Le festival de Liège dévoile sa programmation « qui parle de notre temps »
Du 18 janvier au 9 février, le Festival de Liège convoque un théâtre furieusement engagé. Une vingtaine de spectacles venus du Chili, d’Italie, d’Irak, et d’ailleurs. Jean-Louis Colinet, le programmateur, nous en dévoile les grandes lignes.
Bon, Liège n’accueillera pas l’expo internationale en 2017 mais elle peut se consoler avec un autre événement qui, en janvier, mettra la Cité Ardente sur la scène internationale. Avec des artistes venus du Chili ou d’Irak, d’Italie ou d’Allemagne, le Festival de Liège vous sert le monde sur un plateau… de théâtre. Le monde d’aujourd’hui, avec tout ce qu’il charrie de bruit et de fureur. « Le théâtre ne change pas le monde mais je suis persuadé qu’il change notre regard sur le monde, « lance Jean-Louis Colinet, programmateur du festival. On y empoignera donc la crise pour interroger nos vies, devenues le jouet de forces que plus personne – hommes, entreprises ou nations – ne contrôle (« Rausch « de Falk Richter). On observera des personnages se débattre dans un âpre système mercantiliste (« La grande et fabuleuse histoire du commerce «, nouvelle création de Joël Pommerat). On décortiquera les manœuvres grotesques des discours politiciens (« Discours à la Nation « d’Ascanio Celestini).
Richter, Pommerat, Celestini : trois artistes étrangers fidèles au festival. A ces « stars « s’ajoute une quinzaine de compagnies moins connues du public. « Le fil conducteur, c’est la rencontre du politique et du poétique, explique le programmateur. Ce sont des spectacles qui parlent de notre temps. » On s’interrogera sur la place des migrants dans la société (« Zeus Xenios « ). Le rappeur Mochelan portera un regard tendre et moqueur sur son terreau carolo (« Nés poumons noirs « ). Les Irlandais de « The Blue Boy « plongeront dans les scandales pédophiles qui ont ébranlé l’Eglise dans leur pays. « Attention, il y aura aussi des spectacles pleins d’humour. « Des programmateurs comme Olivier Py, futur boss du Festival d’Avignon, ont déjà fait leurs réservations : « Une belle visibilité pour les artistes belges du festival comme David Murgia ou Vincent Hennebicq. »
Le Festival à Liège, mais aussi Bruxelles, Tournai, Mons, Charleroi et Herve
« Beaucoup de ces artistes, même des grosses pointures comme Celestini, travaillent sans subventions, souligne Jean-Louis Colinet, également directeur du Théâtre National. Ce qui fait écho à la récente grogne des artistes. J’observe la starification de certains artistes, qui ne conçoivent plus de créer en dessous d’une certaine somme. Et à côté d’eux, un vide se crée. Je ne fais pas l’apologie de la pauvreté mais je trouve important que dans les théâtres, dans les festivals, on retrouve cette mouvance d’un théâtre plus artisanal, et souvent plus engagé, qui se fonde sur l’absolue nécessité de créer. Il faut soutenir ce qui s’est fabriqué aux limites du possible. »
Malgré son intitulé, le Festival de Liège joue sur la décentralisation : Bruxelles, Tournai, Mons, Charleroi, Herve, autant de villes qui accueillent certaines escales artistiques. Mais c’est à Liège que battra le cœur du festival, entre le Manège, le hangar B9 et le Théâtre de la Place. « En deux minutes, on passe de l’un à l’autre, d’une représentation à un after. La vie sociale autour d’un festival est très importante, surtout dans une ville festive comme Liège. Si tout est disséminé dans la ville, l’ambiance ne prend pas. « D’autant que cette édition inaugure « les soirs du B16 «, un lieu intime où l’on pourra découvrir des formes courtes, des essais de jeunes artistes, des films, ou encore rencontrer le metteur en scène de telle ou telle pièce.








