Bruxelles: les riverains démolissent le projet Neo

Ils s’appellent Claire, Vincent, Guy ou encore Philippe. Simples riverains, représentants d’associations ou membres de comité de quartiers, il dénoncent un projet qu’ils estiment démesuré sur le plateau du Heysel. © Mathieu Golinvaux/Le Soir.
Ils s’appellent Claire, Vincent, Guy ou encore Philippe. Simples riverains, représentants d’associations ou membres de comité de quartiers, il dénoncent un projet qu’ils estiment démesuré sur le plateau du Heysel. © Mathieu Golinvaux/Le Soir.

C’est l’heure du test pour la première phase du projet Neo. Le vaste chantier urbanistique du plateau du Heysel, poussé dans le dos par la Ville de Bruxelles, la Région et le consortium Unibail-Rodamco-Besix passe aujourd’hui le cap de la commission de concertation. Cet organe consultatif devra décider d’octroyer ou non au promoteur privé les certificats d’urbanisme nécessaires pour construire «  un pôle de loisirs, un immeuble de bureaux, deux crèches, une maison de repos, un parc de loisirs extérieurs, deux trémies et des parkings accessoires à ces fonctions  », mais surtout quelque 590 logements ainsi que le « Mall of Europe », futur centre commercial de 72.000m2, et pièce maîtresse de ce projet s’étalant sur 21 hectares en tout.

Une couleuvre difficile à avaler pour plusieurs habitants des quartiers avoisinants, craignant de voir leur quartier lourdement et durablement impacté. Dans un café de quartier faisant face au stade Roi Baudouin, une demi-douzaine de riverains, remontés comme des coucous, nous ont expliqué ce qu’ils reprochaient à Neo, en compagnie de deux représentants respectifs de l’Union des Classes Moyennes (UCM) et d’Inter-Environnement Bruxelles (IEB), organisations également opposées au projet.

1 Un shopping trop grand «  Si ça merde, on aura un énorme chancre. Et si ça réussit, on aura une pustule de luxe qui débordera sur les logements sociaux   juste en face  », s’exclame Myriam Simon-Hendrick du comité de quartier Marie-Christine quand on lui évoque le « Mall of Europe ». La formule est dure, mais Myriam assume. Selon elle, le futur espace risque de créer des tensions et de la dualité dans un quartier qui connaît des poches de précarité. Si plusieurs de ses voisins de table semblent partager son opinion contre le centre commercial en tant que « vision de société », c’est surtout la taille du projet qui génère le plus d’angoisse.

Avec Docks ouvert à quelques kilomètres et un projet Uplace pas encore enterré à Machelen, en périphérie flamande, Antoine Bertrand, chargé des questions bruxelloises pour l’UCM, s’inquiète en effet d’une asphyxie annoncée pour le commerce de proximité. Il s’appuie notamment sur une étude commandée par la Ville en 2015, évoquant un risque de perte de clientèle de 23 % pour les commerçants du centre en cas de scénario à 3 shoppings center. «  Pour l’UCM, le développement d’un pôle commercial de type centre commercial sur le site du Heysel est une situation paradoxale puis qu’étant en contradiction avec la politique régionale visant à dynamiser les noyaux commerciaux bruxellois existants, et en particulier ceux du bas et du haut de la ville » relaye-t-il.

Pour autant, tout le monde n’est pas opposé à l’implantation d’un shopping dans le quartier. Philippe Lemoine, du comité de quartier Triangle, se dit même plutôt pour, mais dans des proportions nettement moindres. «  En soi, un petit shopping center de 20.000m2, 25.000m2 ou 12.000m2, comme le prévoit le PRAS aujourd’hui ; pourrait très bien suffire » assume-t-il, faisant référence au Plan régional d’affectation du sol. Ce document urbanistique, qui prescrit à quelle fonction des terrains peuvent être affectés, a été récemment modifié pour pouvoir faire tenir le « Mall of Europe » sur le Heysel.

2 Une mobilité à contresens L’autre crainte majeure, ce sont les embarras de mobilité qui se dessinent dans une zone déjà sensible de Bruxelles. «  Tel quel, le projet entraînera plus de 4.500 mouvements de voiture par heure aux heures de pointe le samedi ou encore 33.160 nouveaux déplacements les samedis après-midi. Un flux tout simplement impossible à absorber dans cet endroit de la Région déjà congestionné », soutient Claire Scohier d’IEB, après passage en revue de l’enquête publique sur le projet. Selon elle, l’étude d’incidence pointe par ailleurs un manque de 350 places de parkings sur le site, ce qui risque de reporter la pression sur les rues alentours. Et ce alors que 3.200 places vont voir le jour en sous-sol.

Là où les porteurs du projet promettent «  le plus grand hub de transports publics de Belgique », d’aucun craignent que le public s’en serve au final que très peu. «  L’analyse sur Docks montre, en caricaturant un peu, que les gens qui allaient en transport en commun dans le centre y vont en voiture » soutient Philippe Lemoine, selon qui l’hypothèse du transfert modal ne tient pas.

3 Un terrain hasardeux Pour faire pousser l’ensemble des futures constructions sur le site du Heysel, le promoteur prévoit d’y poser préalablement une grosse dalle de béton. Voilà qui fait remonter pas mal d’angoisses dans un quartier déjà sujet aux inondations, où l’on craint de surcroît également l’instabilité des sols. «  Il n’y a pas eu d’étude pour savoir quelles seraient les conséquences sur le bâti proche  » soutient Vincent Demanet, résident du quartier. « Je voudrais ajouter qu’il y a moins de 10 ans, il y a eu trois maisons qui se sont effondrées, en conséquence des travaux du métro, qui étaient passés au niveau de la nappe phréatique », renchérit Eric Sherman, autre citoyen engagé.

4 Un projet « saucissonné » Il faut enfin savoir que derrière le projet discuté aujourd’hui se cache ce que l’on appelle communément la phase « Neo 2 », prévoyant l’érection sur le site du Heysel d’un centre de congrès international et d’un hôtel. Celle-ci est actuellement en phase de développement, « un dialogue compétitif » étant en cours pour en désigner les futurs constructeurs. Ici, toute la tablée parle d’une seule voix. «  Il y a un saucissonnage qui est fait, pour créer un effet grenouille ! », affirme Eric Sherman. Traduisons : afin d’éviter de donner des accès de fièvre aux riverains, les projets ont été séquencés pour éviter de devoir exposer d’un seul coup l’ensemble de leurs conséquences sur les environs, notamment en matière de mobilité.

Concertation, mode d’emploi

Par Arthur Sente

Le passage devant la commission de concertation, obligatoire pour tout projet urbanistique soumis à un rapport d’incidences, implique à chaque fois 3 parties. D’abord, le demandeur d’autorisation, qui expose son projet. Ensuite, les citoyens ou associations qui en ont fait la demande durant l’enquête publique, et qui peuvent exprimer leur opinion et poser des questions. Reste la commission, organe de 9 ou 10 membres représentant la Région et la commune à qui le permis est demandé (sauf si la commune est elle-même partie prenante, comme dans le cas de Neo). Suite aux débats, la commission est chargée de rendre un avis (contraignant dans certains cas) sur l’octroi des permis à l’autorité délivrante.

 
 
 
 
 
 

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