Le train entre Bruxelles et la périphérie pourrait bientôt coûter moins cher

Actuellement, un abonnement de train entre Linkebeek et Uccle coûte près de 70 % plus cher qu’un abonnement entre Uccle et des gares situées dans des communes du nord de Bruxelles. Une aberration selon le député Emmanuel De Bock (Défi).
Actuellement, un abonnement de train entre Linkebeek et Uccle coûte près de 70 % plus cher qu’un abonnement entre Uccle et des gares situées dans des communes du nord de Bruxelles. Une aberration selon le député Emmanuel De Bock (Défi). - LE SOIR/Joakeem Carmans (st.)

Cela a-t-il vraiment du sens de payer beaucoup plus cher un trajet en train de Linkebeek à Uccle (deux communes limitrophes mais séparées par une frontière régionale) qu’entre le sud d’Auderghem et Ganshoren ? Cette question, c’est le dernier cheval de bataille du député Emmanuel de Bock (Défi), à l’origine d’une résolution que le parlement bruxellois vient d’approuver à la quasi-unanimité.

Il y a près d’un an, ce dernier a sorti sa calculette et s’est rendu compte du fossé tarifaire parfois très large qui existe pour les trajets en train reliant les alentours de la Région bruxelloise et les gares situées à l’intérieur de ses frontières. Ainsi, un abonnement annuel pour adulte entre les gares de Jette et d’Uccle, séparées par une distance de 11 kilomètres, revient à 394 euros. Parallèlement, l’abonnement entre la gare de Berchem-Sainte-Agathe et celle de Grand-Bigard (cette dernière étant située en dehors des limites régionales), coûtera quant à lui 620 euros, pour une distance de seulement 2 kilomètres. Soit un surcoût oscillant entre 70 et 100 % selon les cas. Une situation aberrante, selon Emmanuel De Bock, qui pousse d’après lui de nombreux navetteurs à se tourner vers la voiture, même pour des trajets de courte distance.

Le député amarante, suivi par l’ensemble des groupes représentés au parlement bruxellois (à l’exception de la N-VA), veut donc pousser le ministre Pascal Smet (SP.A.) à plaider en faveur de l’extension de la zone MTB (Métro-tram-bus) bruxelloise à 16 gares de la périphérie parmi lesquelles on retrouverait Linkebeek, Rhode-Saint-Genèse ou encore Vilvorde. Pour rappel, les abonnements MTB permettent déjà, moyennant un forfait de 583 euros, d’emprunter la totalité du réseau STIB-De Lijn-TEC au sein de la Région bruxelloise mais aussi jusqu’à certaines extensions situées en territoire flamand. Actuellement, la possibilité de prendre le train entre les gares bruxelloises est comprise, mais pas entre des gares de la périphérie et Bruxelles.

Potentiellement jusqu’à deux fois plus d’usagers

Pour les signataires de la résolution, les répercussions d’une telle mesure seraient importantes, non seulement en termes d’augmentation de la fréquentation des lignes entrantes vers Bruxelles mais aussi en termes de rentrées pour la SNCB.

«  Vu la fréquentation actuelle des gares concernées, la présente proposition encouragera à court terme le doublement de la fréquentation des 16 gares situées dans un rayon de 5 km autour de Bruxelles, argumente la proposition de résolution. Ce qui représente une augmentation potentielle de 21.000 voyageurs mais aussi près de 10 à 14 millions d’euros de recettes supplémentaires pour la SNCB, Stib, De Lijn, qui pourront être affectés à l’augmentation de l’offre de trains en journée mais aussi le week-end, ce qui renforcera l’attractivité des moyens de transport publics.  » Le député à l’origine de la résolution insiste sur l’intérêt économique pour la SNCB. «  Une telle mesure ne coûterait rien, car cela concerne des passagers qui ne prennent actuellement pas le train. »

Il précise également que cela serait enfin l’occasion de donner du corps à la communauté métropolitaine bruxelloise, organe de concertation fantôme entre entités fédérées, dont la naissance a été consacrée par la 6e réforme de l’État et qui pour l’instant n’a pas réellement été mis à profit. «  Ça serait la première fois qu’on lui donnerait du sens. Et cela doit d’abord se faire sur le plan de la mobilité, avant le plan des institutions. »

Concertation: le plus dur est à faire

Par Arthur Sente

Malgré ce consensus décroché au niveau bruxellois, le plus dur reste à faire. Par cette résolution, les députés appellent en effet le ministre régional de la Mobilité Pascal Smet (SP.A) à mettre les représentants de la SNCB et des autres entités fédérées autour de la table, à commencer par le ministre fédéral des Transports François Bellot (MR). Si le ministre bruxellois est, selon Emmanuel de Bock, déjà acquis à la cause, il faudra y aller à coup d’arguments solides pour convaincre les autres. «  François Bellot ne peut plus dire que ce n’est pas une mesure qui rassemble, soutient-il. Il n’y a plus qu’à convaincre le conseil d’administration de la SNCB. Et pour cela, il faut les tenir par là où ils sont les plus sensibles, c’est à dire sur l’argent à y gagner.  »