La construction digitale US va rattraper son retard

Les bureaux d’Aproplan, société fondée par Thomas Gobau, est au cœur de la digitalisation de la construction.
Les bureaux d’Aproplan, société fondée par Thomas Gobau, est au cœur de la digitalisation de la construction. - D.R.

La construction vit des moments de profonde mutation. Ce n’est plus un secret étant donné les progrès rapides et concrets que fait peser sur le secteur la digitalisation. Celle-ci envahit toujours plus notre environnement quotidien. Et c’est pareil pour le monde de la construction qui a vu surgir des logiciels adaptés sur mesure. Le BIM (pour Building Information Modeling) a introduit les projets en 3D en même temps que l’utilisation systématique des informations qu’il y a derrière chacun des produits utilisés sur les chantiers. Imposé depuis plus de dix ans dans les pays nordiques, il l’est également depuis l’an dernier en France. La Belgique attend toujours…

Fondateur et patron d’Aproplan, un logiciel qui permet en gros de remplacer le stylo et le papier sur les chantiers, Thomas Goubau suit de très près les évolutions dont personne ne sait aujourd’hui jusqu’où elles nous mèneront. « Notre logiciel est appliqué pour réceptionner des chantiers, retranscrire les comptes rendus des réunions, assurer un suivi de la qualité ou encore améliorer la collaboration entre les différents intervenants, explique-t-il. Maintenant que nous sommes bien implantés en Belgique, notre croissance se tourne essentiellement vers l’étranger. À partir de cette année, l’essentiel de notre chiffre d’affaires se fera à l’international. »

Produit 100 % belge fondé en 2012, Aproplan est utilisé sur la majorité des gros projets en Belgique tels que la tour Upsite à Tour et Taxis, le Résidence Palace du Parlement européen ou encore sur les prisons qui ont vu le jour dans le pays. « Nous avons également signé un partenariat avec les 60 plus gros promoteurs du pays, dont AGRE avec lequel nous collaborons pour la rénovation de 182 écoles en Flandre à travers le projet “Scholen van morgen”, poursuit Thomas Goubau. Techniquement, nous n’avons pas besoin d’être présents sur place mais, dans la pratique, nous sommes quand même toujours là pour accompagner le conducteur de chantier ou l’architecte dans l’utilisation du logiciel. On ne passe pas d’un monde manuel à un univers digitalisé en un claquement de doigts… »

Aproplan n’est qu’un pion parmi d’autres dans la révolution digitale de la construction. D’autres start-up ont vu le jour, notamment pour l’élaboration des plannings ou le calcul des coûts, un poste toujours problématique. « Le grand avantage est évidemment le gain de temps, poursuit notre interlocuteur. Auparavant, un conducteur de chantier passait une heure sur le site et une heure supplémentaire dans son bureau pour retranscrire les données ou éditer les photos qu’il avait récoltées. Mais Aproplan contribue également à réduire les erreurs. Notre outil est facilement compréhensible. Il permet notamment de localiser directement le ou les lieux d’intervention et le travail qu’il y a à effectuer. Autre avantage : il parle une seule et même langue et peut donc être utilisé et compris par des gens de toutes les nationalités. »

Outre-Atlantique, l’entreprise de construction digitale Kattera basée dans la Sillicon Valley en Californie (qui vise essentiellement à réduire les délais et les coûts de construction) vient récemment de procéder à une levée de fonds de 865 millions de dollars, soit quelque 695 millions d’euros. Un montant impressionnant pour une boîte née en 2015 et qui traduit l’énorme fossé existant entre le Vieux Continent et les USA au sujet des investissements réalisés dans le secteur de la construction et plus particulièrement la construction numérique. « Très honnêtement, je n’arrive pas à m’imaginer ce qu’un tel montant représente !, sourit Thomas Goubau. Des fonds de plusieurs milliards d’euros ou de dollars, ça ne court pas les rues en Europe et encore moins en Belgique. À titre de comparaison, Aproplan a réalisé une levée de fonds l’année dernière via Fortino Capital (NDLR : le fonds créé par des anciens dirigeants de Telenet) pour assurer son développement à l’étranger et améliorer le produit pour le rendre plus performant. Montant de l’opération : cinq millions d’euros… »

Il est intéressant de noter que le top 20 des levées de fonds réalisées depuis 2012 par le secteur de la construction digitale s’élève à près d’un milliard de dollars. Autre élément important : ces vingt investissements ont tous été réalisés aux États-Unis.

Et l’Europe dans tout ça ? Dans de nombreux pays de l’Union (Royaume-Uni, Finlande, Danemark, Allemagne et Pays-Bas), des technologies d’avenir comme la modélisation des données du bâtiment (le BIM évoqué plus haut) sont ou seront bientôt imposées par la loi pour tous les marchés de travaux publics. La digitalisation de la construction est plus avancée qu’aux États-Unis, même s’il y a fort à parier que ces derniers combleront très vite leur retard.

Car au pays de l’oncle Sam, plus de 70 % des entrepreneurs forment dès à présent leurs équipes à la BIM. C’est plus que la moyenne européenne qui est d’environ 60 %, même s’il existe des différences considérables entre les pays. « Aux États-Unis, il existe une culture de l’investissement, conclut Thomas Goubau. On n’a pas peur d’investir dans des secteurs à risques et tant pis si la boîte dans laquelle on a misé beaucoup d’argent finit par se planter. Rater aux États-Unis n’est pas forcément synonyme d’échec, au contraire puisque ça permet parfois de mieux rebondir. En Europe, on est davantage dicté par une conduite de bon père de famille et on réfléchit à deux fois avant d’investir. Ceci dit, on voit un appétit européen grandir, notamment à Londres. Le moment est idéal pour investir dans la construction. La technologie est prête et les mentalités évoluent. Quant aux projets, ils foisonnent dans le monde entier, et notamment en Asie où l’on doit construire pour faire face à la hausse démographique. »

D’ici 3 à 5 ans, la construction digitale européenne pourrait, qui sait ?, être à son tour le théâtre de grands investissements financiers. Mais 5 ans dans un monde qui évolue à la vitesse de l’éclair, c’est une éternité.

Un salon spécifique

Par Paolo Leonardi

La digitalisation est devenue un enjeu tellement crucial qu’un salon y est entièrement dédié depuis l’an dernier. Intitulé « Digital Construction Brussels », il aura lieu les 24 et 25 octobre prochains, entre 10 et 20 heures, à Tour et Taxis. Il est organisé conjointement par la Confédération Construction et le CSTC (Centre scientifique et technique de la construction), l’organisme qui mène des recherches visant à contribuer à l’innovation et au développement du secteur.

Soixante PME et grosses entreprises décriront le rôle fondamental des big data, BIM et autre réalité virtuelle dans leur quotidien et leur futur. Des séminaires y seront également organisés. Plus d’infos sur digitalconstructionbrussels.be.

Le digital pour améliorer le processus

Par Paolo Leonardi

La Construction 4.0 est le plus grand défi du secteur pour le futur. © D.R.
La Construction 4.0 est le plus grand défi du secteur pour le futur. © D.R.

La construction digitale, autrement appelée Construction 4.0, c’est bien. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Pour faire simple, on dira qu’il s’agit de faire appel aux technologiques numériques pour améliorer le processus de construction au sein d’une entreprise ou sur un chantier, et aussi la communication et le travail entre les différents partenaires d’un projet.

C’est un des soucis majeurs de la Confédération de la Construction belge et de ses consœurs mondiales aujourd’hui, car le secteur doit obligatoirement se moderniser alors qu’il a été tenu très longtemps éloigné des nouvelles technologies. Pas facile de faire basculer les ouvriers dans le monde digital.

Aujourd’hui, construire s’entoure de contraintes de plus en plus grandes et nombreuses. On doit construire toujours plus vite avec des budgets qui maigrissent à vue d’œil, et la qualité des matériaux ainsi que de la mise en œuvre doit être irréprochable. Les exigences environnementales sont là pour élever le niveau et l’on sait que l’on va manquer de logements dans le futur en raison de la hausse démographique.

L’appel au numérique doit simplifier le travail. D’une part pour communiquer efficacement. On le sait, une mauvaise communication entre les acteurs d’un projet et sur les chantiers peut avoir des conséquences désastreuses. Des logiciels de gestion ou de planning sont là pour y remédier, comme par exemple la géolocalisation track-and-trace (pour voir où sont les gens concernés) ou encore le stockage et le partage de documents.

Mais le numérique permet également d’optimiser la gestion de l’entreprise, tant en phase d’offre de prix ou de préparation qu’en phase d’exécution ou d’analyse finale de chantier.

Créé pour répondre à la technicité croissante du secteur, le BIM (pour Building Information Modeling, ou modélisation des données du bâtiment) s’emploie à simplifier le processus de fragmentation du processus constructif ainsi que les problèmes de communication entre les intervenants. Les projets sont transformés en maquettes numériques qui contiennent des données intelligentes et structurées et qui peuvent être aisément échangées entre les différents partenaires.

Le BIM est souvent assimilé à un logiciel ou à une technologie. Il est bien plus que cela, nous expliquent des sites spécialisés. C’est en fait une suite de processus ou méthodes de travail utilisés tout au long de la conception, de la construction et de l’utilisation d’un bâtiment. Le BIM définit qui fait quoi, comment et à quel moment. La maquette numérique structurée permet une collaboration entre tous les intervenants d’un projet, soit par des échanges de données, soit en permettant une intervention sur un seul et même modèle.

Avec le BIM, les analyses, les contrôles et les visualisations sont effectués très tôt dans l’étude d’un projet, permettant ainsi une conception de meilleure qualité et la détection des problèmes avant la mise en chantier.

Grâce à la maquette numérique constamment tenue à jour, les coûts de construction sont mieux maîtrisés car extraits en temps réel. La qualité des bâtiments se trouve globalement améliorée grâce aux différentes analyses et simulations effectuées à un stade précoce du projet, avant que les coûts des modifications n’aient trop de répercussions.

 
 
 
 
 
 

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