Le prix Jean Muno détonne telle « La colère du rhinocéros »

Jean-Philippe De Vogelaere
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 La famille du défunt écrivain, qui adorait le Château de La Hulpe, a pour la première fois adressé ses félicitations au lauréat. Devant 33 premiers romans en lice, le jury dit avoir eu des échanges vifs pour en couronner un.

  • Christophe Ghislain s’en est tiré par une superbe pirouette pour remercier le jury de lui avoir accordé le prix Jean Muno qui, tous les deux ans, couronne une première œuvre, mais il espère se rattraper devant les jeunes. © J.-P. D.V.
    Christophe Ghislain s’en est tiré par une superbe pirouette pour remercier le jury de lui avoir accordé le prix Jean Muno qui, tous les deux ans, couronne une première œuvre, mais il espère se rattraper devant les jeunes. © J.-P. D.V.

En me lançant dans le métier d’écrivain, on m’avait promis une vie de pauvreté et d’anonymat. Je comptais vivre heureux dans ma cabane au fond des bois, mais voilà que je me retrouve au château de Moulinsart ! »

Le Liégeois Christophe Ghislain, 34 ans, a étonné par ses remerciements, mais le public présent ce mercredi soir au Château de La Hulpe pour la remise du prix Jean Muno 2012, organisé tous les deux ans par le Centre culturel du Brabant wallon pour couronner une première œuvre littéraire, aura vite compris qu’ils détonaient telle La colère du Rhinocéros. Son premier roman, paru aux Éditions Belfond et qui a déjà reçu le premier prix de la Communauté Wallonie Bruxelles, se voyait ainsi une nouvelle fois couronné – en l’absence remarquée de la ministre de la Culture Fadila Laanan (PS) – par un prix de 2.500 euros et, pour la première fois, par les félicitations de la famille de Jean Muno, un écrivain qui adorait particulièrement le Château de La Hulpe.

Selon François Emmanuel, prix Rossel 1998, membre du jury, ce prix – 33 ouvrages étaient en compétition – tient à mettre en avant « la force de l’écriture et sa possible affiliation avec Jean Muno. Il a été attribué après de vifs échanges », l’emportant finalement sur Souffle en mon cœur un vent de Patagonie, de Nacho Carranza (chez Castor Astral), et Comme un chien de Daniel Arnaut (chez Esperluète).

Et Jean-Baptiste Baronian, ami de Jean Muno, de se demander à quelle sauce le « Je » de tout écrivain était accommodé par Christophe Ghislain : « Jean Muno aurait sans doute pu aisément répondre à cette question, tellement il savait déceler cette part de soi chez les autres, mais s’il était présent, il n’y aurait pas de prix à son nom… »

La réponse nous sera apportée par Christophe Ghislain lui-même : « Mon roman résonne comme une histoire polyphonique dans laquelle je déroule la vie de trois personnages. Il y a évidemment des parts de moi-même dans chacun d’entre eux, mais celui auquel je m’identifie le plus, c’est Gibraltar. »

L’intéressé s’est découvert, en réalité, une passion pour l’écriture pendant ses études à l’IAD (Institut des Arts de Diffusion), section metteur en scène : « Je lisais déjà beaucoup jusque-là mais, pendant mes études, j’ai été poussé constamment à la création. J’ai découvert que l’imagination était, comme la mémoire, à travailler sans cesse pour ne pas qu’il s’éteigne. C’est pendant cette période que j’ai eu l’idée de ce rhinocéros. Je me suis forcé à la mettre de côté pour l’exploiter plus tard. »

Le Liégeois se dit aujourd’hui écrivain, mais est obligé « pour assurer mes arrières » de travailler comme moniteur d’escalade sur toutes les falaises du pays. Particularité du prix Jean Muno, il se verra proposer d’aller parler de son roman dans les classes, les bibliothèques ou les librairies du Brabant wallon : « Vous avez pu vous rendre compte que c’est un exercice difficile pour moi, auquel j’espère m’en tirer par des pirouettes. Mais je pense tout de même pouvoir être un peu plus productif devant les jeunes. »