Quand l’«intarse» se combine au «commesso»

162.500 livres ont été offertes pour ce spectaculaire dessus en marbre mis en vente par les héritiers de Sergio Leone. © D.R.
162.500 livres ont été offertes pour ce spectaculaire dessus en marbre mis en vente par les héritiers de Sergio Leone. © D.R.

Réunies sous le titre The Collector, les trois vacations organisées en cette fin du mois de mai par Christie’s à Londres proposaient un éventail de pièces des plus larges, allant de l’horlogerie au mobilier, en passant par la sculpture, la céramique ou encore l’argenterie.

European Furniture, Works of Art & Ceramics. Sporadiquement, l’une ou l’autre provenance intéressante était même mise en avant, à l’instar du lot ayant pris la deuxième place de la vente inaugurale, dont le chiffre d’affaires se situe à hauteur d’un peu plus de 2 millions de livres sterling. Adjugé dans sa fourchette d’estimation (150.000-200.000 livres) à 162.500 livres, un imposant plateau en marbre et pietra dura provenait en effet de la collection du réalisateur italien Sergio Leone.

C’est à l’occasion d’une vente aux enchères organisée en juin 1973 par Sotheby’s à Londres que le célèbre cinéaste, figure incontournable du « western spaghetti », avait vraisemblablement mis la main sur cette création (probablement romaine) datant des environs de 1600. Combinant adroitement l’art ancien de l’ intarse et celui plus récent du commesso , également appelé « marqueterie florentine » du fait de sa naissance sur les bords de l’Arno à la fin du XVIe siècle, on la reliait à demi-mot chez Christie’s à la production du grand Pietro Carli. En effet, sans l’attribuer formellement à la main du maître florentin installé à Rome, le catalogue de la maison de ventes soulignait d’importantes similarités avec celles de l’un de ses chefs-d’œuvre, conservé depuis 1984 au All Souls College d’Oxford.

Vraisemblablement livré pour l’épouse du futur Louis XVIII, ce coffret a été adjugé 22.500 livres. © D.R.

Dans la même vente, un coffret en cuir datant des années 1770-75 et décoré de feuillages entrelacés a quant à lui été adjugé 22.500 livres, soit un peu plus que son estimation basse (20.000-30.000 livres). Bien que dépourvu de provenance précise, Christie’s relevait la présence d’un monogramme (MJL) surmonté de l’aigle de Savoie sur les quatre coins de son couvercle. Cette indication renseignait très vraisemblablement une livraison pour les Menus-Plaisirs du roi , à l’intention de Marie-Joséphine Louise (1753-1810), princesse de Savoie et comtesse de Provence, belle-sœur de Louis XVI et de Marie-Antoinette.

English Furniture, Clocks & Works of Art. Lors de la seconde vacation de la journée, parmi les 78 lots ayant changé de main pour un montant total de 942.250 livres, l’on retiendra les 46.250 livres atteintes par un cabinet Charles II datant du dernier quart du XVIIe siècle. Soit un peu moins de quatre fois son estimation basse (12.000-18.000 livres). Les deux essences de bois ayant été utilisées pour sa fabrication, à savoir du noyer et, plus rare, du bois de cocus (brya faux-ébène), expliquent sans doute ce beau prix. Aussi dur que dense, avec un cœur couleur brun chocolat et un aubier jaune, cet ancien produit d’importation des Indes orientales fut très couru entre 1660 et 1740 pour la création de cabinets.

Provenant de la collection du prince George, ces milieux de table en argent ont changé de main contre 112.500 livres. © D.R.

Silver & 19th Century Furniture, Sculpture & Works of Art. Le lendemain, 24 mai, Christie’s a notamment obtenu 112.500 livres pour deux milieux de table en argent, l’un portant la marque de Paul Storr (Londres, 1809), l’autre celle de Philip Rundell (Londres, 1820). Une belle somme lorsque l’on sait que leur fourchette d’estimation ne courait qu’entre 30.000 et 50.000 livres ! Néanmoins, il y avait gros à parier que leur provenance les liant à la famille royale britannique allait les rendre plus que désirables auprès des enchérisseurs. D’après le catalogue, ceux-ci avaient en effet appartenu au prince George, duc de Cambridge et petit-fils du roi Georges III, dont l’imposante collection d’argenterie avait déjà été dispersée en 1904 par les soins de Christie’s.

Au total, le troisième acte de cette série The Collector aura permis de générer un chiffre d’affaires de 3,2 millions de livres.

Le 23 mai 2018, une livre valait 1,14 euro. Tous les prix mentionnés ci-dessus s’entendent frais inclus.

 
 
 
 
 
 

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