Olivier Massart remplace Christophe Desthexe aux Martyrs
Olivier Massart remplacera au pied levé Christophe Desthexe dans une nouvelle version de Cyrano de Bergerac au Théâtre des Martyrs.
Qui a dit que le monde du théâtre était un maillage de clans ennemis, rivalisant pour gagner le cœur des spectateurs ? Olivier Massart offre en ce moment un bel exemple de solidarité théâtrale : à peine a-t-il achevé la tournée du « Cyrano de Bergerac « mis en scène par Michel Kacenelenbogen, directeur du Public, qu’il remplace au pied levé Christophe Desthexe dans la version de Daniel Scahaise, directeur des Martyrs. Ajournées depuis le 28 décembre en raison d’un accident de santé de Christophe Destexhe, les représentations ont pu reprendre ce mercredi 2 janvier aux Martyrs, grâce à la souplesse d’un comédien généreux. D’un Cyrano à l’autre, Olivier Massart raconte ce défi de taille !
Comment s’est fait votre passage d’un Cyrano à l’autre ?
Quelques heures avant la dernière représentation de Cyrano à Liège, version Public, nous avons appris que Christophe Desthexe avait eu un problème de santé. Heureusement, il va mieux mais il doit se reposer. Très vite, Daniel Scahaise m’a appelé pour me proposer de le remplacer. Fatigué d’avoir joué ce Cyrano 92 fois, j’ai demandé quelques heures de réflexion. Je pensais que c’était faisable mais qu’il fallait voir comment faire pour les combats et le texte, car la version des Martyrs est une adaptation et donc comporte plus de coupes dans l’œuvre de Rostand. Je ne pouvais pas entraîner les autres comédiens sur des parties du texte qu’ils ne connaissaient pas.
Avez-vous dû beaucoup répéter pour vous adapter ?
Une seule journée et nous avons enchaîné le soir avec la première. En une journée, nous avons repéré les coupures, et j’ai essayé de saisir la vision dramaturgique de Daniel Scahaise, le caractère du personnage dont il avait besoin. Il ne s’agissait bien sûr pas de demander à la troupe de s’adapter à moi, mais le contraire. Je n’avais pas vu leur Cyrano, je comptais aller le voir début janvier justement, et bien, je l’ai vu, de tout près, plus près que prévu !
Avez-vous demandé l’accord du Public ?
J’ai seulement dit que j’étais d’accord et ensuite, j’ai laissé les directeurs (qui sont aussi les metteurs en scène respectifs) s’accorder. Notamment sur des détails techniques, par exemple, le nez : il a été fait sur mesure pour Christophe et je ne pouvais donc pas le reprendre. Pour moi, c’était quand même la moindre des choses de rendre ce service. On dit qu’il y a des clans, des familles dans le théâtre. C’est vrai, mais si on peut s’unir pour défendre le métier d’acteur, se battre ensemble pour le statut des artistes ou s’opposer aux coupes dans le budget d’aide à la création, alors on doit être capable de s’entraider aussi dans la pratique, entre théâtres.
Est-ce une expérience enrichissante pour un comédien ?
C’est très difficile car ces deux Cyrano ne présentent pas du tout le même personnage, ni la même dramaturgie. C’est étrange et excitant à la fois. Le plus important, c’est ce que Rostand a écrit. Ensuite, il s’agit de trouver la couleur que le metteur en scène a choisie pour ne pas dénaturer le spectacle. Le héros, ce n’est pas Cyrano mais le texte. Quand on joue des longues séries comme ce fut le cas avec le Public, on se bat contre la routine, le risque d’être moins investi après quelque temps. On essaie toujours de casser cette routine pour rendre la représentation sincère et éphémère. Ce qui est intéressant ici, c’est que je suis obligé de tout casser, d’oublier jusqu’à ma mémoire corporelle, d’oublier que pendant 92 représentations, j’ai levé mon chapeau à tel moment. C’est déroutant mais un beau défi.



