Bruxelles vaut plus qu’une nuit

Beatrice Delvaux
| mis à jour

Qui a dit que Bruxelles n’intéressait personne ? Qui a dit que le sort de cette Région, de cette ville-capitale ne passionnait pas les foules ? Elle mobilise au contraire, elle inquiète surtout. La chronique de Béatrice Delvaux.

Il y a du savoir disponible, des forces à stimuler. Il y a une demande : reste à formuler l’offre. Et visiblement, sur Bruxelles, le politique n’arrive pas à le faire, là où les promoteurs d’idées prennent l’initiative et trouvent les chemins.

La preuve ? Au Kaaitheater, vendredi dernier, quelques centaines de personnes se sont rassemblées, flamands et francophones mélangés, non pour un concert, une pièce de théâtre mais pour une nuit du savoir sur Bruxelles, de 19h à 3h du matin, non-stop. Le concept ? Il est tiré de ces fameux TEDx, ces soirées d’échange d’idées qui répondent à certaines règles d’organisation, de dénomination et visent à stimuler la puissance des idées, via des conversations entre communautés, individus, organisations sur un futur partagé. Il y a des TEDx Singapour, Hollywood, Katmandou. Et il y a eu des TEDx Anvers et, désormais dans le style, La Nuit du savoir sur Bruxelles.

Une nuit à écouter des interventions tous les quarts d’heure, jusqu’au bout de la nuit. Un quart d’heure pas une minute de plus, pour 21 exposés, interrompus par trois happenings : un débat entre Dave Sinardet et Pascal Delwit sur « comment organiser Bruxelles autrement », un duel entre Luckas Vander Taelen et Bleri Lleshi (cinéaste) et Fatima Zibouh (Politologue) au départ de la vidéo de Sofie Peeters, le tout modéré par Philippe Van Parijs (UCL/KUL) et un panel de tous les savoirs. C’est Eric Corijn, professeur de la VUB qui a eu cette idée fabuleuse de rassembler les savoirs sur Bruxelles, pour ensuite mieux penser et réfléchir la région. « Brussel onze uitzonderlijke stad », c’est par ce speech de 14 minutes qu’il a introduit le défilé de géographe, démographe, architecte, sociologue, politologue, économiste, philosophe, comédien, patron de la Zinneke ou de « Lezarts urbains ». De l’iris au croissant en passant par la Tour de Babel.

On s’y est prononcé pour le refinancement de Bruxelles, pour l’évidence de la communauté urbaine et d’un Bruxelles à organiser au-delà de ses 19 communes, ne fût-ce que pour la logique de ses lignes de bus et trams, de ses réseaux d’eaux, etc. On s’y est ouvert au multilinguisme dans l’enseignement, la culture, pour les listes bilingues aux élections. Et pas avec des slogans mais sur base de chiffres, d’études, dans un dialogue, sans affrontement. Tout reste à élaborer mais rien n’a été tabou. On y a dit aussi que Bruxelles produit beaucoup de richesse, dont les deux autres régions profitent plus qu’elle-même. On a dit oui aussi à la fusion des communes, sur base partielle pour Pascal Delwit politologue de l’ULB, sur base radicale, avec le modèle anversois en tête, pour Dave Sinardet.

Il y a, au sortir de la Nuit, une matière pour aider à repenser le devenir de la région capitale, aider à trouver des points d’accord, sans big bang. On était loin au Kaai, de l’opacité, limite ubuesque, de petites phrases politiques, qui sévissent même intra partis. Ce même vendredi, l’échevin PS Philippe Close s’était prononcé à Télé-Bruxelles pour des fusions de communes à Bruxelles, là ou l’homme pressenti (?) pour succéder à Picqué, comme ministre-président de la Région, Rudi Vervoort, évoquait son idée d’une « défusion » des mêmes communes. Allez-vous y retrouver…

Qui a dit que la politique n’intéressait plus ? Qui a dit que Bruxelles est un sujet qui tue l’amour. Quand des hommes portent des convictions, donnent un cap, tracent des pistes et de nouveaux possibles, la politique refait son boulot. Les citoyens sont en appétit. Faut-il ou non fusionner les communes bruxelloises ? Ou rendre l’enseignement bilingue ? Structurer techniquement cette communauté urbaine ? Ce sont trois idées, elles ont le mérite d’ouvrir des horizons et de repenser des univers bouchés et pour lesquels, les hommes politiques en place aujourd’hui, flamands ou francophones, peinent à oser un discours.

.

Vos réactions

Voir toutes les réactions

6. ireneka dit le 10/12/2012, 12:45

Version Fr et Nl différentes... Tiens, le même texte en traduction flamande dans De Standaard qualifie Fatima Zibouh et Bleri Lleshi de "jeunes nord-africains", alors qu'il et elle étaient invité/e/s en tant qu'expert/e/s, autant que Lukas Van der Taelen en tout cas. La "mise à jour" du 10 décembre a-t-elle corrigé un texte original qui renvoyait ces deux intervenant/e/s à leur origine (en plus fausse pour B. Lleshi) ?

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 0 non 0
5. danlonglegs dit le 06/12/2012, 14:18

Bj, En tant qu'ancien (par le nombre d'années) brusseleir d'origine, la seule chose qui me vienne à l'esprit est: "Pôv Brusselke" qu'est ce que tu es devenue, toi ma belle Bruxelles (air connu), un enjeu, une capitale non seulement d'un pays (que certains aimeraient fiche en l'air) mais capitale aussi d'un CONTINENT alleï fourt alors, multiculturel; ammaî à croire que tous les indésirables de leur pays d'origine se retrouve dans nos strotsches (c'est triste). Moi j'ai du émigrer aussi, vers la campagne wallonne, car je en me sentais plus chez moi, plus en sécurité, je ne cotoyait plus que des déven, des zatlappen de drogue, des veurvechters, bref la lie de l'humanité et cela dans le quartier qui m'a vu grandir, och erme il n'y a plus beaucoup de VRAI belges là, tu sais...ils sont morts ou ils ont foutu le camp, comme moi chassé de chez eux. Rien que dans ma rue, perdue quelque part dans "le pays de collines" il y a 6 brusseleirs qui coulent des jours calmes e[...]

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 6 non 5
4. Lisonus dit le 06/12/2012, 13:36

Peut-on encore être belge (bruxellois) et n'être que francophone ? "That is the question"

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 5 non 1
3. DBox dit le 06/12/2012, 11:52

c'est bien beau cet élan de démocratie... mais on est en Belgique ici, la démocratie, ca n'existe pas... les mecs au pouvoir ne veulent qu'une chose depuis des années: y rester et garder leurs avantages... l'avis des gens, ils s'en foutent... quant à Bruxelles, si il faut la changer, c'est d'abord son infrastructure qui date du début 1900 et qui n'est pas du tout adaptée à la vie actuelle... et tant qu'il y aura dans ce pays des régions, 5 gouvernements, et des "copains" qu'on place sur le trone, rien ne changera... meme si on organise des soirées pour brasser du vent...

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 32 non 9
Voir toutes les réactions »

Osez la rencontre !