Le cheval remis en selle en forêt de Soignes pour le ramassage des déchets

Le cheval de trait fait une entrée remarquée auprès des visiteurs de la forêt de Soignes. Chaque semaine, les attelages videront les 67 poubelles du site.
Le cheval de trait fait une entrée remarquée auprès des visiteurs de la forêt de Soignes. Chaque semaine, les attelages videront les 67 poubelles du site. - Olivier Polet.

Cataclop, cataclop : les fers martèlent le pavé dans une berçante symphonie métallique. Voici Ouragan, un ardennais de 4 ans qui affiche 750 kilos à la pesée. Un sacré beau bébé. Derrière le cheval, une carriole blanche avec, à son bord, non pas les membres de la famille Ingals, mais l’équipe de Cheval et Forêt, une des deux associations qui ont remporté l’appel à marché public lancé par la Région bruxelloise. Leur mission ? Effectuer le ramassage des 67 poubelles qui équipent les allées et chemins de la partie bruxelloise de la forêt de Soignes. Après la commune de Schaerbeek ou encore les abords des étangs Mellaerts, voici donc un troisième territoire et non des moindres où le cheval retrouve un droit de cité.

Un job que les chevaux et leurs guides ont entamé il y a de cela un mois. Au total, six chevaux et deux ânes sont impliqués dans les tournées de ramassage. « Réintroduire le cheval en forêt de Soignes et lui attribuer un rôle clé dans le ramassage des déchets participe selon moi clairement à renforcer la qualité du paysage, mais surtout aussi à réduire les émissions de CO2 et le bruit puisque les sabots et chariots sont préférés aux moteurs, se réjouit Céline Fremault (CDH), la ministre de l’Environnement. L’intérêt est aussi social et inclusif car les deux ASBL en charge de la gestion du projet travaillent avec des personnes porteuses de handicap en les responsabilisant dans leur rapport à l’animal et leurs échanges avec les usagers. »

© Olivier Polet.

Rendez-vous est pris au cœur du site boisé, à un kilomètre du parking du centre sportif de la forêt de Soignes où Banjo, le cheval de l’association La Cordiante, fait connaissance avec Ouragan à grand renfort de hennissements. Les deux ASBL se sont réparti la tâche avec trois zones à couvrir : les Trois Fontaines, les alentours de l’hippodrome de Boitsfort et le reste de la forêt. Soit un parcours total de 16.500 kilomètres à parcourir chaque année pour garder les lieux propres. Derrière les rênes, Luc Foulon n’est pas peu fier de son attelage. La carriole a été fabriquée pour l’occasion, explique-t-il. Munie de deux pédales, l’une pour le frein avant, l’autre pour l’arrière, d’un frein à main ou encore de clignotants fonctionnant à l’aide d’une batterie. « On aimerait un jour passer au chargeur solaire, mais ce sera pour plus tard », précise le responsable de Cheval et Forêt qui s’apprête à démarrer une tournée qui s’étend sur près de 6 kilomètres.

Derrière la carriole, la remorque spacieuse accueillera les déchets. « Nous récoltons les sacs qui seront ensuite déposés dans un conteneur géré par Bruxelles Environnement. » Pour l’instant, les collectes se tiennent une fois par semaine, une fréquence qui sera doublée durant les mois de mai et juin et de septembre et octobre lorsque le site est très fréquenté. « Mais de manière générale, il y aura des collectes toute l’année sachant qu’il y a toujours des promeneurs quelle que soit la météo », pointe-t-on au cabinet Fremault.

© Olivier Polet.

On l’a dit, l’initiative a aussi et peut-être surtout une vocation sociale. Capitale. « C’est grâce à ce genre de projets que nous parvenons à financer nos objectifs sociaux », précise Luc Foulon, sachant que six personnes handicapées ont intégré l’équipe de l’ASBL. Pour le plus grand plaisir de tous. « Il s’agit vraiment d’un métier valorisant qui offre à la fois un sentiment d’utilité et une place dans la société. Nous ramassons les poubelles, c’est vrai, mais les gens sont curieux et viennent nous parler. » Souvenir à l’appui. « Lors de notre première sortie, il n’a fallu que 12 secondes pour que des promeneurs et des joggeurs s’arrêtent pour discuter et nous prendre en photo », rigole notre interlocuteur, qui insiste aussi sur la préservation d’un autre patrimoine, le cheval de trait, qui trouve ici une nouvelle place même s’il existe déjà ci et là quelques activités de débardage.

© Olivier Polet.

Du côté de la Cordiante, une dizaine de personnes handicapées sont concernées par ce type de projet en Wallonie comme à Louvain-la-Neuve où l’ASBL propose du ramassage de déchets, mais aussi de l’arrosage de parterres fleuris. Pour Bruxelles, les travailleurs seront au nombre de six. « Nous développons ce service depuis 2008 suite à la rencontre avec des parents en quête d’activités pour leurs enfants trop compétents pour aller en centre de jour mais pas assez pour rallier une entreprise de travail adapté, pointe Viviane Buekenhout, la directrice. Nous voulions ouvrir une antenne à Bruxelles pour lancer un projet avec de jeunes handicapés bruxellois. Outre le contact avec le public, ils doivent aussi être autonomes pour venir jusqu’ici et apprendre à côtoyer le cheval, ils font donc déjà preuve d’un certain savoir-faire », se réjouit-elle.

© Olivier Polet.

Au total, la Région investira 30.000 euros par an pour mener ce nouveau projet à bien. « C’est un peu plus que pour le système précédent, reconnaît-on au cabinet de la ministre de l’Environnement. Car le rendement n’est pas le même qu’avec des véhicules motorisés. » Avantage toutefois : le personnel de Bruxelles-Environnement dédié précédemment à cette tâche sera redéployé sur le terrain pour encadrer le public.

Le plan de gestion à l’enquête publique

Adopté en mars en première lecture par le gouvernement bruxellois, le nouveau projet de plan de gestion de la forêt de Soignes pour la période 2018-2042 sera soumis à l’enquête publique dès le 14 mai. L’enquête durera 60 jours et se déroulera dans les 19 communes.