« Ma drogue, c’était le jeu »
ANDERLUES Pendant de nombreuses années, Robert Fumière a joué dans les casinos. Pour tenter de chasser ses démons, il a récemment rélaisé un film qui évoque son parcours.
C’est l’histoire d’un ancien garagiste devenu cinéaste. D’un joueur invétéré hanté par le casino. C’est le récit d’une tentative de rédemption. D’un homme qui veut chasser ses démons pour protéger sa famille.
Robert Fumière a la passion du jeu depuis de nombreuses années. Combien de fois a-t-il franchi la porte d’un casino ? Combien a-t-il perdu ? Il ne sait pas, il n’a pas tenu de comptabilité. Mais il l’a fait des tas de fois et a perdu des sommes folles. A ces occasions où la chance lui souriait, il avait d’ailleurs du mal à rester sur un bénéfice. Une pulsion plus forte que le poussait à rejouer et à finalement perdre davantage que ce qu’il avait provisoirement empoché. « En tout, cette passion m’a sans doute coûté l’équivalent de deux ou trois maisons », glisse-t-il.
Marié, Robert Fumière a souvent été obligé de mentir à sa femme pour camoufler les pertes occasionnées par cette passion dévorante. Lorsqu’il rentrait les poches vides, il n’oubliait pas de glisser sur la table de nuit de son épouse une grosse coupure, signe prétendu d’une victoire au casino. Lentement mais sûrement, la situation financière du couple a sombré. A la tête d’un garage, Robert Fumière a vendu une à une ses voitures pour pouvoir apurer ses dettes et continuer à jouer. « Durant longtemps, ma femme et moi avons bien vécu, nous en avions les moyens, explique-t-il. Puis, un jour, j’ai dû me résoudre à tout lui avouer. La réalité nous a rattrapés. On a été contraint de se séparer de beaucoup de choses, de se priver et de repartir à zéro. Malgré tout, ma femme ne m’a pas quitté. Elle est restée pour me soutenir. »
Pendant dix ans, Robert Fumière ne va plus jouer. En 2010, pourtant, à la faveur de l’ouverture d’une salle de jeu à Bruxelles, il pénètre à nouveau dans un casino. « Je croyais que j’allais me faire refouler à l’entrée puisque j’avais fait les démarches pour être interdit d’accès dans n’importe quelle structure du genre, affirme-t-il. Mais ce ne fut pas le cas. Alors, j’ai recommencé à jouer. »
Depuis lors, Robert Fumière est heureusement parvenu à faire de nouveau barrage à sa passion du jeu. Sa femme le soutient beaucoup. Il a également trouvé dans le cinéma une raison de se détourner de la montée d’adrénaline qui le poussait vers le casino. « C’est-à-dire qu’un jour, j’ai voulu raconter mon histoire et faire un film qui parle de tout ce que j’avais traversé, explique-t-il. Grâce à des gens comme François Troukens, Jean-Marie Barbier ou Carlo Schirosi, tous déjà dans le milieu, le projet a vu le jour. Cet été, on a tourné. On a monté dans la foulée. Et la première projection vient d’avoir lieu au centre culturel d’Anderlues. »
Une série d’autres séances sont prévues dans les prochains mois. Au printemps, Robert Fumière rassemblera l’ensemble des bénéfices recueillis autour de son film pour les verser au Télévie. « Mais j’ai d’autres projets encore, affirme-t-il. Comme celui de tourner un second film sur mon histoire, plus long et plus professionnel encore. »







