A Casa, un avant-goût du tram liégeois
Le constructeur français Alstom a inauguré la première ligne de tramway de Casablanca, capitale économique du Maroc. Deux années seulement ont été nécessaires pour aménager un site propre long de 31 kilomètres.
A peine deux ans de travaux, un coût revu à la baisse et une échéance respectée : ce mercredi 12 décembre, le roi du Maroc Mohamed VI a inauguré la première ligne de tramway construite à Casablanca par le consortium français Alstom-RATP avec la collaboration de la Stib. Alors que plusieurs villes françaises hésitent à poursuivre l’extension de leur réseau de tram en raison de la crise, l’Afrique et le Moyen Orient se lancent dans la « tramway expérience » avec le soutien de l’Etat français. Après Dubaï, Alger ou Casablanca, Liège sera-t-elle la nouvelle prise d’Alstom, candidat avec le groupe Bam-Galère à la réalisation du tram liégeois ?
« Actuellement, nous avons équipé 40 villes dans le monde, dont 20 en France et aucune de ces expériences ne s’est soldée par un échec », affirme Patrick Kron, le PDG d’Alstom présent à Casablanca. L’événement est national. Pour l’occasion, le centre-ville de cette mégapole de 5 millions d’habitants a été repeint en blanc et les banderoles vertes et rouges aux couleurs du Maroc alternent avec les portraits du roi. Dans les rues, la silhouette rouge et grise du tram côtoie des charrettes à bras, des nuées de motocyclettes et des cohortes de taxis. La ligne de 31 km entièrement en site propre est une des plus longues du monde passant par les points névralgiques du poumon économique du pays.
Hormis les bus et les taxis, Casablanca n’a pas de transport en commun. S’y déplacer relève souvent de l’exploit. « Nous sommes très fiers d’avoir un tramway construit selon les standards européens, il va favoriser la mixité sociale en passant autant par les quartiers riches que pauvres avec la même qualité de finition, explique une journaliste marocaine. Cela va permettre à beaucoup de familles de quitter pour la première fois leur quartier avec un confort qui n’a rien à voir avec celui des petits taxis rouges. »
À 6 dirhams (0,54 euro) le trajet, le tram est censé réduire les embouteillages interminables, là ou le trajet en taxi se négocie à partir de 4 dirhams la course. « Nous prévoyons 250.000 voyageurs par jour », explique la RATP, chargée de l’exploitation pour le compte de Casa Tram, société franco-marocaine qui dispose de 74 rames de 65 m de long pour une capacité de 600 personnes, similaire à celle d’un métro moyen. La capitale économique du Maroc (40 % du PIB) ne compte d’ailleurs pas en rester la : d’ici 2030 sont prévus une deuxième et une troisième lignes ainsi qu’un métro aérien. Un marché qui intéresse au plus haut point les entreprises françaises. En témoigne la présence du Premier ministre français Jean-Marc Ayrault lors du coupé de ruban. « Le marché du tramway ne connaît pas la crise, nous sommes en constante progression », explique Loic Dubois responsable de la plate-forme tramway chez Alstom.
Pour l’heure, le nouveau mode de transport doit être apprivoisé par les Casablancais, peu coutumiers de laisser filer un tram sur un site piétonnier partagé. Quant aux automobilistes, ils vont devoir céder la priorité. Durant la première année, 220 policiers sont mobilisés pour sécuriser le passage du tram le long des 31 km de voies. Un policier dans chaque rame et chaque station, aux principaux carrefours : les autorités redoutent les accidents à l’instar de ce motocycliste imprudent pris entre deux rames dimanche et qui a dû être amputé des deux jambes. « Au début, le tram va rouler lentement puis nous allons progressivement monter en puissance pour atteindre fin de l’année une vitesse commerciale réduite de 19 km/h, explique la RATP. A terme, les 48 stations seront desservies toutes les cinq minutes. »
Présent en Belgique, Alstom espère décrocher le contrat du tram liégeois (325 millions d’euros) en association avec le groupe Bam-Galère pour l’infrastructure et DG-Infra (Belfius) pour le financement. Ses atouts ? La consolidation d’emplois à Charleroi, la création d’emplois à Liège pour la maintenance, la possibilité d’installer un système d’alimentation électrique par le sol au centre-ville ou encore la pose des voies en un temps record (jusqu’à 300 mètres en une journée) grâce à un système baptisé « Appi track ». De quoi rassurer des commerçants qui pestent d’ordinaire contre les trop longs chantiers. A côté d’Alstom, Siemens, Bombardier et CAF se sont également associés à des partenaires locaux. Ils disposent chacun d’autres cartouches pour emporter le marché, d’ici la fin 2013. In fine, ce sera celui qui proposera la solution la moins chère qui l’emportera.
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Voir toutes les réactions Que le meilleur gagne à Liège. On peut toutefois s'étonner du coût avancé : 30 Millions d'Euros le kilomètre (avec toutefois les véhicules et le dépôt) restent quand même fort chers. Le cholx d'une alimentation au niveau du sol n'y est pas pour rien. On comprend l'intéret de certains constructeurs à pousser cette formule dispendieuse. Pour quelques centaines de mètres, il faut équiper toutes les voitures de dispositfs coûteux. On pourrait se passer de ces gadgets, pas toujours fiables et source d'enrichissement pour alstom quasi seul constructeur de cette formule, Il reste à espérer que cette ligne sera le prélude à un réel réseau (au moins prolongé au nord et au sud), complété par un axe est-ouest. L'importance de l'agglomération opérationnelle de Lg- 500;000 Hab pour 13 communes et demain, 525.000 habitants, le trafic actuel, 90 Mions de voyageurs et les accroissements attendus, justifient une réflexion globale : en termes d'aménagement du territoire et de[...]








Alimentation par le sol Les trams français sont beaux, mais c'est vrai que l'alimentation par le sol me parraît un peu chère. Il y a plein de villes (Gand, Grenoble, Bern, Zürich, Milan, ...) où les trams traversent des sites historiques de centre-ville sans ce gadget couteux et pas toujours fiable...