Critiques contre le plan régional de développement durable de Vervoort

Le défi pour la ville de demain sera de concilier espaces verts et densification via l’érection de tours.
Le défi pour la ville de demain sera de concilier espaces verts et densification via l’érection de tours. - René Breny.

Le plan régional de développement durable, PRDD pour les intimes, devrait revenir à la table des discussions dès le mois de mars. Des débats qui risquent d’être mouvementés vu la teneur de l’avis de la Commission régionale de développement (CRD). Ce dernier pourrait retarder grandement l’entrée en vigueur du texte voire le tuer dans l’œuf à cause du calendrier électoral. Rien ne dit que le gouvernement régional pourra acter cette bible du Bruxelles de demain avant mai 2019.

Le PRDD, pour rappel, c’est d’abord une première mouture établie par Charles Picqué (PS), lors de son dernier gouvernement, soit en 2011. Juste avant son départ, il présentait fièrement une brique qui devait construire la Bruxelles du futur, celle où tout le monde aurait une école à moins de deux kilomètres de son domicile, une station de transports en commun dans les 500 m et où il n’existerait plus que 6 communes. Cette version a depuis été jetée aux oubliettes. Lorsqu’il devient ministre-président en 2012, Rudi Vervoort (PS) repart pratiquement d’une page blanche et accouche d’un document de quelque 140 pages. « On nous a critiqués d’avoir très fort taillé dans ce plan, confiait Rudi Vervoort en mai dernier. Mais nous avons choisi d’être cohérents. À quoi sert-il d’avoir un plan de mille pages qui tombera dans les oubliettes dès qu’il aura été approuvé ? La planification est indispensable mais ne doit pas être un frein au développement territorial. »

Cohérent, visiblement, ce n’est pas l’avis de la CRD. En tout cas, pour l’instance, très clairement, le gouvernement bruxellois ne va pas assez loin et ne montre pas une vision claire du développement territorial souhaité. Pour se forger cette conviction, la CRD a pu se baser sur les 6.000 remarques formulées lors de l’enquête publique. Les citoyens comme les communes ont pu donner leur avis début 2017. La CRD a rendu le sien dans les temps, à savoir le 23 novembre 2017. Le gouvernement espérait alors pouvoir recommencer les débats mais les remarques sont telles que le nombre d’amendements a dû être revu à la hausse.

Dès le début du rapport, la CRD donne le ton. On peut lire que « le PRDD a manqué son objectif premier, celui d’exposer une vision claire et globale du projet-ville région ». Selon la commission, Bruxelles ne peut être envisagée comme une entité isolée et les projets devraient s’appuyer plus fermement sur la notion de communauté métropolitaine.

Autre critique importante des spécialistes du développement territorial : la densification. « Dans le document, on ne sait pas combien de logements supplémentaires le gouvernement veut construire, commente le député Ecolo, Arnaud Pinxteren. Il ne se prononce pas non plus sur le logement social. On est juste dans une logique de lotissement de la Région. »

La CRD critique aussi la logique de verticalité. Pour elle, les tours ont « une connexion pauvre à la ville et au domaine public ». « Il faut garder une ville vivable qui tient compte aussi de la sociologie et des besoins des Bruxellois, ajoute le député de l’opposition. La densification ne peut se faire au détriment des espaces verts. On se demande où se trouve le durable dans cette vision. Et la participation ? À force de vouloir condenser, le gouvernement a oublié d’en parler tout comme le chapitre sur la gouvernance que demande la CRD. Je ne vois pas trop comment le gouvernement va pouvoir travailler sur base de cet avis. »

«Où est la communauté métropolitaine?»

Par Vanessa Lhuillier

Le député MR, Gaëtan Van Goidsenhoven n’est pas plus tendre avec le PRDD. « Il manque d’ambition et on ne parle pas de la communauté métropolitaine qui devrait pourtant être au cœur d’un tel dossier. Elle n’a jamais pris forme et c’est regrettable. Quant aux remarques de la CRD, je constate qu’elles sont très sévères. Le gouvernement n’objective pas le nombre de logements ou de tours à construire pour répondre à la demande des Bruxellois. Il faut être attentif à ne pas faire partir la classe moyenne. Après, je reste convaincu qu’il nous faut un PRDD et qu’il doit atterrir. Repartir d’une page blanche ne serait pas la solution. J’espère que nous pourrons avoir des débats sereins alors que nous entrons en période électorale. »

 
 
 
 
 
 

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