Design participatif
Pour François Jégou, directeur du laboratoire d’innovation durable Strategic Design Scenarios depuis une vingtaine d’années et enseignant (La Cambre à Bruxelles, à Paris et à Milan), le design social passe par la cocréation, avec tous les acteurs sociaux, d’outils participatifs et de scénarios de vie durables.
Comment définissez-vous le design social ?
Aujourd’hui, tout le monde s’empare du terme et ça me dérange. Pour moi, tout bon design est social et relève de la prise en compte de l’usager en tant que citoyen, et non pas seulement comme cible commerciale. Au-delà de ce que l’on entend par secteur social (précarité, handicap, vieillissement…), nous développons un design pour l’innovation sociale qui vise à réinventer de manière globale notre quotidien vers des modes de vie plus durables, plus responsables, basés sur l’accès à des services plus que sur la possession de biens, des solutions collectives plutôt qu’individuelles.
Cela passe, de plus en plus, par des services collaboratifs entre citoyens ?
Oui, ils se multiplient un peu partout dans le monde. Au sein du réseau international Desis (Design for Social Innovation and Sustainability), dont je suis coordinateur pour l’Europe, nous avons mené une recherche. Nous avons demandé à des étudiants d’écoles de design de trouver des cas d’innovation sociale en Europe, et analysé la façon dont ils pourraient déboucher sur des services collaboratifs. Nous avons développé une trentaine d’exemples dans un ouvrage (1).
Des exemples ?
Les « bus à pied » ou « à vélo », comme il en existe à Milan. Via des associations, des personnes âgées vont chercher des groupes d’enfants à la sortie de l’école, pour les ramener chez eux. De même, par des réseaux comme Couchsurfing ou Airbnb, les gens s’hébergent les uns les autres et on arrive à une véritable économie de la collaboration. Nous essayons de pointer des choses localisées et contextualisées.
Le rôle du designer dans l’innovation sociale est de faciliter ces échanges ?
Oui, si l’on prend le cas des VAP (voitures à plusieurs), une solution d’auto-stop de proximité, créée à l’initiative d’une habitante de Boitsfort, augmenter cette solution par une application géolocalisée pour mobiles (E-Stop) permettrait de mettre en relation efficacement piétons et automobilistes. Notre travail consiste ici à accroître l’accessibilité de ce type de services à un maximum de gens, tout en veillant à conserver l’esthétique relationnelle de ces solutions. De même, si certaines personnes sont réticentes à prêter leurs livres, le design intervient en proposant une « bibliothèque de voisinage » avec un catalogue en ligne, des livres du quartier, une traçabilité des prêts et des voisins qui se rencontrent à travers les livres qu’ils aiment. Il y a là une opportunité de raviver le tissu social.
Dans le cadre du projet de recherche européen Spread, vous venez de réaliser quatre petits films (2), sur le thème « vivre dans une société durable en 2050 ». Comment voyez-vous le futur ?
La question est critique à divers niveaux. Concernant l’alimentation, par exemple, l’idée serait que, dans un mouvement de relocalisation, les villes se réapproprient la capacité à produire (potagers urbains…) et pourvoient ainsi à 30 % à 40 % de l’alimentation des gens qui y vivent. Pour l’habitat, la réhabilitation du logement devrait passer par la basse énergie, ce qui suppose une densification urbaine. En termes de mobilité, on imagine un quotidien sans voiture, proche de son lieu de travail, et des déplacements longue distance en train et en bateau.
(1) Collaborative Services, Social Innovation and Design for Sustainability, F. Jégou and E. Manzini, 2008. A. Edizioni Poli.design, Milan. Téléchargeable gratuitement sur www.strategicdesignscenarios.net/collaborative-services-book
(2) Films disponibles sur www.sustainable-everyday-project.net/spread







