Après le viol de trop, l’Inde face à elle-même
L’Inde est en ébullition. Le viol collectif dont a été victime une jeune étudiante pousse aujourd’hui la société indienne, divisée entre tendance à la modernité et conservatisme le plus rigoureux, à se regarder en face.
Le viol collectif dont a été victime une étudiante de 23 ans dans un bus à New Delhi a mis l’Inde en ébullition. La mort de la victime, ajoutée à l’atrocité de l’agression et au silence des autorités, a fait office de goutte d’eau qui a fait déborder le vase et sonné comme un déclencheur de la rébellion d’une société en plein changement face à un système social conservateur et rétrograde.
En Inde, un viol est signalé toutes les vingt minutes. A New Delhi (22 millions d’habitants), toutes les 18 heures. Ce sont les statistiques officielles. La haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navi Pillay, a demandé lundi 31 décembre à l’Inde un « débat d’urgence ». Une demande partagée par des millions d’Indiens qui descendent dans la rue depuis plusieurs semaines.
Une société en plein changement divisée entre modernité et conservatisme
Car l’Inde est une société en plein changement, et ce changement ne se fait pas sans mal. D’un côté, l’essor économique du pays a permis le développement et l’émancipation d’une classe moyenne, lettrée, ouverte sur le monde et avide de libertés individuelles. Une classe que représentent les victimes de l’affaire qui occupe les médias, tous deux étudiants.
De l’autre, le système social du pays est basé sur la religion, les castes et les clans, comme au Moyen Âge. Un système millénaire, conservateur, qui perçoit la modernité avec crainte.
Dans le système des castes, un membre d’une caste supérieure aura toujours le pouvoir sur un membre d’une caste inférieure. Et pourra disposer comme bon lui semble d’un sans caste (les « dalits », intouchables). Ainsi, les crimes atroces, du type de celui survenu dans le bus de New Delhi, ne sont pas rares dans certaines contrées du sous-continent ou les clans, ou grandes familles, règnent toujours en maîtres absolus. Dans ce système, une femme sera toujours moins considérée qu’un homme, car jugée comme ayant moins de valeur.
Tout ce pan de la société est aujourd’hui remis en cause par l’autre pan, moderne à l’occidentale. La classe moyenne est en effet en plein essor et commence à se faire entendre, que ce soit sur la corruption ambiante, le chaos urbain, l’incompétence de la police…
L’Inde obligée de se regarder dans le miroir
Aujourd’hui, les langues se délient. Ainsi ces témoignages de femmes qui racontent le harcèlement sexuel au quotidien dans les lieux publics. Puis, ces propos d’un inspecteur de police près de New Delhi recueilli en avril par l’hebdomadaire Tehelka, enquêtant sur l’attitude de la police à l’égard des victimes de viol : « Elle est habillée d’une telle manière que cela force les hommes à être attirés par elle. » Des propos partagés par nombre de ses pairs.
Suite à l’agression et au meurtre de la jeune étudiante, l’Inde est forcée de se regarder dans le miroir. Dans une tribune du quotidien The Hindu, la juriste Ratna Kapur notait « une crise de la masculinité indienne ». « Alors que les femmes entrent sur le marché du travail, soulignait-elle, leur audace et leur confiance en elles semblent déclencher un sentiment d’insécurité au sein d’une société où les hommes étaient jusque-là aux commandes. »
Elle ajoutait : « Davantage de lois ou l’appel à la peine capitale ne sont pas des réponses à ce qui est un problème sociétal enraciné. » Cette « racine » du « problème sociétal », c’est la glorification du garçon. Il est donc temps, concluait Ratna Kapur dans The Hindu, que la société cesse d’ « élever les garçons d’une manière qui leur inculquera le sens de la supériorité et du privilège ».
Vos réactions
Voir toutes les réactions la glorification du garçon existe malheureusement également chez nous.... plus cachée chez les occidentaux, mais toujours présente ne fut-ce que sous-jacente et importée chez nous par la "nouvelle" population majoritairement musulmane qui la pratique à outrance... les garçons élevés en prince et qui peuvent tout. Ca se voit dans nos rues, pas sejulement en inde, ou une femme se fait agresser parce qu'elle porte une (mini-)jupe. Alors dire qu'Internet est un rempart....mouais, très très faible alors... tous ces jeunes qui se comportent en rois chez nous sont tous sur le net, ont I-pod et cie ce qui ne les empêche pas d'avoir une image de la femme plutôt rétrograde...... (si on est pas mère ou nonne on est des putes...)
Personne ne mérite le respect par son âge, son sexe, sa caste, sa famille, son sang ou son appartenance religieuse. Le respect se gagne, peut se perdre et n'est jamais acquis. La glorification du garçon, ça ne se passe pas seulement en Inde et c'est l'une des clés du problème. L'instruction des parents est un premier rempart. Internet également.



Ainsi, il y aurait 2 tendances en Inde: modernité et conservatisme... mieux expliqué dans l'article par le ou la journaliste qui écrit que la société indienne serait divisée en 2 pans... D'une part le conservatisme moyenâgeux et de l'autre la modernité à l'occidentale... Vive l'Occident qui a toujours fait le Bien en Inde ! Sérieusement, c'est faire insulte à l'Inde et à ses 1 milliard 200 Millions d'habitants que de résumer la modernité en Inde à l'influence occidentale, et de rattacher le conservatisme au système social moyenâgeux de l'Inde que constitue les castes. C'est un peu court et tendancieux me semble-t-il.