A ne pas manquer Tout savoir sur le BSF

Une start-up belge robotise ses constructions

Avec la robotisation, le coût de construction, déjà très compétitif, pourrait descendre de 900 à 750 m
2
. © D.R.
Avec la robotisation, le coût de construction, déjà très compétitif, pourrait descendre de 900 à 750 m 2 . © D.R.

Le secteur de la construction bouge : le numérique s’installe ; les technologies se diversifient ; de nouvelles méthodes de construction apparaissent…

Une jeune PME de Louvain-la-Neuve entend participer à ce mouvement. Son nom ? Bhaluu Construction (prononcez « balou »). Le terme signifie « ours » en hindi. Un animal qui s’adapte à toutes les saisons. Cela correspond au credo avancé : « Un logement chaud pour tous. »

Pour atteindre cet objectif, cette société a décidé de construire tout à fait différemment de la méthode traditionnelle, qui commence par le gros œuvre et se termine par les finitions intérieures. « Nous faisons table rase de tout cela, explique le fondateur Arthur Salkin, qui a travaillé plusieurs années comme cadre dans un groupe de BTP. Nous ne recourrons pas à la maçonnerie. Chez nous, pas de parpaings, pas de briques… De même, il n’y a plus besoin de multiplier les couches d’isolants pour arriver à une bonne étanchéité. En fait, dans notre méthode, nous partons d’abord de l’intérieur, puis nous nous occupons de l’extérieur (voir les détails dans l’encadré). Agir ainsi permet, à la fin du processus, de recouvrir tout le bâtiment d’une enveloppe continue, sans ponts thermiques. C’est comme un thermos ou un gros pull que l’on enfilerait… C’est plus logique, plus efficace et plus économique ! »

L’enveloppe en question est constituée d’un béton spécial. Celui-ci possède en son sein des microfibres qui le rendent à la fois isolant et rigide. Il ne doit nullement être coulé dans des treillis métalliques pour être solide. « Son nom exact est : béton de résine cellulaire monolithique, poursuit le dirigeant. Par commodité commerciale, nous l’avons appelé le Grenitt. Ce matériau est issu d’une technologie connue. C’est la société Covestro (groupe Bayer) qui nous le fournit. Chez Bhaluu, nous avons juste développé et breveté un processus industriel qui permette de le couler verticalement autour de la maison. »

Un robot dans 3 à 4 mois

Concrètement, une ossature – en bois ou en métal – est d’abord dressée. Elle est ensuite fermée à l’aide de simples cloisons de gyproc. « C’est sur ces cloisons que nous coulons le Grenitt. Une fois durci et séché, il forme une couche d’un seul tenant, enveloppant toute l’habitation et constituant son extérieur. Cette enveloppe est tout à la fois autoportante, imperméable, isolante et ininflammable. Au final, on obtient une maison aux normes passives “par nature”. Et ce alors que les murs sont fins : 35 cm contre 40 à 50 cm aux constructions classiques. »

La PME a travaillé durant quatre ans pour peaufiner ce processus de production. Quelques maisons ont déjà été réalisées : deux en Belgique et trois en France. La prochaine étape est de faire intervenir un robot pour se charger du plaquage du Grenitt. L’automatisation de cette étape permettrait de libérer des ouvriers, qui pourraient dès lors aller démarrer d’autres chantiers.

Un engin est en cours de mise au point. Pour le terminer, l’entreprise a fait appel à Be Angels, le réseau d’investisseurs qui s’occupe de financer des entreprises innovantes en phase d’amorçage. Une levée de fonds a été bouclée tout récemment. « Notre robot devrait être prêt d’ici trois à quatre mois, déclare Arthur Salkin. Qui insiste sur le gain économique d’une telle technologie. Sans le robot, nous arrivons à un coût de construction d’environ 900 euros le m2 (hors TVA et hors prix du terrain). Ce qui est déjà très compétitif. Avec le robot, nous pourrions descendre jusqu’à 750 euros le m2. » Contre environ 1.000 euros le m2 pour une construction moyenne (toujours hors TVA et hors prix du terrain).

Les étapes d’une maison Bhaluu

Par Jean-Christophe de Wasseige

La construction d’une maison Bhaluu peut se résumer à huit étapes.

1 Des fouilles sont creusées par une excavatrice à guidage laser. Dans le trou, une cuve est créée par gunitage (projection de béton sec). Celle-ci est ensuite remplie de Grenitt, le béton microfibré de Bhaluu possédant de fortes propriétés isolantes. Une chape avec chauffage au sol complète le dispositif. L’ensemble agit comme une masse thermique pour toute la maison.

2 Une ossature en bois ou en métal est posée sur cette base : colonnes, poutres, planchers et charpente. Un échafaudage provisoire est dressé tout autour de ce squelette. Il est recouvert de bâches, afin de construire sous abri et donc d’obtenir un chantier totalement sec.

3 Des plaques de gyproc avec des ouvertures pour les fenêtres sont rajoutées à la structure de façon à obtenir un ensemble fermé. Toutefois, on ne doit pas les considérer comme des murs externes.

4 Dans la maison, les différentes pièces sont délimitées par des panneaux. Les réseaux sont installés sans devoir faire des tranchées ou des trous dans les murs : eau, chauffage, électricité, etc. Les châssis et les portes sont posés.

5 C’est alors qu’est mise en place toute l’enveloppe extérieure. Celle-ci est constituée du fameux béton Grenitt. Il est coulé sur les panneaux de gyproc. Un peu à la manière des mousses en polyuréthane, il gonfle légèrement puis durcit en une vingtaine de secondes.

6 Les différentes faces du bâtiment reçoivent ce béton microfibré. Il est placé depuis la chape du sol jusqu’au toit et finit par former une enveloppe d’un seul tenant, sans joint ni pont thermique. En définitive, c’est lui qui remplace les murs extérieurs.

7 Pour le moment, le placement du Grenitt se fait par des ouvriers à l’aide d’un pistolet pneumatique alimenté par de grosses pompes. Dans un avenir proche, la compagnie compte utiliser un robot pour diriger ce pistolet.

8 Sur le Grenitt, tous types de finitions extérieures peuvent être rajoutés : crépis, enduits, peintures, bardages… Au final, Bhaluu affirme pouvoir atteindre un coefficient de transmission thermique à travers ses murs (ou coefficient lambda) de 0,030 watt par mètre et par degré Kelvin. Soit l’équivalent du polystyrène ou de la laine minérale.

 
 
 
 
 
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous