Arrestation de journalistes de la RTBF: vif échange à la Chambre entre Elio Di Rupo et Charles Michel

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Elio Di Rupo et Charles Michel ne se sont pas épargnés à la Chambre ce jeudi après-midi.

Le sujet : l’arrestation de deux journalistes et trois techniciens de la RTBF mardi (une paire d’heures), alors qu’ils couvraient une action de protestation au centre fermé 127 bis à Steenokkerzeel.

Interpellant le chef du gouvernement, Elio Di Rupo a aligné une série de « faits et déclarations récents » qui, selon lui, donnent à voir un glissement aux marges de l’État de droit, « ce qui était inimaginable dans les gouvernements précédents, et il faut remonter dans le temps ». Le président du PS cite, entre autres, « les déclarations scandaleuses de Bart De Wever à propos de la petite Mawda tuée par la police », le projet de visites domiciliaires « chez des gens qui hébergent des personnes en détresse », la mise en cause – par Theo Francken – de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme, enfin les arrestations mardi au centre fermé 127 bis. Conclusion : « La Belgique était un modèle de démocratie et de respect de l’État de droit, maintenant l’on voit bien que les transgressions sont possibles. M. Le Premier ministre, vous devez restaurer l’honneur et la réputation de notre pays ».

« Fake news, mensonges  ! »

Charles Michel n’est pas resté de marbre. Réitérant son attachement à « la liberté de la presse, pilier fondamental de notre démocratie », il a expliqué que la police locale avait opéré après un appel de l’entrepreneur qui opérait sur les lieux et qui invoquait des risques de stabilité du bâtiment, cela alors que les manifestants franchissaient les grilles et les murs. Mais encore, il a contre-attaqué : « Je suis stupéfait de voir l’instrumentalisation des faits ! Un ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles – Jean-Claude Marcourt, NDLR – m’a même écrit pour s’inquiéter de l’intervention du gouvernement fédéral dans cette affaire !, c’est fake news et mensonges ! Et je suis stupéfait encore de voir l’ancien Premier ministre privilégier la confusion, le manque de nuances ». Lui n’a pas de leçons à recevoir « alors que sous la législature précédente, Reporter sans frontières avait rétrogradé la Belgique du 20e au 21e rang pour la liberté de la presse, et qu’elle est à la 7e place aujourd’hui ».

Tollé

Tollé en face. Elio Di Rupo rappellera « qu’en 2015, la Fédération européenne des journalistes avait épinglé les menaces proférées par un membre du cabinet du Premier sur un journaliste de la RTBF », et ponctuera : « Vous ne répondez pas aux questions, et vous évoquez toujours un gouvernement, le précédent, dont vous oubliez de dire que votre parti en faisait partie… Vous devez faire honneur à votre fonction ! ».

Tollé toujours. Richard Miller, pour le MR, a dénoncé la tendance « à la scandalite » dans l’opposition, et a expédié à Marco Van Hees (l’élu PTB avait reproché au Premier ministre : « Vous ne condamnez même pas ce qui est arrivé !, au contraire, vous justifiez les arrestations ! ») : « Des leçons de la part d’un parti dont le vrai but est juste de casser notre démocratie, ça, c’est énorme ! ».

La lettre de Jean-Claude Marcourt à Charles Michel

Monsieur le Premier Ministre,

Nous avons été informés de l’arrestation administrative de journalistes et techniciens de la RTBF dans l’exercice de leurs fonctions aux alentours de centre 127 bis de Steenokkerzeel ce mercredi 20 juin 2018.

La fonction de journaliste est d’informer et, dans dans notre démocratie, toute entrave est une remise en cause de celle-ci.

Je ne peux pas accepter que, sur ordre de votre Gouvernement, il soit porté atteinte de la sorte à la liberté d’informer nos concitoyens.

Pourriez-vous m’indiquer de la suite que vous comptez donner à cette entrave manifester à la liberté de la presse ?

Veuillez, croire, Monsieur le Premier Ministre, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

 
 
 
 
 
 

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