Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni lancent des frappes ciblées en Syrie

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont mené samedi des frappes ciblées contre la Syrie pour punir le régime de Bachar al-Assad accusé par Donald Trump d’avoir mené des attaques chimiques «monstrueuses».

Au moment même où le président américain s’exprimait depuis la Maison Blanche, des détonations étaient entendues à Damas, marquant un nouveau chapitre dans ce pays ravagé par une guerre sanglante qui dure depuis sept ans. Selon un correspondant de l’AFP sur place, plusieurs explosions successives ont été entendues suivies par des bruits d’avions tandis que des colonnes de fumée s’élevaient du nord-est de la ville.

Les images des frappes en Syrie

«J’ai ordonné aux forces armées des Etats-Unis de lancer des frappes de précision sur des cibles associées aux capacités du dictateur syrien Bachar al-Assad en matière d’armes chimiques», a lancé Trump. «Une opération combinée est désormais en cours avec la France et le Royaume-Uni, nous les remercions tous les deux», a-t-il ajouté.

6 soldats syriens blessés

La défense anti-aérienne syrienne est entrée en action contre «l’agression américaine, britannique et française», a rapporté la télévision d’Etat syrienne. Le régime syrien a jugé que cette opération militaire constituait une violation «flagrante» du droit international et était «vouée à l’échec».

Au moins six soldats syriens ont été blessés, a indiqué une source militaire syrienne à DPA, l’agence de presse allemande. Selon cette source, un dépôt militaire près de Sheen, à l’ouest d’Homs, a été détruit lors de l’attaque. Selon l’agence de presse syrienne Sana, contrôlée par le régime, trois civils ont également été blessés lors de ces frappes. Les attaques menées près de Barzeh, au nord-est de Damas, n’ont elles causé que des dégâts matériels selon Sana.

Pas de pertes américaines

Selon le général Joe Dunford, chef d’état-major américain, les forces occidentales ont visé samedi à 1h, trois cibles liées au programme d’armement chimique syrien, l’une près de Damas et les deux autres dans la région de Homs, dans le centre de la Syrie. Il a précisé qu’aucune autre opération militaire visant la Syrie n’est prévue à ce stade. Aucune perte américaine n’a été rapportée lors de l’opération, selon le Pentagone.

Selon lui, les alliés ont pris soin d’éviter de toucher les forces russes, massivement présentes dans le pays, mais que Moscou n’avait pas été averti à l’avance des cibles choisies.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), des centres de recherche scientifique, «plusieurs bases militaires» et des locaux de la garde républicaine à Damas et ses environs ont été pris pour cibles.

« Pas d’alternative » pour Theresa May

De Londres, la première ministre britannique Theresa May a affirmé qu’il n’y avait «pas d’alternative à l’usage de la force», assurant que «tous les recours diplomatiques» avaient été explorés, en vain. Le ministère britannique de la Défense a annoncé avoir frappé, à l’aide de quatre avions de chasse Tornado GR4 de la Royal Air Force, un «complexe militaire» près de Homs, à l’ouest de la Syrie. Il a parlé d’une opération «couronnée de succès».

Depuis Paris, le président français Emmanuel Macron a souligné que les frappes françaises étaient «circonscrites aux capacités du régime syrien permettant la production et l’emploi d’armes chimiques». «Nous ne pouvons pas tolérer la banalisation de l’emploi d’armes chimiques», a-t-il martelé. L’opération militaire est «légitime», «proportionnée et ciblée», a déclaré le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. «L’escalade chimique en Syrie n’est pas acceptable», a ajouté Le Drian au cours d’une déclaration à l’Elysée avec la ministre de la Défense Florence Parly.

Trump met en garde l’Iran et la Russie

L’opposition démocrate au Congrès des Etats-Unis a réagi à l’annonce des frappes contre la Syrie en soulignant que toute action militaire ultérieure d’envergure nécessiterait une vision stratégique précise - et un vote du Congrès. Le président Donald Trump a précisé que les «frappes de précision» pourraient se poursuivre «jusqu’à ce que le régime syrien arrête d’utiliser des agents chimiques interdits».

Donald Trump a mis en garde l’Iran et la Russie, qui ont déployé des milliers d’hommes et du matériel pour aider Bachar al-Assad à reconquérir le pays, contre leurs liens avec la Syrie. Trump a exhorté Moscou «à quitter la voie sinistre» du soutien à Bachar al-Assad. Il a affirmé que la Russie avait «trahi ses promesses» de 2013 sur l’élimination des armes chimiques syriennes. Il a aussi estimé que le sort des pays de la région était entre les mains de leurs habitants et qu’aucune intervention militaire américaine ne pourrait, à elle seule, apporter une «paix durable».

Sans surprise, la Russie et l’Iran s’opposent aux frappes

La Russie, soutien indéfectible du régime de Damas, a vivement réagi par la voix de son ambassadeur aux Etats-Unis, Anatoli Antonov. «Nos mises en garde n’ont pas été entendues», a-t-il estimé, jugeant que ces frappes étaient une «insulte» au président russe Vladimir Poutine.

L’Iran, principal allié régionale de Damas, a mis en garde contre les «conséquences régionales» des frappes ciblées contre la Syrie, tout en les condamnant «fermement». «Les Etats-Unis et leurs alliés, sans aucune preuve et avant même une prise de position de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) ont menée cette action militaire (...) contre la Syrie et sont responsables des conséquences régionales de cette action aventuriste», a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires, selon son canal Telegram.

L’ONU appelle à la retenue

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a appelé tous les Etats membres à faire preuve de retenue et à s’abstenir de tout acte qui pourrait conduire à une escalade. Guterres a reporté un voyage prévu en Arabie saoudite pour gérer les suites de l’action militaire lancée par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France.

L’organisation Amnesty International a demandé de «minimiser le tort» causé aux civils. «Le peuple syrien a déjà enduré six années d’un conflit dévastateur, et des attaques chimiques dont beaucoup sont des crimes de guerre», déplore l’ONG dans un communiqué. L’ONG demande également au président américain, Donald Trump, d’ouvrir ses frontières aux réfugiés syriens.

L’Otan soutient les actions menées

L’Otan apporte son «soutien» aux frappes ciblées, a indiqué son chef Jens Stoltenberg dans un communiqué publié samedi matin à Bruxelles. «Je soutiens les actions prises par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France contre les installations et capacités d’armes chimiques du régime syrien», a affirmé le secrétaire-général de l’Alliance atlantique. «Elles vont réduire la capacité du régime à mener d’autres attaques contre le peuple de Syrie avec des armes chimiques», a-t-il ajouté.

 
 
 
 
 
 

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