«J’ai été battu et torturé»: le script de la conversation entre le CGRA et un Soudanais

Photo prétexte. © News.
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Des Soudanais rapatriés depuis la Belgique ont-ils ou non été torturés une fois arrivés à Khartoum ? Sans grande surprise, le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides n’a pas été en mesure de trancher la question – sensible – à l’origine de la polémique qui secoue le gouvernement depuis le mois de décembre. Mais le CGRA n’a pas caché ses doutes quant à la véracité des allégations de mauvais traitements recueillies par l’institut Tahrir.

« Il n’existe aucune preuve attestant que les faits sont bel et bien intervenus. De même qu’il n’a pas pu être établi avec certitude que les faits mentionnés n’ont pas eu lieu, prévient le rapport. Le CGRA a toutefois pu formuler plusieurs observations selon lesquelles il existe de sérieux doutes, du moins dans le cas d’un certain nombre de témoignages. » En l’espèce, le Commissariat général questionne la crédibilité de deux des principaux témoignages. Le premier affirme qu’on l’a forcé à demander un retour « volontaire ». « Cette plainte s’avère ne pas être fondée », explique le rapport qui précise que l’intéressé a profité d’un accompagnement de l’Organisation internationale des migrations, réclamé par ses soins, et semble avoir menti sur ses origines. Le second présente une incohérence chronologique : il affirme avoir été détenu deux jours à son arrivée à l’aéroport de Khartoum alors que l’OIM affirme l’avoir rencontré à 17h le jour de son arrivée (vers minuit). De quoi jeter le doute sur le reste de son témoignage, estime le CGRA.

« Le premier témoin est quelqu’un de confus, ce n’était pas secret, reconnaît Koert Debeuf, le directeur de l’Institut Tahrir. Mais pour le second, on discrédite tout son témoignage parce que le CGRA estime qu’il n’a pas été cohérent sur le temps – d’ailleurs il m’avait parlé d’un interrogatoire de 3 heures, pas d’un ou deux jours, ce qui est cohérent avec ce que dit l’OIM – et omet complètement de dire qu’il leur a réaffirmé avoir été torturé et battu. Je ne comprends pas qu’il n’en parle pas. » De fait, le rapport explique à plusieurs reprises ne pas être parvenu à obtenir d’informations supplémentaires ou plus concrètes. Sans préciser les éléments réaffirmés.

Sceptiques, les parlementaires de l’opposition ont demandé à obtenir la retranscription des échanges que les agents du CGRA ont eus avec les Soudanais concernés, via Whatsapp notamment – ce à quoi la majorité ne s’est pas opposée. Le Soir retranscrit ici la conversation menée avec M., le « deuxième témoin », le 26 janvier 2018, et obtenue à bonne source. La conversation a été anonymisée – par respect des intervenants, signalés par leur fonction –, simplifiée et corrigée pour faciliter la compréhension.

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