Et si le théâtre belge sauvait le monde
« De l’influence du théâtre belge sur la résolution des conflits mondiaux. » Le programme d’Eric De Staercke et Caroline Lambert.
C’est sans conteste le meilleur titre de cette fin d’année sur les planches : De l’influence du théâtre belge sur la résolution des conflits mondiaux. Rien que ça ! Et si le dernier espoir, en ces temps de crise économique, morale et politique, résidait dans le théâtre belge ? Alors que l’économie mondiale s’effrite, que le repli nationaliste gagne du terrain, que l’obscurantisme religieux rampe, il y aurait une arme imparable là où l’Europe, l’Otan et l’ONU restent impuissants : le théâtre. C’est l’hypothèse – par l’absurde – que vont défendre Eric De Staercke et Caroline Lambert dans leur nouvelle création, à l’affiche des Martyrs jusqu’au-delà du réveillon. De quoi passer le cap de la nouvelle année avec un regain d’optimisme et beaucoup de bonne humeur.
Car si le titre prend des airs pompeux, on sait qu’Eric De Staercke préfère manier l’humour. Dans Coco Parachute déjà, l’auteur, metteur en scène et comédien regardait ce « théâââtre » droit dans les yeux, pour le démonter à petits feux, tout en rendant hommage à cet art vieux comme le monde. Comme un prolongement de ce seul en scène hilarant, De Staercke s’interroge aujourd’hui sur l’utilité de son art, pour nous emmener dans l’appartement standard de Monique et Walter, couple léthargique à la vie morose. Ils ont tout essayé – médocs, stages de remise en forme, psychanalyse – pour se sortir de cette vie de légumes, mais rien à faire. Jusqu’au jour où la police du théâtre vient sonner à leur porte.
Et si le théâtre pouvait sauver l’humanité ? C’est en tout cas le point de départ de cette tragicomédie burlesque. « Le titre est une pirouette pour poser la question : à quoi ça sert le théâtre aujourd’hui ?, lance Eric De Staercke gaiement. Quand je fais des ateliers avec les ados, ils me disent souvent : “Ouais, mais le théâtre, à quoi ça sert quand il y a internet, YouTube, le cinéma ?” Et puis dès qu’on commence à créer quelque chose, d’eux-mêmes, ils ont envie de jouer. Depuis toujours, on a besoin de communiquer ses idées, d’en rire, d’en discuter. Il y a une méconnaissance du théâtre. Ce titre, c’est aussi une manière de se demander : “ Est-ce qu’un jour, on aura confiance dans ce qu’on fait chez nous, en Belgique ? ” Les gens, en général, se disent vaguement que le théâtre, c’est chouette et on vous sert le surréalisme à toutes les sauces. Mais est-ce qu’on connaît vraiment nos artistes ? La RTBF s’en va acheter des programmes français au lieu d’aller voir Bouli Lanners et de lui demander :“ Tiens, si tu nous faisais un feuilleton ?” Attention, le spectacle n’est pas du tout politique. C’est plutôt absurde et burlesque : on observe ce
couple jouer sa propre existence. » En couple à la ville comme sur la scène, Eric De Staercke et Caroline Lambert ne se quittent donc plus. « Quand on est sur le plateau, c’est comme une récréation. On met bien sûr des limites entre la vie privée et la scène, mais les deux se nourrissent, c’est sûr. »
Du 18 décembre au 5 janvier au Théâtre de la Place des Martyrs, Bruxelles.


