«Fake news» sacré nouveau mot de l’année par les lecteurs du Soir

Fake news ! En une année, c’est devenu une rengaine de la vie politique. Et pas seulement aux Etats-Unis. Rien d’étonnant donc à ce que les lecteurs du Soir aient élu la locution chère à Donald Trump « nouveau mot de l’année » 2017. Fake news a recueilli près d’un tiers des 3028 votes exprimés sur notre site internet. C’est près du double de « démocrature », qui arrive en deuxième position. L’adjectif « inclusif », pris dans la locution « écriture inclusive », sujet qui a suscité un débat très vif cette année, complète le podium d’une édition très politique.

Michel Francard, qui a présidé le jury du nouveau mot de l’année, n’est pas surpris par la large victoire de « fake news ». « Si Trump a popularisé cette locution, pas mal de personnalités politiques l’ont reprise, dont le Premier ministre Charles Michel dans le récent débat sur les pensions. Fake news est sorti de la sphère politique américaine », analyse le linguiste (UCL) et chroniqueur du Soir.

Dans la même veine, il est également symptomatique que « démocrature », « dégagisme » ou « fait alternatif » figurent dans la liste des dix mots soumis au vote. Fake news succède à «Brexit», élu en 2016 par les lecteurs du Soir, et l’on se souvient que la campagne pré-référendum avait été marquée, outre-Manche, par de nombreuses fake news. Le très sérieux dictionnaire Oxford avait d’ailleurs de son côté sacré « post-vérité » mot de l’année en 2016, un adjectif qui fait référence « à des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles ».

Ere du soupçon

Dans ce contexte, la force de « fake news » est d’être « une locution à forte charge médiatique, une appellation en phase avec le climat ambiant que l’on pourrait qualifier d’ère du soupçon », relève Michel Francard, et il est donc normal que les gens se l’approprient. À tel point qu’en quelques mois, l’expression, portée par le président de la première puissance mondiale, a traversé les océans, s’est invitée dans les débats politiques un peu partout, a percolé dans l’usage commun et a déjà connu plusieurs glissements de sens.

Pour rappel, « fake », en anglais, signifie falsifié, travesti, ce qui implique une dimension volontaire. Une fake news désigne donc une information volontairement truquée et relayée par des sites qui se font passer pour des organes de presse. Mais très vite, note Michel Francard, la locution a été utilisée pour désigner d’autres phénomènes. De fausses nouvelles par exemple. Ce qui n’est pas la même chose, car en diffuser ne relève pas nécessairement d’une manipulation volontaire des faits, mais peut provenir d’une méconnaissance. Les publications des sites parodiques (Le Gorafi, Nordpresse…) sont aussi régulièrement taxées de fake news.

Enfin, fake news est utilisé pour (dis)qualifier une information jugée orientée. A ce compte-là, note Michel Francard, « toute information peut être considérée comme fake, à partir du moment où elle n’est pas compatible avec nos convictions. Sauf si elle émane de personnes que nous avons l’habitude de fréquenter, sur les réseaux sociaux notamment. Cette confiance parfois naïve dans l’information “de proximité” contraste avec une méfiance assez généralisée vis-à-vis des diffuseurs officiels de nouvelles. »

Verra-t-on « fake news » faire son entrée dans un ou plusieurs dictionnaires du français ? Michel Francard reste prudent : « Difficile à dire, et la forme anglaise peut constituer un handicap, même si des mots comme newsletter ou newsmagazine, par exemple, y sont. Certains proposent « infox », d’autres « infaux » pour remplacer fake news », constate-t-il. Mais il y a gros à parier que « fake news » a marqué tellement les esprits qu’il n’est pas près d’être détrôné par un équivalent francophone.