Indonésie et Brésil dans le mille

Lot 271. Deux coiffes Panglao, Philippines (Luzon).
Lot 271. Deux coiffes Panglao, Philippines (Luzon). - Lempertz

R avis, enchantés », tels sont les impressions affichées par les responsables de Lempertz à l’issue de cette « magnifique » vente qui a atteint « trois prix records pour ce genre d’objets dans le monde des enchères : celui atteint par le lot 305 (une baguette de danse Tubuan de Papouasie, enlevée 57.040 euros) ainsi que le masque amazonien (lot 252, 38.440 euros) ou encore le lot 84, un bouclier Kalimantan enlevé 42.160 euros (pour une estimation de 4 à 6.000 euros). Nous avions 129 enchérisseurs enregistrés pour la vente provenant de 20 pays différents », poursuit-on du côté du bureau bruxellois de la maison allemande.

L’Indonésie

Ce ne sont pas moins de 362 lots d’art d’Afrique, du Pacifique et des Amériques qui ont été mis à l’encan à Bruxelles avec des résultats tout à fait convaincants pour l’Indonésie qui a très bien tiré son épingle du jeu. Jugeons plutôt : 19.840 euros pour le lot 93, un masque du Bukung, accompagnateur de l’esprit du défunt du sud de Bornéo porté lors de funérailles ou d’autres cérémonies rituelles (estimation de 3-5.000 euros) ainsi que de belles enchères pour les autres masques Dayak (lots 91, 92), mais aussi pour cette figure d’ancêtre de Nias (île à l’ouest de Sumatra) qui s’est envolée 37.200 euros, soit six fois son estimation basse (lot 94) ! Relevons également les 8.680 euros engrangés par cette Figure Batak (lot 262, Sumatra) enlevée dix fois son estimation basse ! Les Philippines ne sont pas en reste avec les 4.464 euros remportés par ces magnifiques coiffes Panglao (lot 271, Luzon, estimation 1.500-2.000 euros) portées par les danseurs lors de fêtes pour célébrer le retour d’expéditions de chasse et lors de rites de passage à l’âge adulte.

Lot 93. Masque Dayak (Indonésie).

Le Brésil

Dans le volet des Amériques figuraient quelques pièces brésiliennes collectées par l’anthropologue brésilien Harald Schultz (1909-1966) qui a consacré sa carrière à l’étude des Indiens d’Amérique du Sud. Il a travaillé pour le Service de la protection des Indiens au début des années 1940 et ses recherches au sein de l’Umutina du Haut-Paraguay ont abouti à un film acclamé, une publication et une collection d’objets conservés au Musée Paulista de São Paulo. En 1947, il a été nommé assistant ethnologue au musée où il est resté jusqu’à son décès. Ses nombreuses excursions parmi les Karaja, Kraho et les autres tribus enrichirent les collections de son propre musée et d’autres au Brésil. Son livre Hombu : la vie indienne dans la jungle brésilienne, a été publié en 1962. Il a été un des responsables de la Revista do Museu Paulista, une publication essentielle à l’étude de la vie et de la culture indiennes brésiliennes. C’est dire l’importance de l’homme et de sa collection dont plusieurs pièces ont été acquises dans les années 60 par l’artiste d’origine argentine, Alicia Rossi (née en 1928) avant d’être mises à l’encan chez Lempertz.

Installée à São Paulo en 1963, Alicia y a étudié la gravure et s’est prise de passion pour le pays (en 1973, elle publie Coisas do Brazil). Depuis lors, elle a eu plusieurs expositions personnelles et ses œuvres sont conservées dans des musées tels que Masp (Museu de Arte de São Paulo). Le masque Waura qui est passé des mains de l’anthropologue à l’artiste (lot 249) a été échangé pour un montant de 27.280 euros tandis qu’un autre masque Wauja ou Waurà – quasi identique à celui du Quai Branly – a pulvérisé son estimation de 3-5.000 euros pour atteindre les 38.440 euros (le lot 252).

Lot 252. Masque Waujà (Brésil).

Les dents de ces 2 « Pirarara » (poisson-chat à queue rouge) sont formées à partir des mâchoires d’un… piranha ! Selon le musée, ce type de masque était utilisé pour soigner les malades. Le porteur de masque poursuivrait l’ombre ou l’esprit qui a causé la maladie. Les autres pièces de cette collection ont également fait de beaux prix (même s’ils sont plus raisonnables : 7.440 euros et 4.712 euros respectivement pour les numéros 253-254). Tous les résultats sont affichés sur le site de la salle qui annonce d’ores et déjà pour la fin mai, une exposition de 80 pièces d’Afrique centrale issues de la collection privée de Pierre Dartevelle.