Une filière pour offrir une seconde vie aux bateaux de plaisance

Le projet offre, notamment, une filière de recyclage des bateaux de plaisance.
Le projet offre, notamment, une filière de recyclage des bateaux de plaisance. - D.R.

C’est simple, ils sont partout ! Les matériaux composites (constitué d’un mélange de fibres et de plastique) sont largement utilisés dans différents secteurs comme les transports (automobile, ferroviaire), les sports et loisirs, le sanitaire, l’éolien ou encore l’aéronautique. En Europe, on estime la production de ces matériaux à 2,8 millions de tonnes par an. Et ce chiffre ne cesse de croître, notamment en France ou en Angleterre où l’utilisation de matériaux composites dans la confection des objets de la vie courante (panneaux de signalisation, cadres de vélo, raquette de tennis…) est de plus en plus privilégiée. C’est dire si le recyclage de ces matériaux est en un enjeu important, d’autant que 20 % de ces déchets plastiques et composites – les fameux « inertes » – finissent encore en décharge.

Pour aider les entreprises actives dans ce domaine à trouver de nouvelles solutions de recyclage et de valorisation, l’Europe a mandaté six équipes de recherche wallonnes, flamandes et françaises pour développer des solutions innovantes. Et il y a urgence : bientôt les producteurs d’objets ou d’outils à base de matériaux composites seront dans l’obligation de prévoir leur recyclage soit en payant de lourdes taxes, soit en organisant eux-mêmes une filière de valorisation. « C’est le cas notamment pour les constructeurs de bateaux de plaisance, explique Hervé Brequel, manager Recherche et Développement au Centre Terre et Pierre à Tournai. Une directive européenne les contraint à payer pour l’élimination des vieux bateaux. La question du recyclage est aussi un enjeu pour les ports et les communes portuaires qui ne savent que faire des vieilles chaloupes très coûteuses à envoyer à la décharge. »

Les équipes de recherches se sont donc réunies autour du projet transfrontalier « RECY-COMPOSITE » qui teste le recyclage de ces matériaux via trois voies : la thermochimie, le broyage ou la production d’énergie via l’incinération. Et pour l’heure, c’est le broyage, notamment via une technologie développée au Centre Terre et Pierre de Tournai, qui est le plus prometteur. «  La thermochimie est très complexe et coûteuse, ajoute Hervé Brequel. Elle ne sera utilisée que pour récupérer des matériaux qui en valent la peine comme la fibre de carbone. Or, la plupart des matériaux composites sont moins nobles comme ceux qui composent les bateaux de plaisance. Dans ce cas, la technique du broyage millimétré qui permet de séparer au maximum les fibres du plastique est très prometteuse. »

Toutes ces techniques et les premiers résultats du projet ont été présentés récemment à une trentaine d’industriels du secteur des composites. Le but était de leur montrer des exemples de traitement applicables aux déchets de matériaux composites. Le caractère transfrontalier de ce projet et la possibilité de développer une filière entre le Hainaut, le nord de la France et la Flandre-Occidentale ont aussi été mis en avant, notamment pour le recyclage de bateaux de plaisance hors d’usage provenant de la côte de la Manche (France) et de la côte belge. « Mais pour qu’une filière se développe réellement, il faudra organiser la collecte de ces matériaux produits en petite quantité souvent dans de très petites entreprises. La mutualisation de la collecte des déchets et de leur recyclage peut offrir de vrais débouchés. »

La création d’une vraie filière de valorisation des déchets, et plus particulièrement des déchets plastiques, est un thème qui revient de manière pressante dans les milieux économiques belges et wallons qui y voient un secteur d’avenir. La recherche, elle, est déjà en marche…