Les pièces de théâtre à ne pas manquer cette semaine

Laïka

Le 31 janvier au Centre culturel de Nivelles

Eblouissant monologue d’Ascanio Celestini, porté par David Murgia, Christ débraillé venu ausculter notre humanité. Un SDF, des manutentionnaires en grève, une prostituée ou une vieille à l’esprit embrouillé : tous portent le fardeau de la précarité. Avec une nonchalance irrésistible et un débit vertigineux, David Murgia évoque un système qui broie les laissés-pour-compte. C’est tragique et pourtant la pièce nous arrache d’incessants éclats de rire. Grinçants forcément. (C.Ma.)

May B

Le 2 février au Théâtre de La Louvière

Créé en 1981, May B reste le chef-d’œuvre absolu de Maguy Marin et un des spectacles majeurs de la danse contemporaine du XXe siècle. À la frontière entre danse et théâtre, inspiré par l’univers de Samuel Beckett, May B continue à nous bouleverser, à nous faire rire, à nous angoisser. (J.-M.W.)

Mission

Le 2 février au Palace (Ath)

Le monologue de David Van Reybrouck, interprété magistralement par Bruno Vanden Broecke, ressuscite les missionnaires belges. On a le sentiment de se retrouver à Kikwit, à Kisangani, à Kindu. D’entendre ces hommes parler entre eux, se raconter des histoires de véhicules en panne, de système D, de sorcellerie, exprimer l’affection qui les lie à leurs ouailles. Dans ces récits, il y a aussi la violence de la dernière décennie, où se croisent des enfants soldats, des femmes abusées, etc. (C.Ma.)

Is there life on Mars ?

Le 2 février à Verviers, le 6 février à Dinant

Héloïse Meire accomplit un petit miracle de délicatesse sur un sujet pourtant douloureux. Ni édulcoré ni plombant, sa mise en scène avance en douceur, touchant au plus près du quotidien des autistes et de leur entourage. La part documentaire (basée sur des interviews retranscrites sans pathos) est contrebalancée par des tableaux oniriques. La danse, la vidéo ou le son nous donnent à sentir une façon d’être, sans jamais la fixer vraiment. Bouleversant !

Avant la fin

Jusqu’au 3 février aux Tanneurs (Bruxelles)

Catherine Graindorge livre un seul en scène d’une douceur lumineuse pour raconter un père et une fille, pour dire aussi la mort dans ses facettes les plus absurdes. Armée de son violon, d’un rétroprojecteur, d’une foule d’archives et de quelques pas de sirtaki, la comédienne traverse des bribes de la vie de son père, l’avocat Michel Graindorge, les derniers mois avant sa mort, son engagement politique, sa ténacité. (C.Ma.)

Pater

Jusqu’au 10 février aux Riches-Claires (Bruxelles)

Pour raconter l’histoire de son paternel déserteur, parti de la maison quand elle avait 10 ans, et pour fantasmer cette relation père-fille dont elle fut privée, Barbara Sylvain joue chaque soir avec un homme différent – et inconnu – sur scène. Singulière et donc captivante, la forme nous harponne à ce récit autobiographique tout en métaphores et confessions intimes. (C.Ma.)

L’enfant sauvage

Le 2 février à Braine-l’Alleud, le 3 février à Hotton, le 6 février à Comines

Bouleversante, la pièce de Céline Delbecq s’inspire du sort des enfants placés par le juge. On ne verra de « l’enfant sauvage » que son petit manteau rose et pourtant, cette petite fille en miettes emplit complètement l’espace. Seul sur scène, Thierry Hellin évoque la rencontre entre un peï solitaire et une enfant abandonnée, au fil des juges, des procédures, des assistants sociaux, des parents violents et pourtant indétrônables, des « homes ». Il est question de paternité aussi, qu’elle soit de cœur ou de sang. Déchirant ! (C.Ma.)

L’herbe de l’oubli

Jusqu’au 3 février au Théâtre de Poche (Bruxelles)

Jean-Michel d’Hoop retourne les cendres de Tchernobyl pour aller à la rencontre des « gens de l’après ». Inspirée des récits de Svetlana Alexievitch et de paroles récoltées sur place par l’équipe elle-même, la pièce s’éloigne vite du documentaire grâce à la présence de marionnettes monstrueuses et fantomatiques. Dans une atmosphère apocalyptique, elles disent mieux que les mots le gâchis et l’aveuglement collectif autour du nucléaire. (C.Ma.)

Obsolète

Jusqu’au 3 février au Théâtre Varia (Ixelles)

La planète va mal et nous sommes prêts à faire des efforts pour que ça change. En théorie en tout cas car dans la réalité, comment faire pour vivre, se nourrir, travailler, sans contribuer à l’épuisement de notre pauvre terre ? Souvent hilarant, le nouveau spectacle du collectif Rien de Spécial frappe juste parce qu’on s’y reconnaît constamment. Même quand il nous transporte d’un coup de baguette maudite en 2070 pour une partie S-F pas piquée des vers… (J.-M.W.)

C’est toujours un peu dangereux de s’attacher à qui que ce soit

Jusqu’au 3 février au Théâtre Varia (Ixelles)

Eno Krojanker et Hervé Piron sont les champions de la mise en abyme. On assiste ici au processus de création d’une pièce qui interroge la relation scène/public. Bourrés d’autodérision, les deux compères se moquent allègrement des prétentions du théâtre et nous mettent en boîte, nous, le public, avec un second degré permanent. La pièce doit encore être fameusement resserrée mais recèle de belles trouvailles. (C.Ma.)

Conversations avec mon père

Jusqu’au 9 février au Théâtre Jean Vilar (Louvain-la-Neuve)

Mise en scène par Jean-Claude Berutti, la pièce de Herb Gardner traverse 30 ans d’histoire américaine, de la Grande Dépression jusqu’à la guerre du Vietnam, sur les talons d’un immigrant juif ashkénaze prêt à tout pour devenir un vrai Yankee, quitte à renier son héritage familial. Si la pièce, bavarde, met du temps à s’installer, on y creuse de subtiles questions sur l’exil, l’intégration ou les rapports père-fils. (C.Ma.)

Clôture de l’amour

Jusqu’au 10 février au Théâtre des Martyrs (Bruxelles)

Autopsie d’une rupture amoureuse, la pièce de Pascal Rambert est surtout une mémorable performance d’acteurs : Sandrine Laroche et Pietro Pizzuti s’engagent corps et âme dans cette impitoyable guerre des sexes. Qu’ils enragent ou baissent l’échine, portent les coups ou tentent une ultime rédemption, leur duo illustre toutes les contradictions de la fin de l’amour. (C.Ma.)

Cercle Miroir Transformation

Jusqu’au 10 février au Théâtre Le Public (Saint-Josse-ten-Noode)

Etrange pièce en suspension que cette comédie douce-amère d’Annie Baker, mise en scène par Nick Millett. Un atelier de théâtre se transforme en thérapie de groupe à mesure que les participants se dévoilent dans les interstices d’exercices de prise de parole, de mimes et autres entraînements scéniques. Matelassée comme les tapis de gym qui accueillent ces individus mal dans leur peau, la mise en scène et le jeu manquent légèrement de ressort. (C.Ma)

Meilleurs alliés

Jusqu’au 11 février à la Comédie Claude Volter (Woluwe-Saint-Pierre)

Churchill convoque De Gaulle pour lui annoncer l’imminence du débarquement en Normandie. Le Général est furieux que la France ne soit pas officiellement associée. Affrontement orageux. Dès que Michel de Warzée et Pascal Racan apparaissent sur scène, pas l’ombre d’un doute. Le costume et le physique font l’homme. Cela paraît daté mais c’est efficace. Le verbe l’emporte, plein de relief grâce à deux comédiens épatants. Ce duo à la Laurel et Hardy joue sur le fil, maîtrisant l’incarnation à force de petits détails pour ne laisser passer le rire qu’à coup de répliques truculentes. Le texte est savoureux et pertinent. La joute oratoire fait écho à notre temps. (F.B.)

Un tailleur pour dames

Jusqu’au 17 février au Théâtre du Parc (Bruxelles)

Avec une idée de génie dans la scénographie, Georges Lini renverse complètement (et littéralement) les ressorts de ce vaudeville, transformant la mécanique comique de Feydeau en une mécanique de jeu sportivement retorse. Attention, spectacle ébouriffant ! Tous formidables, les comédiens finissent en apothéose dans une gymnastique acrobatique des plus étonnantes. Feydeau ne nous avait plus fait pouffer ainsi depuis longtemps ! (C.Ma.)

Celui qui se moque du crocodile n’a pas traversé la rivière

Jusqu’au 3 mars au Théâtre Le Public (Saint-Josse-ten-Noode)

D’une simplicité redoutable, la pièce, portée par François Ebouele et Guy Theunissen, ne fait pas de grands discours mais raconte le parcours de deux artistes, l’un belge et l’autre, camerounais. Leurs souvenirs, anecdotes, coups de gueule et références historiques résument formidablement la relation complexe entre Europe et Afrique. On y croise Louis Armstrong, Jean Vilar, Mitterrand, Césaire, Sarkozy ou Christiane Taubira. Mais surtout deux hommes qui cherchent une vérité qui les rassemble. (C.Ma.)

Jeune public

Suzy & Franck

Le 1er février à Leuze, le 3 février à Flémalle

Entre récit et documentaire, Didier Poiteaux interroge la peine de mort. Il raconte surtout l’histoire de Suzy, tombée amoureuse de Franck, emprisonné dans le couloir de la mort au Texas. Le public est suspendu à ses lèvres tandis que l’artiste digresse sur l’invention de la guillotine, les dérives du système carcéral ou l’opinion publique qui se durcit. Juste et captivant. Dès 14 ans. (C.Ma.)

Les Misérables

Le 3 février à la Montagne Magique (Bruxelles)

La compagnie Karyatides réussit l’exploit de raconter le roman-fleuve de Victor Hugo en une heure top chrono et en théâtre d’objets. Quoi de mieux que cet univers de « petits riens » pour raconter le destin de ces « misérables » ? Des santons de Provence figurent le peuple aux abois, une boîte de biscuits convoque l’auberge des Thénardier, des tableaux servent de décors pastoraux, une table aimantée fait galoper les courses-poursuites de Javert et Valjean. Et tout cela ne raconte rien de moins que le combat en l’homme entre le bien et le mal. Dès 9 ans. (C.Ma.)

Cartoon

Le 4 février, à 17h00, à Verviers

Quatre danseurs sèment une joyeuse pagaille, sans véritable fil conducteur si ce n’est l’exaltation de laisser libre cours à ses petits penchants joyeux, colériques, fantaisistes, au fil de jeux inoffensifs ou dantesques. Un peu trop grimaçante, la pièce laisse exploser une belle folie dans une chorégraphie ample, houleuse, sur des musiques pop ou des arias classiques. (C.Ma.)

Chez nous

Le 4 février, à 16h00, au W : halll (Woluwe-Saint-Pierre)

Deux clochards se rencontrent autour d’une grande boîte en carton. Cette pièce sans parole de la compagnie The Primitives repose principalement sur le talent clownesque de ses deux comédiens, convoquant des tempêtes et des situations à la Monty Python avec un art brut complètement déjanté, pour dire la joie simple d’une amitié naissante. Dès 7 ans. (C.Ma.)

 
 
 
 
 
 

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