Aides à la création : les pistes des artistes

Catherine Makereel
Mis en ligne

La ministre de la Culture a trouvé les fonds pour garder les aides à la création au niveau de 2012. Mais les artistes manifesteront quand même ce mercredi. Voici leurs propositions.

Ce mercredi, les artistes des secteurs danse, musique et théâtre, ont prévu de manifester devant le cabinet de la Ministre de la Culture Fadila Laanan dans le but de dénoncer les coupes budgétaires annoncées. Le cabinet affirmant n’avoir reçu aucune proposition des instances d’avis concernées (Conseil de l’Art Dramatique, Commission d’Aide aux Projets Théâtraux), nous avons demandé aux artistes eux-mêmes de faire des propositions pour repenser la politique culturelle. Voici quelques unes de leurs réactions.

Puiser dans le budget de Mons 2015.

Philippe Sireuil, metteur en scène en compagnonnage aux Martyrs :

« Ponctionner 1 % ou 2 % sur la provision 2013 de Mons Capitale Culturelle 2015 ne me paraîtrait pas irraisonnable, ce budget pouvant être très certainement rattrapé par la suite. Aucune agressivité à l’égard de MONS 2015 et à ceux qui officient à sa mise en place, je tiens à le préciser. »

Jean Debefve, artiste :

« MONS 2015 : un cinquième du budget annuel suffirait à renflouer la CAPT… Sans quoi il n’y aura pas de jeunes artistes à Mons, en 2015 : ils auront tous été virés du chômage et travailleront à… Oh non, pas de boulot ? »

Revoir le système du tiers payant pour l’emploi artistique

José Besprosvany, chorégraphe :

« Instaurer un service administratif pour les compagnies, subventionné par la Fédération Wallonie-Bruxelles et agréé par les différents organismes consacrés à l’emploi : ONEM, ORBEM, FTGB etc. Ce service, installé dans des bureaux capables d’accueillir les artistes, pourrait établir des contrats au nom des compagnies avec tous les documents nécessaires, offrir un service de comptabilité, faire des budgets etc. Je pense que les petites structures pourraient être beaucoup plus efficaces, réduire les frais administratifs et augmenter la part consacré à l’artistique faisant appel à ce service au lieu de payer chacun un administrateur à part ou temps complet. »

Plusieurs artistes abondent dans ce sens, pointant les profits d’opérateurs extérieurs comme SMart, sans redistribution dans la création. La création d’un bureau agréé, spécialisé et « désintéressé » permettrait, selon eux, de faire des économies.

Elargir le champ d’application du tax shelter pour les arts de la scène

José Besprosvany, chorégraphe :

« Créé en 2004, le tax shelter est un incitant fiscal permettant à toute entreprise de bénéficier d’une exonération fiscale de 150 % du montant investi dans une production audiovisuelle. Pourquoi ne pas élargir l’initiative aux arts de la scène ? »

Un soutien plus artistique que structurel

Michel Kacenelenbogen, directeur du Public

« Très concrètement, pour espérer augmenter le budget de la culture sans naïveté, il faut taxer le revenu de l’argent plus que le revenu du travail. Il faut donc aller au 16 rue de la loi, c’est là que ce genre de choses se décide. Dans le cadre d’une enveloppe fermée ou diminuée de la culture pour améliorer la situation des artistes, il faut éclaircir et imposer un ratio différent entre les coûts structurels et les coûts artistiques. Il y a eu 30 % d’augmentation structurelle dans les arts de la scène de 2004 à 2009 et pas ou très peu d’augmentation des dépenses artistiques d’artistes de notre fédération. Pourquoi ? Il faut aussi que les média financés ou aidés par la subvention FWB mettent bien plus en évidence des artistes de notre fédération, dans tous les domaines. Aujourd’hui la place réservée aux « Artistes et stars » étrangères (ce qui n’est pas un défaut statutaire) prend 80 % de l’espace TV/PRESSE. Là aussi il faut un ratio différent. C’est le seul moyen pour créer une reconnaissance de nos artistes, auprès du citoyen. »

Informer le citoyen sur la rentabilité économique du secteur

Michel Kacenelenbogen, directeur du Public

« Il faut informer les citoyens qu’indépendamment de l’enrichissement intellectuel indispensable à l’évolution d’une société, investir dans la culture est économiquement rentable… plus que dans l’agriculture ou la défense. Il ne s’agit pas ici de déconsidérer les problèmes des uns par rapport aux autres mais aujourd’hui un artiste coûte moins cher qu’un agriculteur ou un soldat et rapporte plus à notre économie. C’est une raison économique et pas seulement philosophique de maintenir, voire amplifier, en période de crise, le budget de la culture. Ces faits ne doivent pas être mis en avant contre les agriculteurs ou les soldats… »

Une politique de l’emploi pour ouvrir les chemins de l’avenir

Frédéric Young, délégué général pour la Belgique de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) et de la Société civile des Auteurs Multimédia (SCAM). Il est aussi expert en politique culturelle :

« Que pensent donc les étudiants et les jeunes (et moins jeunes) professionnels des perspectives de plus en plus bouchées et angoissantes qui s’accumulent devant eux ? Du Sud de l’Europe montent les cris de colère de populations maltraitées et le spectacle désolant d’Etats dévastés. Du Nord viennent encore les discours illusoires et égoïstes d’un néo-libéralisme que plus aucun économiste sérieux ne reconnaît comme efficace. Les indécentes ponctions de richesses communes réalisées par le système financier international au détriment des besoins sociaux, éducatifs et culturels des populations produisent donc chez nous leurs premiers effets. Ainsi, les mesures de restriction budgétaire imposées au champ des Arts de la Scène de la Fédération Wallonie-Bruxelles semblent annoncer à tous nos concitoyens des temps plus que rudes.

Mais l’austérité financière ne peut pas tout justifier dans la gestion politique de ce dossier très

symbolique. La crise actuelle s’explique d’abord par le fait que la Fédération Wallonie-Bruxelles a négligé la mise en place d’une politique de l’emploi de ses créateurs et de ses artistes. Une politique qui lui avait pourtant été vivement recommandée lors des Etats généraux de la Culture en 2005.

Ces EGC qui avaient conclu à l’urgence de remettre l’artiste au centre des préoccupations de

politique culturelle et au constat que les investissements en Culture étaient particulièrement

productifs d’emplois, de dynamisme socio-économique et donc de retours de recettes pour l’Etat.

A présent il y a urgence. Que seraient les composants essentiels d’une telle politique :

1. Etablir un cadastre de l’emploi artistique dans le Champ des Arts de la Scène, en suivre annuellement l’évolution avec les organisations professionnelles.

2. Définir des grilles d’intervention objectives pour l’octroi des subsides aux différentes institutions et compagnies, tenant compte des conventions collectives récemment adoptées.

3. Programmer les évolutions de l’emploi en liaison avec les prévisions budgétaires et le développement attendus des activités des institutions culturelles.

4. Moderniser et limiter le recours aux systèmes de « tiers payants », trop coûteux d’une part, et déresponsabilisant pour les institutions vis-à-vis des artistes, d’autre part.

5. Optimiser les diverses aides à l’emploi et à la formation professionnelle dont le secteur pourrait bénéficier.

6. Dynamiser la création, en augmenter la qualité, en investissant dans les écritures et le développement des projets, par un dispositif modernisé et conventionné, générateur d’emplois durables.

7. Ranimer la concertation avec le secteur à travers le Comité de concertation des Arts de la

Scène.

8. Développer l’information sur le secteur pour en montrer le dynamisme et l’efficience sociale, culturelle et même économique (multiplicateur d’emplois) comme cela a été fait

dans l’audiovisuel, avec pour effets l’établissement du « tax shelter » et de Wallimages/

Bruxellimages.

Oui, il est encore possible d’ouvrir des chemins d’avenir, pariant sur la créativité et la qualité des professionnels et des institutions du champ des Arts de la Scène en FWB. »

Assumer les disproportions de certaines subventions

Anonyme.

« La solution est simple en fait : 2013 connaît un alignement des conventions en théâtre et 2014 doit connaître un alignement des contrats programmes. Je plaide pour un alignement généralisé en 2014 avec avenant pour les conventions d’un an. Deux dossiers ne demandent pas de reconduction c’est déjà 270000€ d’économie. Il faut mettre à plat l’ensemble des conventions (moribondes pour certaines) et contrats programmes afin de mieux comprendre le maillage budgétaire créé dans le secteur théâtre. Cette crise est une opportunité pour enfin mettre en avant que certaines créations et certains opérateurs sont beaucoup plus argentés que d’autres. A mon avis, même le cabinet ne s’y retrouve plus. »

Vos réactions

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2. Tjlmp dit le 06/12/2012, 17:23

Comme Le Soir relaie peu le mouvement des artistes! Comme Le Soir relaie peu le mouvement des artistes! Le soir n'aime que la culture qui fait recette dirait-on...Proximité avec la ministre finalement.

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1. Tjlmp dit le 06/12/2012, 17:23

Comme Le Soir relaie peu le mouvement des artistes! Comme Le Soir relaie peu le mouvement des artistes! Le soir n'aime que la culture qui fait recette dirait-on...Proximité avec la ministre finalement.

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