Le logement seniors tente de se diversifier

Parmi les résidents de maisons de repos, neuf personnes sur dix n’ont pas choisi de s’y installer. © D.R.
Parmi les résidents de maisons de repos, neuf personnes sur dix n’ont pas choisi de s’y installer. © D.R.

Où habiter lorsqu’on devient âgé, qu’on se déplace un peu moins facilement, qu’on est plus souvent malade, mais aussi qu’on tient à garder une vie sociale ? Cette question, de très nombreuses personnes se la posent. Toute la génération des baby-boomers – les personnes nées entre 1945 et 1965 – approche de la retraite ou y est déjà. Et cela fait du monde.

Au sein de l’ASBL Habitat et Participation, les demandes d’information affluent. L’association, qui existe depuis 1982 et est installée au cœur de Louvain-la-Neuve, a été obligée de s’adapter. A l’origine, sa mission principale était de promouvoir les initiatives en matière d’habitat groupé et de logements solidaires. De fil en aiguille, elle en est venue à traiter de cette problématique.

« Actuellement, sur la quarantaine d’appels téléphoniques que nous recevons chaque jour, un tiers émane de seniors, explique Thierry De Bie, un des chargés de mission. Un autre tiers provient des jeunes qui connaissent des problèmes d’accès au logement et un dernier tiers, de personnes qui désirent monter un projet d’habitat groupé. » C’est beaucoup et c’est ce qui a amené l’association à tenir des conférences régulières sur le thème de « Quel type d’habitat choisir après 60 ans ? ».

Cette vague de sollicitations est aussi la preuve que les mentalités évoluent. « Jusqu’ici, la question n’était guère anticipée, poursuit l’urbaniste de formation. Notre société occidentale est très centrée sur l’activité et l’immédiateté. Nous pensons peu au vieillissement et encore moins à la fin de vie. Et une fois âgé, nous nous retrouvons soudain face à une perte de mobilité par exemple. Il faut alors trouver une solution dans l’urgence. »

Bien souvent, cela se résume à un placement en maison de repos. « Cette dernière a certes une fonction nécessaire et importante. Néanmoins, parmi les résidents, neuf sur dix n’ont pas choisi de s’y installer. Ils y ont été poussés par des ennuis de santé, par des événements de la vie ou par leurs enfants. Interpellant. Surtout quand on sait que le vieillissement de la population va se poursuivre. Il y a là un enjeu sociologique. A Habitat et Participation, nous pensons que les seniors doivent garder le plus longtemps possible une liberté de choix ainsi que des responsabilités. »

Tout cela est peu à peu en train de changer. « Aujourd’hui, les gens commencent à réfléchir par phases de vie et à prévenir l’avenir. C’est nouveau. On constate par ailleurs que, de manière générale, les demandes en matière d’habitat ont éclaté. Le modèle de la maison quatre façades en périphérie des villes ne semble plus privilégié. Les appartements sont très prisés. Les logements pour personnes seules également. Un retour en ville s’ébauche. Maintenant tout le défi est d’adapter l’offre à cette nouvelle donne, de faire évoluer le bâti. »

En ce qui concerne l’habitat des aînés, des solutions alternatives commencent à émerger ou à se généraliser (voir l’encadré ci-contre). Mais elles présentent parfois des limites, comme la cherté. Ou alors elles sont freinées par la législation, qui est en retard sur les pratiques. C’est notamment le cas lorsqu’un aîné veut partager sa grande maison avec un locataire sans devoir la diviser physiquement. Des obstacles juridiques surviennent alors. Pourtant, la formule apparaît prometteuse car elle donne au senior une relation sociale et au locataire un accès bon marché au logement. En théorie, du gagnant-gagnant donc…

Les solutions alternatives

Par Jean-Christophe de Wasseige

Le maintien à domicile avec support

Les experts et les politiques promeuvent le maintien des aînés le plus longtemps possible dans leur cadre de vie. C’est moins perturbant pour eux. Et moins coûteux. Des services existent pour leur apporter de l’aide à domicile : soins infirmiers, repas, coiffure, etc. Les seniors peuvent aussi se rendre dans des centres de soins de jour et des centres d’accueil de jour.

La maison kangourou

Dans cette formule, une personne âgée partage sa maison avec un ou une étudiant(e). Le senior reste ainsi dans ses meubles tout en bénéficiant de la présence fréquente du jeune, qui peut lui rendre des services (courses alimentaires, etc.). Ce dernier jouit d’un espace et d’un loyer acceptables. Juridiquement, en tant qu’étudiant, il reste domicilié chez ses parents.

La maison partagée

La formule est proche de la précédente sauf qu’ici, le locataire est un adulte. Si la maison du senior est divisée en plusieurs logements, c’est l’idéal. Si ce n’est pas le cas, un obstacle se lève : les deux personnes sont alors considérées comme cohabitantes (même si un arrêt récent de la Cour de cassation a nuancé les choses). Et puis, toutes les maisons ne sont pas divisibles. Des communes le proscrivent d’ailleurs expressément afin, disent-elles, de lutter contre les marchands de sommeil.

La maison Abbeyfield

Une maison – nouvelle ou transformée – accueille entre 8 et 10 aînés. Elle se compose d’appartements privés et de pièces communes. Les résidents peuvent se retrouver régulièrement et se partagent les tâches. Ce sont eux qui gèrent tout via une ASBL. Le concept, qui provient du Royaume-Uni, convient pour des personnes en bonne santé, assez aisées et portées sur la vie communautaire.

La résidence-services

Un bâtiment abrite une série de logements privatifs pour seniors. Ceux-ci peuvent y mener une vie relativement autonome tout en bénéficiant de services facultatifs : restaurant, aide ménagère, soins paramédicaux, etc. Les promoteurs immobiliers ont largement investi ce segment. La formule concilie le meilleur des deux mondes, mais est très loin d’être à la portée de toutes les bourses.

 
 
 
 
 
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous