D’où viens-tu, où vas-tu, Aimé ?

Dominique Legrand
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Aimé Mpane et Samuel Coisne forment le nouveau duo artistique présenté à La Médiatine. Chacun livre sa colère face à l’actualité la plus brûlante.

  • <p>Coup de force dès l’entrée de l’exposition : « Puissance de l’illusion » cerné d’« Icônes contemporaines ».©aimé m’pane.</p>

    Coup de force dès l’entrée de l’exposition : « Puissance de l’illusion » cerné d’« Icônes contemporaines ».©aimé m’pane.

Fichée dans la poitrine de cet immense corps nu, une herminette laisse couler un flot de drapeaux. Puissance de l’illusion résume tout le travail sur l’identité et la blessure que mène Aimé Mpane, né à Kinshasa en 68. « L’herminette est mon outil de prédilection, maniable, transportable partout, déclare le sculpteur formé aux Beaux-Arts de Kinshasa puis à La Cambre. Sa forme me fait penser à un oiseau. Un oiseau qui ronge les vers dans l’arbre, comme le pouvoir écrase les faibles. L’herminette portée à l’épaule est un symbole de pouvoir dans nos sociétés. Quel sens a-t-elle dans une Afrique déséquilibrée par le dollar, la prostitution, le sida, le viol ? »

S’appropriant l’espace de La Médiatine, ses installations sont à la fois fragiles et puissantes, à l’image de ce qu’il veut dénoncer, le risque imminent de la chute. Cela, on le retrouve dans les figures qu’il entaille dans le triplex, des portraits de gens croisés dans les rues, visages évidés dont on perçoit les différentes strates, insondables couleurs de peau. « J’aime poser des questions sur les clichés, poursuit l’artiste, le racisme, le grand problème de la couleur de peau qui n’est que l’enveloppe de mêmes corps. » Ces trouées procurent une densité et une épaisseur à ces « vanités », de simples carrés de bois, un matériau pauvre que l’on retrouve dans les abris de fortune : « C’est le Congo actuel. On encaisse. »

L’Afrique fantôme

Plus loin, il tisse les fils de la communication, dénonçant le matraquage publicitaire, cette autre forme de « chasse contemporaine », puissance de l’illusion. Suit la danse d’une enfant, petit corps fragile composé d’une multitude d’allumettes, tournoyant doucement sur un jeu de marelle composé de miroirs, vers l’enfer d’escarpins rouges abandonnés… Don’t touch me danse sur le franchissement d’une frontière.

No more Candy cerne un autre corps sans avenir, un corps d’enfant-soldat abusé, un rêve brisé. « Je veux dénoncer le massacre de l’enfance, par la prostitution, le sida, la guerre, reprend Aimé Mpane. Chaque image proposée est une sorte de raccourci qui va emporter le spectateur vers plusieurs lectures. »

Comme le célèbre tableau de Gauguin D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? qui a bouleversé l’étudiant en sculpture, Mpane démontre que l’art peut briser les attaches aliénantes. Ce message où le bois prend corps dans un cri conduit le visiteur vers un autre univers, celui de Samuel Coisne (Douai, 1980) qui vit et travaille à Bruxelles. Dans un travail qui est encore en germe, nous sommes confrontés aux frontières des identités, dans un emploi revendiqué de matériaux pauvres. Eclatement, ramifications, blessure, fragilité, impertinence quand La vi(ll)e ne tient qu’à un fil : Samuel Coisne lance aussi un appel d’urgence face aux illusions.

Osez la rencontre !