1842-1918) soit-il, participait volontiers à leur conception et/ou à leur fabrication. Avec une préférence pour le travail de la nacre ! », commente le duo d’antiquaires. De préciser que les autres meubles et objets nécessaires étaient achetés ou commandés soit en Occident soit à des fabricants ottomans.
En bois sculpté, doré, peint indigo, orné de marqueteries et incrustations de nacre, d’ivoire et de filigranes, architecturé de dômes, de galeries, de niches, de colonnettes et moucharabiés, le meuble se structure de placages de bois de rose, de palissandre, de bois teint en vert… « Notez, dans sa partie supérieure, le médaillon enserrant les Grandes Armes de l’Empire Ottoman, l’inscription en coufique tressé d’une sourate du Coran : “Oui, nous t’avons accordé une éclatante victoire”, et la date : 1319. Date de l’Hégire ! Soit du 20 avril 1901 au 9 avril 1902. Puis, sur les portes latérales, l’inscription en coufique géométrique – dit labyrinthe chinois – “Secours de Dieu et victoire éclatante, annonce la bonne nouvelle aux croyants ô Mohammed ”. »
Précision apportée par les antiquaires, « chaque sultan avait son monogramme propre, appelé tugra, qui servait de blason. Fin du XIXe siècle, la nécessité pour l’Empire de posséder un emblème moins personnel que la tugra et plus sophistiqué que le croissant traditionnel s’imposa. Des armoiries ottomanes modernes, inspirées par la tradition héraldique européenne furent donc créées en 1882. A partir de 1877-1978, le sultan Abdul Hamid II fit figurer la mention “el-Gâzi” (le victorieux) sur sa tugra sur divers autres symboles personnels et impériaux ».
Didier Luttenbacher-Eric Gasquet, 68 rue du Vieux Villages, 84450 Jonquerettes (Vaucluse, France).
00 33 (0)4 90 22 27 94
www.atelier-dl.com







