« Il n’y a pas que des exilés fiscaux ici »
Néchin. Le village de l’entité d’Estaimpuis est aujourd’hui presque aussi connu des Français que les villes voisines de Roubaix ou de Tourcoing. Et pourtant, bien avant l’arrivée de Gérard Depardieu, la commune frontalière a toujours accueilli énormément de résidents français. « Avec ses 27 % d’habitants français, Estaimpuis est la commune belge la plus française du pays », se plaît à rappeler le bourgmestre Daniel Senesael (PS).
Il n’y a qu’à franchir les portes de la maison de repos « Edelweiss » à Estaimpuis pour s’en rendre compte : ici, 80 % des résidents sont Français, un chiffre qui n’a cessé d’augmenter en quinze ans d’activité. Philippe Cordery, le député qui représente les Français du Benelux à l’Assemblée nationale, est venu visiter l’établissement ce jeudi pour se rendre un peu plus compte de la réalité du terrain. « C’est vrai qu’on se focalise beaucoup sur une poignée de riches Français qui s’installent en Belgique pour éluder l’impôt, explique-t-il. Mais moi, ces gens ne m’intéressent pas, au contraire des 200.000 Français qui résident en Belgique, qui y travaillent, qui y étudient ou qui y bénéficient des soins de santé à l’instar des homes pour personnes handicapées ou comme ici, pour des personnes âgées et lourdement médicalisées. »
La présence de ces Français dans nos homes n’est pas due au hasard : le prix, la qualité des soins et la disponibilité des lits convainquent les familles dont certaines n’hésitent pas à « expatrier » leur parent de Paris ou même du sud de la France vers la Belgique. « Et ce ne sont pas des familles désintéressées qui “parquent” ici leurs parents, assure d’emblée Marie-Paule Duchez, la directrice du home Edelweiss. La première chose qui les fait rester, c’est la confiance. Beaucoup nous disent qu’elles n’ont pas ce lien privilégié avec le personnel en France. »
Le prix est aussi un argument. « Ici, ils paient en moyenne 1.500 euros tout compris par mois alors qu’en France, c’est en moyenne 2.000 à 2.500 euros, soit impayable pour beaucoup », explique encore la directrice. Et contrairement à d’autres, ces exilés-là paient bien un impôt en Belgique. « En moyenne 3.000 euros depuis la nouvelle réglementation frontalière. Quand celle-ci a été instaurée il y a deux ou trois ans, j’ai cru qu’on allait perdre beaucoup de résidents car s’ils vivaient en France, ils ne paieraient aucun impôt mais cela n’a pas été le cas. En fait, quand ils font le calcul par rapport au coût de l’hébergement en France et de tout le reste, ils y gagnent encore largement en restant en Belgique. »
Et contrairement aux idées reçues, les maisons de repos ne gagnent rien à accueillir plus de Français. « Cela ne nous coûte ni plus ni moins qu’un Belge, explique Freddy Garwig, le propriétaire du home. Et d’ailleurs, un Belge qui se présente a toujours la priorité. Mais nous avons plus de demandes venant de France. »
À Philippe Cordery qui l’interrogeait sur le succès des maisons de repos frontalières auprès des Français, la directrice a simplement répondu : « La Belgique a simplement anticipé plus vite l’évolution de la population. Ici, nous accueillons des personnes en bout de course, lourdement médicalisées qui ont besoin d’une assistance constante. Le travail est donc organisé en fonction de cela. En France, on n’a pas assez appréhendé ce phénomène de la dépendance. »








